
Bien avant les discours diplomatiques sur le rapprochement entre Alger et Lisbonne, un homme avait déjà tissé un lien durable entre les deux pays : Rabah Madjer. En offrant au FC Porto la Coupe d’Europe en 1987 grâce à une talonnade entrée dans la légende, l’attaquant algérien est devenu un héros populaire au Portugal. Il a incarné une passerelle affective entre l’Algérie triomphante de la fin des années 1980 et un football portugais en pleine (r)évolution.
La talonnade qui a changé le football
Le 27 mai 1987, en finale de la Coupe des clubs champions contre le Bayern Munich, Rabah Madjer inscrit pour le FC Porto un but entré dans l’histoire. Avec une talonnade instinctive, il relance son équipe avant une victoire historique 2-1. L’UEFA en a fait l’un de ses « Legendary Moments », consacrant officiellement ce geste au panthéon du football européen.

Pour le Portugal, ce but revêt une portée symbolique immense. Il accompagne le premier sacre continental du FC Porto et participe à l’affirmation internationale d’un football longtemps dominé par le seul prestige du Benfica d’Eusébio. Pour l’Algérie, c’est une immense fierté, l’un de ses plus grands talents s’inscrit dans le patrimoine émotionnel d’un club lusitanien majeur et devient célèbre dans toute l’Europe. Madjer entre dans l’histoire du Portugal par la grande porte.

Pour les supporters algériens qui suivaient leurs champions à travers l’Europe, il prend la suite du grand Mustapha Dahleb, capitaine emblématique du PSG jusqu’en 1985.
Madjer, visage d’une Algérie qui brille
Ce lien n’aurait pas eu la même force si Madjer était resté l’homme d’un exploit isolé. Mais à cette époque, l’Algérie compte déjà parmi les sélections africaines majeures. Les Fennecs ont marqué les esprits au Mondial 1982, avant d’être éliminés dans des circonstances infâmantes, le tristement célèbre match Allemagne-Autriche, puis retrouvé la Coupe du monde en 1986. La consécration arrive en 1990 : l’Algérie remporte à domicile sa première Coupe d’Afrique des nations, avec Madjer désigné meilleur joueur du tournoi. Cette génération offre au pays une résonance footballistique sur les deux rives de la Méditerranée.
Le Portugal, entre trou d’air en sélection et ascension en club
Car le Portugal de la fin des années 1980 n’est pas encore celui de Figo ou de Cristiano Ronaldo. La sélection a connu de belles heures, demi-finale de l’Euro 1984, perdue 3-2 après prolongation face à la France de Platini, qualification pour le Mondial 1986, avant de s’effacer durablement des grandes compétitions jusqu’à l’Euro 1996. Sur le plan collectif, la dynamique est pourtant là : Porto conquit l’Europe en 1987, et la jeunesse portugaise prépare l’avenir avec les titres mondiaux U20 de 1989 et 1991, matrice de la future « génération dorée ».
Madjer représente ainsi l’excellence algérienne du moment et la montée en puissance d’un football portugais qui se réinvente par ses clubs autant que par sa jeunesse.
Une histoire prolongée par d’autres Algériens
Le pont ne s’est pas refermé après lui. Lorsque Yacine Brahimi rejoint le FC Porto des années plus tard, l’UEFA présente explicitement le milieu algérien comme un joueur appelé à marcher dans les traces de Madjer, preuve que la mémoire du champion reste vive au Portugal. Plus largement, la présence régulière d’internationaux algériens dans les clubs portugais a entretenu cette familiarité footballistique entre les deux pays, et Madjer en est bien l’origine.




