
Longtemps restée en retrait derrière d’autres priorités diplomatiques européennes, la relation entre l’Algérie et le Portugal retrouve aujourd’hui une densité inédite. Entre le cinquantenaire des relations diplomatiques, l’activisme de l’ambassadeur Saïd Moussi à Lisbonne et la visite marquante du ministre portugais Paulo Rangel à Alger en février 2026, un axe bilatéral se réactive. En toile de fond : l’énergie, les affaires et une mémoire politique singulière qui unit les deux nations. Premier article d’une série d’Afrik.com.
Le 7 mars 2025, le Portugal et l’Algérie ont célébré avec éclat les 50 ans de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Pour Lisbonne, cette année marquait également le 20e anniversaire du Traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération signé en 2005. Les autorités portugaises ont profité de ce double jubilé pour souligner le caractère désormais « stratégique » de cette relation, nourrie par un dialogue institutionnel régulier et une coopération économique jugée mutuellement avantageuse. Le ministère portugais des Affaires étrangères a d’ailleurs rappelé que la visite d’État du président Abdelmadjid Tebboune au Portugal, en 2023, posé les bases de cette dynamique retrouvée.
Une diplomatie de mouvement portée par Saïd Moussi
Ce retour en lumière ne doit rien au hasard. L’ambassadeur d’Algérie à Lisbonne, Saïd Moussi, s’emploie depuis des mois à donner du relief à ce lien bilatéral. Lors d’un entretien accordé à la radio TSF (Televisão Sem Fronteiras) en octobre 2025, il insistait sur la profondeur historique de cette amitié, rappelant le traité de paix de 1813, mais aussi les solidarités politiques forgées au XXe siècle entre Alger et les démocrates portugais. Son message, empreint d’une volonté d’aller plus loin, était sans équivoque : si la relation est ancienne et profonde, elle demeure encore en deçà de son potentiel réel. Plaidant pour une accélération des investissements portugais en Algérie, il a su imposer l’image d’une Algérie partenaire stable, proche et utile.
L’ambassade à Lisbonne a d’ailleurs multiplié les séquences de visibilité tout au long de l’automne 2025. À travers divers rendez-vous diplomatiques et commémoratifs, la représentation algérienne a réussi à inscrire le pays dans le paysage institutionnel et mémoriel portugais. Cette diplomatie de présence est stratégique : elle permet de faire exister l’Algérie comme une alternative solide dans un espace ibérique souvent accaparé par d’autres dossiers régionaux.
Paulo Rangel à Alger : l’accélérateur politique
La relance s’est ensuite jouée sur le terrain, à Alger. Le 3 février 2026, le ministre portugais des Affaires étrangères, Paulo Rangel, a été reçu avec les honneurs par son homologue Ahmed Attaf, puis par le président Abdelmadjid Tebboune. À cette occasion, le chef de la diplomatie portugaise a qualifié les relations entre les deux pays d’« excellentes » et de « spéciales ». Au-delà de la courtoisie diplomatique, cette visite a redonné une actualité politique forte à une relation qui fuyait jusqu’ici les projecteurs.
Ce déplacement confirme que le Portugal regarde à nouveau l’Algérie comme un partenaire méditerranéen de premier plan. Dans le contexte européen actuel, marqué par des tensions énergétiques persistantes, Lisbonne sait qu’Alger n’est pas uniquement un fournisseur de gaz fiable : c’est aussi un grand marché en pleine diversification, un acteur régional influent et une porte d’entrée stratégique vers de nouvelles coopérations africaines.
Un gage de stabilité pour la Méditerranée occidentale
Au-delà de l’économie, ce rapprochement s’inscrit dans une quête de stabilité pour le bassin méditerranéen. En consolidant cet axe, Alger et Lisbonne envoient un signal fort : celui d’une coopération pragmatique capable de transcender les clivages. Pour l’Algérie, le Portugal représente un interlocuteur européen équilibré et respectueux des équilibres régionaux. Pour le Portugal, renforcer ses liens avec Alger permet de sécuriser son approvisionnement tout en s’affirmant comme un médiateur clé entre l’Europe et le Maghreb. Cette entente cordiale agit comme un stabilisateur nécessaire dans une zone où les enjeux de sécurité et de migration imposent une coordination sans faille.
Énergie, régulation et nouvelles frontières économiques
C’est enfin sur le terrain des affaires que cette relation change désormais d’échelle. En avril 2025, le régulateur portugais de l’énergie (ERSE) a signé un mémorandum crucial avec l’Autorité algérienne de régulation des hydrocarbures. Ce texte vise à renforcer la coopération en matière de supervision et de partage de bonnes pratiques. Dans la foulée, la Confédération des entreprises du Portugal (CIP) a identifié des secteurs clés comme les énergies renouvelables, la santé ou encore l’économie de la mer pour les futures joint-ventures.
Sous l’impulsion de diplomates actifs et de signaux politiques forts, l’Algérie et le Portugal semblent transformer une amitié historique en une alliance économique moderne et ambitieuse. Discrète, certes, mais désormais impossible à ignorer.





