Affaire Saad Lamjarred : relaxe de Laura Prioul en extorsion, viol en appel


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Saad Lamjarred et Laura P.
Saad Lamjarred et Laura P.

Dans l’affaire Saad Lamjarred, le tribunal de Paris a relaxé, vendredi 10 avril 2026, Laura Prioul des accusations de tentative d’extorsion envers le chanteur marocain. Cette décision relance la question du procès en appel pour viol, toujours repoussé. Derrière cette affaire tentaculaire se dessinent les contours d’un dossier hors normes, où s’entrecroisent la protection du roi Mohammed VI, les ténors du barreau parisien et la puissance médiatique d’une star du monde arabe.

Relaxe pour Laura Prioul, condamnations pour son entourage

Laura Prioul, 30 ans, était poursuivie pour avoir réclamé trois millions d’euros au chanteur, par l’intermédiaire de son manager, en échange du retrait de ses accusations de viol ou de son absence au procès en appel. Les faits présumés d’extorsion se sont déroulés entre octobre 2024 et juin 2025. Le tribunal a estimé qu’aucun élément intentionnel ne démontrait que la jeune femme était prête à revenir sur ses déclarations dans le but de favoriser un acquittement.

En revanche, cinq autres prévenus ont été condamnés, dont la mère de Laura Prioul, une avocate du barreau de Paris se présentant sous le pseudonyme d’« Aïda » et se revendiquant « engagée auprès des femmes », ainsi qu’une influenceuse. Les peines prononcées vont de six mois à deux ans de prison avec sursis. La mère de Laura Prioul avait affirmé à la barre avoir été « manipulée » par cette avocate, qui lui avait présenté la démarche comme un simple « règlement amiable » courant en justice.

C’est le camp Lamjarred qui avait déjoué la tentative en enregistrant les conversations avec les intermédiaires, avant de porter plainte. L’enquête ouverte a entraîné le report du procès en appel pour viol, initialement prévu en juin 2025 à Créteil. À ce jour, aucune nouvelle date n’a été fixée.

Mohammed VI, Dupond-Moretti : les protections d’une star intouchable

L’affaire Lamjarred ne se résume pas à un fait divers judiciaire. Dès l’incarcération du chanteur en octobre 2016 à Fleury-Mérogis pour viol aggravé, le roi Mohammed VI était intervenu personnellement. Le Palais royal avait recommandé à la famille Lamjarred de recourir aux services d’Éric Dupond-Moretti, alors l’un des avocats les plus médiatiques de France et surtout le propre conseil du roi du Maroc. Mohammed VI avait pris à sa charge l’intégralité des frais de défense, un geste exceptionnel relayé par l’agence officielle MAP.

Ce soutien royal s’explique par la proximité entre la famille Lamjarred et la monarchie. Le père du chanteur, Bachir Abdou, est une figure historique de la variété marocaine, proche du Palais. En 2017, Mohammed VI avait même reçu Saad Lamjarred en privé à Paris, alors que le chanteur portait encore un bracelet électronique, rencontre organisée par l’entremise de Dupond-Moretti lui-même.

Mohammed VI lache Lamjarred en 2018

Saad Lamjarred
Saad Lamjarred

Le soutien royal s’est toutefois effrité. Après la mise en examen de Lamjarred dans une deuxième affaire de viol à Saint-Tropez en 2018, Dupond-Moretti s’est retiré du dossier, un geste interprété comme un lâchage par le Palais. Devenu garde des Sceaux en 2020, Dupond-Moretti se retrouvait de facto dans une position impossible : ancien avocat commun du roi et de l’accusé. Le chanteur est ensuite défendu par Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, et Jean-Marc Fedida.

Condamné en février 2023 à six ans de prison pour viol aggravé par la cour d’assises de Paris, Lamjarred a fait appel. Il doit par ailleurs comparaître du 11 au 15 mai 2026 devant la cour d’assises du Var à Draguignan pour une autre affaire de viol présumé. Deux précédentes accusations, aux États-Unis et au Maroc, s’étaient soldées par des accords amiables.

La relaxe de Laura Prioul dans le volet extorsion pourrait paradoxalement renforcer sa crédibilité de partie civile au procès en appel. En effet, elle a montré que l’argent ne pouvait acheter sa vérité. L’affaire Lamjarred, qui cristallise au Maroc le débat entre admiration populaire pour une icône musicale et montée des revendications féministes portées par le mouvement #Masaktach, est loin d’avoir livré son dernier rebondissement.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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