
La visite de Gérald Darmanin à Alger remet sur le devant de la scène le dossier enlisé des avoirs détournés sous l’ère Bouteflika. En relançant la coopération judiciaire autour des saisies, confiscations et restitutions, Paris cherche à tourner la page d’un sujet de tension avec le gouvernement de Tebboune. À Alger, cette évolution est perçue comme signe positif envoyé par la France.
Lors de son déplacement, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a voulu afficher une méthode plus directe que ses prédécesseurs. Souhaitant marcher dans les rues d’Alger pour rejoindre l’Ambassade de France, il se veut au contact de la population et en discussion franche avec le gouvernement. D’après TSA Algérie, il a évoqué « plus d’une centaine de demandes » formulées par les autorités algériennes auprès de la France pour récupérer des fonds liés à des affaires de corruption. Des magistrats algériens sont attendus à Paris début juin pour travailler concrètement sur ces dossiers avec leurs homologues français, en priorité sur les procédures de saisie et de confiscation.
Dans les médias algériens, l’annonce suscite un espoir mesuré. El Watan évoque un « pacte judiciaire historique contre les biens mal acquis », signe d’une attente forte après des années de démarches restées sans effet tangible.
Une immunité de fait qui vacille
Depuis la chute d’Abdelaziz Bouteflika en 2019, Alger tente de récupérer les avoirs transférés à l’étranger par d’anciens responsables politiques, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires. C’est ce que les algériens appellent la Issaba. Certains pays, comme la Suisse ou l’Espagne, ont montré des signes de coopération. La France, en revanche, reste perçue comme un point de blocage.
Le cas d’Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie condamné en Algérie mais non extradé par la justice française, reste emblématique. Côté français, ces décisions s’inscrivent dans le respect du droit et des garanties procédurales. À Alger, elles alimentent plutôt l’idée que certains anciens dignitaires continuent de bénéficier d’une forme de protection sur le sol français.
Selon TSA qui cite la présidence algérienne, 61 commissions rogatoires adressées à la France n’auraient jusqu’ici pas abouti.
Gérald Darmanin met Paris sous pression
Pour les autorités algériennes, l’enjeu touche à la crédibilité de l’État et à la promesse faite après 2019 de lutter contre l’impunité. Dans l’opinion publique, ces avoirs symbolisent les dérives d’un système aujourd’hui rejeté, la lutte contre la corruption étant un axe fort de la politique d’Abdelmadjid Tebboune. Les engagements de Gérald Darmanin sur ce sujet sont donc un pas important, même si l’agence officielle APS évoque prudemment une « nouvelle dynamique » après des années de blocage, tant sur les avoirs que sur les demandes d’extradition. Une manière de signaler que le temps des annonces doit désormais laisser place à des résultats concrets.
Pour la France, cette relance s’inscrit dans un cadre plus large de coopération avec Alger, qui inclut la lutte contre les trafics, la criminalité organisée ou encore certains dossiers sensibles comme celui du journaliste Christophe Gleizes. Mais il était difficile, en effet, pour Paris d’appeler à une coopération renforcée contre les réseaux criminels tout en laissant persister l’idée que la France pourrait servir de refuge à certains acteurs de la corruption passée.



