2010 en Afrique : une année présidentielle

L’année politique sur le continent africain a été marquée par de nombreuses élections présidentielles. Neuf scrutins, pour beaucoup d’irrégularités, de conflits pré et post-électoraux et un peu d’alternance politique.

Dix-sept pays africains, dont 14 anciennes colonies françaises, ont commémoré en 2010 le cinquantenaire de leur indépendance. L’heure des bilans a été aussi le théâtre des bégaiements de la démocratie sur un continent où se multiplient pourtant les élections dites démocratiques. Elles plongent pourtant souvent les pays qui les organisent dans le trouble, l’incertitude, la terreur ou pis, comme en Côte d’Ivoire actuellement, dans la crise. Victoire du candidat et du parti au pouvoir, contestations de l’opposition: une rengaine entendue à maintes reprises cette année en Afrique.

 Togo, 4 mars

Après un premier report du scrutin, les Togolais ont été appelés aux urnes pour élire leur Président. Sept candidats étaient en lice, dont le chef de l’Etat sortant, Faure Gnassingbé et son principal opposant Jean-Pierre Fabre. Le 6 mars 2010, la victoire est donnée au chef de l’Etat sortant avec près de 61 % des voix. Ce résultat, proclamé par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est contesté par ses opposants qui dénoncent de multiples fraudes.

Autres actualités électorales :

Référendum constitutionnel au Kenya, 5 août

Les Kenyans ont adopté par référendum une nouvelle Constitution censée limiter les pouvoirs du président et redresser des « injustices historiques », notamment foncières, qui avaient alimenté les violences post-électorales meurtrières de 2007.

Référendum constitutionnel au Niger, 31 octobre

Quelque peu éclipsé par de nombreux remous et des rumeurs de tentatives de coup d’Etat, la nouvelle Constitution du Niger a été approuvée par plus de 90% de la population. Elle instaure la VIIe République et prévoit, entre autres, que le Président élu dispose d’un mandat de cinq ans renouvelable « une seule fois ». De même, il accorde une « amnistie aux auteurs et co-auteurs du coup d’État du 18 février (2010, ndlr) ».

Référendum constitutionnel à Madagascar, 17 novembre )

74,13% des électeurs malgaches se sont prononcés en faveur de l’adoption d’une nouvelle Constitution au cours d’un référendum qui a mobilisé 53% des inscrits. Des résultats entachés de problèmes techniques et de défaillances au niveau de la liste électorale. Un scrutin précédé d’une tentative de mutinerie militaire par un petit groupe d’officiers, à laquelle ont rapidement mis fin les autorités.

Elections législatives et sénatoriales en Egypte, 28 novembre
Le premier tour des législatives, précédé par la répression, s’est déroulé dans un climat de fraude et de violence dénoncé dans la presse et les observateurs. Les Frères musulmans, principale force d’opposition, enregistrent un cuisant revers électoral et ne remportent aucun siège.
Le 5 décembre, le second tour se déroule dans les mêmes conditions. Boycotté par les principaux partis de l’opposition islamique et laïque et marqué par une très faible participation (officiellement 27%), il voit le Parti national démocrate (PND) du président Hosni Moubarak rafler 419 des 508 sièges en jeu.

 Soudan, 11 avril

Après 21 ans passés à la tête du pays, le président soudanais a été reconduit avec 68,24% des voix, à l’issue des premières élections multipartites depuis 1986. Un scrutin entaché par des fraudes généralisées et des affrontements au Sud-Soudan.

 Burundi, 28 juin

Pierre Nkurunziza, âgé de 45 ans et au pouvoir depuis cinq ans, a été réélu avec 91,62 %. Le Président sortant était le seul candidat en lice, à la suite du retrait des six candidats d’opposition contestant la large victoire du parti au pouvoir (CNDD-FDD) lors des élections communales du 24 mai.

 Guinée, 28 juin

Après 52 ans de régimes dictatoriaux et une élection houleuse marquée par plusieurs reports du second tour, des incidents à caractère ethniques, une nouvelle ère commence en Guinée. La Cour suprême a validé dans la nuit du jeudi 2 au 3 décembre la victoire du candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) Alpha Condé. Avec 52,52% des voix, l’opposant historique a devancé l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo 47,48% qui a accepté sa défaite.

 Rwanda, 9 août 2010

Au pouvoir depuis le génocide de 1994 et sans véritable opposition, Paul Kagamé, le leader du Front patriotique Rwandais (FPR), est réélu pour 7 ans avec 93% des suffrages.

 Côte d’Ivoire, 31 octobre

L’élection historique qui devait sortir la Côte d’Ivoire de la crise a tourné au fiasco. Au terme du second tour qui a opposé Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire se retrouve avec deux présidents.

 Tanzanie, 31 octobre

La quatrième élection depuis la mise en place du multipartisme en Tanzanie a vu la victoire du président sortant, Jakaya Kikwete, réélu avec 61,17%. Un scrutin dont l’Union européenne a souligné l’atmosphère apaisée. Fait rarissime sur le continent qui mérite d’être souligne.

 Burkina Faso, 21 novembre

Au terme d’une élection boudée par les Burkinabè, Blaise Compaoré a été réélu avec 80,15% des voix. Dénonçant de graves irrégularités, l’opposition a rejeté les résultats du scrutin et contester sa légalité et sa légitimité.

 Comores, 26 décembre

Aux Comores, l’ancien vice-président Ikililou Dhoinine a été déclaré vainqueur avec 68,87% des suffrages. Il deviendra le premier Mohélien à accéder à la magistrature suprême de ce pays. Un scrutin validé par la Cour constitutionnelle, malgré une requête en annulation déposée par l’opposition qui a qualifié ces élections de « coup de force électoral ».

En Centrafrique, au Tchad, en RDC, au Nigeria, au Niger, en Ouganda… L’année 2011 connaîtra aussi plusieurs scrutins présidentiels.