Putsch à Madagascar

Coup de force à Madagascar. A la tête d’une vingtaine d’officiers, le général Noël Rakotonandrasana, ancien ministre des Forces armées et actuellement sans affectation, a affirmé ce mercredi s’être emparé du pouvoir. Le président de la transition Andry Rajoelina a affiché la plus grande fermeté face aux putschistes, alors même que se déroulait un référendum sur l’adoption d’une nouvelle Constitution visant à légitimer son pouvoir.

« A partir de maintenant, toutes les institutions existantes sont suspendues, et c’est un Comité militaire qui va gérer les affaires du pays », a déclaré le général Noël Rakotonandrasana. Ancien ministre des Forces armées, actuellement sans affectation, lors d’une conférence de presse organisée dans un camp militaire proche de l’aéroport d’Antananarivo, la capitale. C’est à lui que la vingtaine d’officiers qui ont organisé ce coup de force ont confié la direction de leur « Conseil militaire pour le salut du peuple ».

Présent également à cette conférence de presse, le colonel Charles Andrianasoavina a déclaré que l’armée poursuivrait le processus de réconciliation nationale. Il a promis la libération des prisonniers politiques et appelé les exilés à revenir « pour travailler ensemble au sauvetage de notre patrie ». Il a dénoncé l’incapacité des « trois mouvances » politiques – celles des anciens présidents Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy – à débloquer la crise qui mine le pays. S’en prenant directement au pouvoir en place, il a affirmé que « les hommes politiques, ceux qui sont en charge de l’économie, mais surtout le peuple, ne savent plus quoi faire. Il n’y a plus de sécurité » Par conséquent, pour les putchistes, « en vue de rétablir un état de droit », un pouvoir militaire est « la seule solution envisageable ». « Nous avons l’intention de prendre le palais [présidentiel] et tous [les] ministères », a déclaré le colonel Andrianasoavina cet après-midi sur France 24, avant de menacer de « prendre l’aéroport » jeudi. « Personne ne [pourra] quitter Madagascar », a-t-il assuré.

Rajoelina : « Dieu me protège »

Face à cette situation, Andry Rajoelina a affiché, en fin d’après-midi, la plus grande fermeté. S’exprimant en malgache devant un groupe de journalistes dans son bureau de vote du quartier d’Ambatobe, près de son domicile à Antananarivo, où il venait d’assister aux opérations de dépouillement du référendum constitutionnel organisé ce mercredi, il a déclaré que « l’Etat prendra ses responsabilités » face « aux velléités de troubles » du groupe d’officiers. « Actuellement, il y une réunion à la Primature avec l’état-major. Ce sont eux qui vont déterminer les mesures à prendre », a-t-il ajouté. « J’ai reçu des menaces de mort de la part de militaires si je ne démissionnais pas. Je n’ai pas peur. Dieu me protège », a encore ajouté M. Rajoelina, avant de quitter le bureau de vote. Il semblait apparemment décontracté selon un journaliste de l’AFP présent sur place.

L’armée avait donné de nombreux signes d’impatience à l’égard d’Andry Rajoelina ces derniers mois. Et, fait qui mérite d’être souligné, le général Rakotonandrasana est celui-là même qui, à la tête de la mutinerie en mars 2009, avait poussé le président Marc Ravalomanana à la démission. Puis il avait été nommé ministre des Forces armées, avant d’être limogé en avril 2010, soupçonné d’avoir conspiré contre le régime. Il a, lors de la conférence de presse d’aujourd’hui, appelé les militaires « à rejoindre leur camp d’origine ». Mais il est difficile de savoir s’il a encore suffisamment d’influence dans l’armée pour la rallier dans sa majorité à son mouvement.

En début de soirée, l’activité dans la capitale malgache, d’après l’AFP, était normale et aucun déploiement particulier de forces de sécurité n’était visible. Mais selon des témoignages postés sur le site Sobika, des barrages auraient été érigés à Ivato, où se trouve l’aéroport international, et des forces de l’ordre déployées sur place.