Tigré : Mekelle sous pression, une guerre qui menace de dépasser l’Éthiopie


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Mekele en Ethiopie
Mekele en Ethiopie

La reprise annoncée de l’aéroport de Mekelle par l’armée éthiopienne marque un tournant dans les combats au Tigré. Mais derrière l’avancée fédérale se dessine une crise plus profonde avec une région divisée et des tensions avec l’Érythrée qui font craindre un conflit régional.

Au Tigré, les lignes de front bougent et de nombreuses sources ont indiqué que les forces fédérales avaient repris l’aéroport Alula Aba Nega, près de Mekelle. Des tirs étaient encore signalés aux abords du centre-ville. Cette avancée constitue un revers pour le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), sans permettre de conclure à la prise de toute la capitale régionale.

Les perturbations des réseaux téléphoniques et d’Internet compliquent les vérifications et il reste denombreuses incertitudes sur les circonstances de l’opération et sur le contrôle de Mekelle elle-même.

Après Alamata, la pression sur Mekelle

L’avancée fédérale prolonge le mouvement engagé dans le sud du Tigré et Alamanta car cette ville représente un point de passage essentiel vers Mekelle, ainsi qu’un centre d’approvisionnement en nourriture, carburant et équipements.

La contre-offensive fédérale répond à l’offensive lancée quelques jours auparavant par les forces tigréennes, qui avaient pris plusieurs aéroports et progressé vers les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar.

Un Tigré désormais divisé

Cette guerre ne se résume toutefois plus à un affrontement entre Addis-Abeba et un bloc tigréen uni. Les forces fédérales combattent aux côtés de la Tigray Peace Force, une formation composée notamment d’anciens combattants tigréens opposés au TPLF.

Cette fracture change la lecture politique du conflit car une victoire militaire fédérale pourrait aussi redistribuer le pouvoir à l’intérieur du Tigré. Elle ne garantirait pourtant ni l’adhésion de la population ni la disparition de la résistance armée.

En 2020, l’armée fédérale avait rapidement occupé Mekelle, avant que les forces tigréennes ne reprennent la ville sept mois plus tard. Le contrôle de la capitale et la fin de la guerre sont donc deux questions distinctes.

Les civils paient déjà la reprise des combats

Dans les hôpitaux, Médecins sans frontières indiquait le 28 septembre que plus de 420 blessés de guerre avaient été reçus à Korem et Alamata entre le 22 et le 25 septembre. À Shire, plus de 300 patients blessés étaient arrivés au 25 septembre. L’organisation avait suspendu ses activités à l’hôpital d’Alamata et certaines interventions mobiles pour des raisons de sécurité.

Ces interruptions menacent aussi les soins ordinaires. Les accouchements, maladies infantiles et traitements chroniques sont reportés ou gérés dans l’urgence. Pour les familles, le risque tient à l’impossibilité de rejoindre un établissement, d’obtenir des médicaments ou de retrouver des proches.

L’Érythrée, facteur d’escalade

À cette crise intérieure s’ajoute la rupture diplomatique entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir l’alliance rebelle, ce que les autorités érythréennes démentent. L’Égypte et le Soudan rejettent également les accusations éthiopiennes de soutien aux insurgés. Ces rivalités augmentent le risque d’une internationalisation du conflit.

L’accord de Pretoria, signé le 2 novembre 2022, devait assurer la cessation des hostilités, le rétablissement des services et l’accès humanitaire. Ces engagements donnent aujourd’hui la mesure du recul.

Au-delà du sort de Mekelle, trois indicateurs permettront de mesurer la situation. D’abord l’arrêt effectif des combats, puis la possibilité d’acheminer l’aide et enfin le rétablissement des communications. Pour les habitants du Tigré, ce sont les premières conditions d’un retour à une vie normale.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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