Éthiopie : une alliance de groupes armés menace le pouvoir d’Addis Abeba


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région du Tigré
région du Tigré

Du Tigré à l’Amhara, en passant par l’Oromia, plusieurs mouvements armés disent désormais vouloir coordonner leurs forces contre le pouvoir fédéral. Leur objectif affiché est de renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et d’ouvrir une période de transition. Cette annonce ravive le spectre d’une nouvelle guerre de grande ampleur dans un pays encore marqué par le conflit du Tigré.

L’annonce est lourde de conséquences potentielles. Ce dimanche 20 septembre, Amanuel Assefa, vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a déclaré à l’AFP que sept groupes armés avaient formé une alliance destinée à « renverser » le gouvernement fédéral et à faciliter l’installation d’un gouvernement de transition.

Parmi les mouvements cités figurent les forces tigréennes, le Mouvement national Amhara Fano (AFNM), dirigé par Zemene Kassie et l’Armée de libération oromo (OLA). Ces organisations ont pourtant des histoires, des revendications et des ancrages territoriaux très différents. Leur rapprochement autour d’un même adversaire constitue donc un développement particulièrement important. Il faut noter que la direction de l’ONLF basée à Jigjiga, l’un des groupes cités, a encore nié le 17 septembre appartenir à cette alliance.

Trois fronts, un même adversaire

L’Éthiopie est confrontée depuis plusieurs années à plusieurs insurrections distinctes. En Amhara, les miliciens Fano combattent les forces fédérales depuis 2023. En Oromia, l’OLA mène depuis plusieurs années une rébellion contre Addis-Abeba. Dans le Tigré, le TPLF a été au cœur de la guerre de 2020-2022, avant la signature de l’accord de cessation des hostilités de Pretoria en novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine.

Mais cet accord de paix est aujourd’hui fragilisé. En avril 2026, le TPLF avait annoncé le rétablissement des institutions régionales d’avant-guerre, avant de réinstaller début mai l’ancien exécutif régional.

Le rapprochement annoncé entre les différents groupes armés intervient donc alors que les tensions se sont déjà ravivées dans le nord du pays. Les autorités fédérales font désormais face simultanément au TPLF au Tigré, aux Fano en Amhara et à l’insurrection de l’OLA en Oromia.

Une alliance encore difficile à mesurer

La principale inconnue concerne désormais la capacité de ces groupes à transformer leur entente politique en véritable coordination militaire. Le spécialiste de la région, Kjetil Tronvoll estime que les mouvements rebelles ne disposent pas nécessairement, à ce stade, des moyens pour soutenir durablement une confrontation avec les forces fédérales, notamment en raison des capacités militaires et aériennes de celles-ci. Mais une coordination de leurs commandements pourrait obliger l’armée éthiopienne à se battre simultanément sur plusieurs fronts, ce qui compliquerait fortement ses opérations.

L’annonce du 20 septembre donne à la coalition une existence politique formelle, mais elle ne prouve pas encore l’existence d’un commandement militaire unifié. L’OLA elle-même indiquait encore le 17 septembre ne pas appartenir au cadre Tsimdo, tout en confirmant qu’une coopération plus large entre forces d’opposition était en train d’émerger

Des analyses récentes soulignent également les divergences entre les différents mouvements. Leurs objectifs régionaux ne sont pas identiques et leurs rivalités historiques restent profondes. L’existence d’une alliance annoncée ne signifie donc pas automatiquement qu’un commandement militaire unifié est déjà opérationnel.

Le souvenir encore vif de la guerre du Tigré

Pour la population, cette nouvelle donne ravive surtout le souvenir d’une guerre dont les conséquences restent considérables. Le conflit entre les forces fédérales et les rebelles tigréens, de 2020 à 2022, a provoqué une catastrophe humanitaire et fait, selon l’Union africaine, au moins plusieurs centaines de milliers de morts.

Le risque est désormais celui d’une multiplication des fronts plutôt que d’un retour à une guerre concentrée dans une seule région. Avec près de 130 millions d’habitants, l’Éthiopie est l’un des principaux poids lourds démographiques non seulement de la Corne de l’Afrique, mais également de toute l’Afrique. C’est le deuxième pays le plus peuplé du continent après le Nigeria. Une nouvelle escalade aurait inévitablement des répercussions sur une Corne de l’Afrique déjà déstabilisée. Pour l’heure, Addis-Abeba n’a pas officiellement répondu à l’annonce faite par le responsable du TPLF.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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