
Human Rights Watch (HRW) publie ce lundi 19 octobre une enquête sur les abus commis depuis juillet dans le centre et le nord du Mali. L’ONG y documente des frappes de drones indiscriminées de l’armée malienne et l’exécution de soldats capturés par le JNIM et le FLA. HRW se tourne vers l’Union africaine, faute d’autre interlocuteur.
Le drone a tourné une trentaine de minutes au-dessus du marché aux bestiaux de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, avant de larguer sa munition, le matin du 19 août. Six hommes ont été tués, une vingtaine de personnes blessées, dont deux amputées à Sévaré. Selon les témoins, aucun combattant du JNIM, qui contrôle les environs, n’était sur place. L’état-major malien affirmait le lendemain avoir éliminé une vingtaine de terroristes dans le secteur.
Cette histoire, comme d’autres qui lui ressemblent, est au cœur du communiqué publié par Human Rights Watch (HRW), fondé sur trente entretiens. Le 29 juillet, c’est le centre de santé de Talhandak, près de la frontière algérienne, qui a été éventré par un drone kamikaze dont les débris correspondent à un modèle de type Shahed. Près de Niono, des soldats ont abattu le 12 juillet cinq fillettes qui récoltaient du riz, avant de s’en excuser auprès des familles. Des miliciens dozos alliés de l’armée ont tué trois Peuls à Djenné. Le ministère de la Défense n’a pas répondu à l’ONG. En novembre 2025, Afrik.com rapportait déjà la mort de treize civils, dont sept enfants, dans des frappes de drones près de Tombouctou.
Tabrichat, une exécution assumée à demi
Le 18 juillet, à Tabrichat, dans la région de Gao, le JNIM et le FLA ont attaqué un convoi de l’armée et de l’Africa Corps. Au moins 19 soldats qui s’étaient rendus ont été battus puis exécutés. Dans sa réponse écrite à HRW, le comité chariatique du JNIM dit ne pas avoir ordonné ces exécutions, par simple calcul : « nous avons considéré qu’il était dans notre intérêt de nous en abstenir ». Il n’entend pas sanctionner les auteurs, dont le geste ne contrevient pas, selon lui, à la loi islamique. Le FLA nie toute participation et attribue la mort de certains captifs à des frappes de drones de l’armée, une version invérifiable. Les familles des disparus, elles, attendent toujours des nouvelles de l’état-major.
Kidal, une victoire bâtie sur la même arme
Le document paraît treize jours après la reprise de Kidal par l’armée et l’Africa Corps, le 6 octobre, obtenue sans combat après des mois de bombardements. L’arme aérienne qui a permis cette reconquête est celle que HRW met en cause. D’après les données d’ACLED citées par l’ONG, les frappes aériennes des forces maliennes et russes ont tué 89 civils entre avril et août, plus du double qu’en 2025 à la même période. Sur ces cinq mois, l’armée a tué 268 civils, deux fois plus que le JNIM.
Cette dépendance au drone s’est accentuée à mesure que l’Africa Corps, héritier de Wagner, a réduit son engagement terrestre. Une fois lancé,Un drone de type Shahed ne peut plus être redirigé. Ainsi, une erreur de renseignement est fatale là où civils et combattants fréquentent les mêmes marchés. Dans le centre, où les Peuls sont régulièrement assimilés aux jihadistes, ces frappes vont alimenter le ressentiment sur lequel le JNIM recrute, comme le rappellent les violences à répétition dans la région de Bandiagara.
L’Union africaine, faute de mieux
En s’adressant au Conseil de paix et de sécurité de l’UA, HRW prend acte de l’isolement de Bamako. Le Mali a quitté la Cédéao en janvier 2025 et a notifié en juin son retrait de la Cour pénale internationale. Suspendu de l’UA depuis 2021, il offre peu de prise au Conseil. Le retrait de la CPI ne prendra toutefois effet qu’en juin 2027 : d’ici là, la Cour reste compétente pour les crimes commis cet été.




