RDC : face au FRN de Kabila, le silence embarrassant des leaders de la C64


Lecture 3 min.
Lancement de la coalition C64 en RDC
Lancement de la coalition C64 en RDC

Depuis que Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé le 12 octobre à Goma, les principales figures de la Coalition Article 64 (C64) n’ont pas affiché de position commune. Alors que Muyaya défendaient encore la participation de l’ancien Président à un dialogue national inclusif.

En République démocratique du Congo (RDC), celui de Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo, depuis l’annonce du FRN ne passe pas inaperçu. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, s’en est saisi dimanche 18 octobre, appelant ces opposants à clarifier leurs positions. « Tous ceux qui plaidaient pour sa participation [celle de Joseph Kabila, ndlr] au dialogue, ils doivent s’y prononcer s’ils font le choix de la République », a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Un mouvement qui change la donne

Annoncé à Goma, le FRN succède à la coalition AFC/M23. Joseph Kabila en prend la tête, tandis que Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, deux figures de l’ancienne coalition, deviennent vice-présidents. Le mouvement invoque notamment l’article 64 de la Constitution pour justifier sa volonté de mettre « fin à la tyrannie »  de Félix Tshisekedi.

Cette évolution place les leaders de la C64 devant une question délicate. En plaidant pour un dialogue inclusif, ils défendaient l’idée que toutes les forces politiques concernées par la crise congolaise devaient pouvoir participer aux discussions. Mais la prise de direction d’une structure politico-militaire par l’ancien Président modifie profondément les termes du débat.

Comment réclamer une place à Joseph Kabila autour de la table des négociations sans préciser sa position face à son engagement dans le FRN ? La question mérite d’être posée, même si le silence public ne suffit pas, à lui seul, à établir une quelconque adhésion.

Un mois avant la création du FRN, le 16 septembre, Martin Fayulu avait d’ailleurs fermement exclu que la C64 rejoigne “Sauvons la RDC”, la plateforme de Joseph Kabila, comparant un tel rapprochement au fait de demander à des gens au paradis de rejoindre l’enfer. Mais ni lui ni les autres dirigeants de la coalition ne se sont encore prononcés sur le FRN lui-même.

Calcul politique et défense des principes

La C64 avait été lancée en mai 2026 pour défendre l’ordre constitutionnel et s’opposer à toute réforme susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Ses dirigeants ont donc construit leur discours autour du respect des règles démocratiques. Aujourd’hui, leur réserve risque de brouiller ce message. Est-elle le résultat de divergences internes ou d’une volonté de ne pas reprendre à leur compte les arguments du pouvoir ? En l’absence d’une explication publique commune, ces hypothèses restent ouvertes.

Patrick Muyaya leur offre une occasion de se positionner, mais sa démarche sert aussi la stratégie politique du gouvernement. La clarification attendue ne devrait donc pas se réduire à répondre au porte-parole de l’exécutif : elle devrait surtout permettre aux Congolais de comprendre où se situe l’opposition.

Il reste possible pour la C64 de se prononcer sur la question. Une déclaration pourrait être faite à tout moment.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée