
Moins de deux ans après avoir exigé le départ des troupes françaises, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a assisté en début de semaine à Paris à la signature d’une déclaration d’intention relançant la coopération militaire avec la France.
En novembre 2024, Mahamat Idriss Déby Itno avait créé la surprise en rompant les accords militaires avec la France. Le 30 janvier 2025, les derniers soldats français quittaient le Tchad. Moins de deux ans plus tard, le président tchadien revient à Paris pour reconstruire le partenariat militaire qu’il avait lui-même dénoncé.
Reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, il a vu les ministres des Armées des deux pays, Catherine Vautrin et Issakha Malloua Djamous, signer un texte qui porte, selon l’Élysée, sur la formation, l’expertise, l’industrie et les technologies de défense.
Des militaires français déjà de retour au Tchad ?
Sans constituer un nouvel accord de défense ni prévoir le rétablissement des anciennes bases, cette déclaration officialise une coopération qui a repris discrètement depuis le début de l’année, en particulier dans le renseignement.
Selon Le Monde, près d’une vingtaine de militaires français auraient commencé, dès l’été 2026, à former des unités tchadiennes à Moussoro et à Massaguet, une présence que Paris n’a pas officiellement confirmée.
Plus sensible encore, ces formations concerneraient la Force d’intervention rapide (FIR), une unité d’élite chargée, entre autres, de la protection du chef de l’État.
Pourquoi Déby revient-il vers Paris ?
Le retrait français avait permis au président tchadien de diversifier ses alliances, notamment vers la Turquie, la Russie et les Émirats arabes unis. Remplacer un partenaire militaire présent depuis l’indépendance s’est toutefois révélé plus compliqué que prévu.
Confrontée à la menace djihadiste dans le bassin du lac Tchad et à l’instabilité de ses frontières soudanaise et libyenne, l’armée tchadienne manque de moyens de surveillance aérienne et d’évacuation sanitaire. Selon l’AFP, des drones de fabrication turque ont été immobilisés à plusieurs reprises en raison d’impayés, ce que dément un officier tchadien.
Toujours selon Le Monde, Paris étudierait la fourniture de deux hélicoptères et d’un avion de transport de troupes, ainsi que le retour d’appareils français de surveillance. Rien n’a encore été annoncé.
La France retrouve une porte d’entrée stratégique
Pour une armée française privée de points d’appui au Sahel depuis ses retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, retrouver un accès opérationnel à N’Djamena, même limité, présente un réel intérêt.
Un forum d’affaires organisé par le Medef à Paris le 25 septembre a aussi débouché sur plusieurs protocoles d’accord, notamment dans l’élevage, la santé, les infrastructures et l’énergie.
Les menaces qui pèsent sur les frontières tchadiennes n’ont pas disparu avec les bases françaises, et elles ont fini par ramener N’Djamena vers son ancien partenaire. Mais le départ des militaires français a-t-il rendu le Tchad plus autonome, ou a-t-il surtout donné à son président les moyens de renégocier les conditions de leur retour ? Le contenu détaillé de la déclaration d’intention n’a, pour l’heure, pas été rendu public.




