Paris – N’Djamena : après le départ des soldats français, quel partenariat entre Déby et Macron ?


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Paris - N’Djamena : après le départ des soldats français, quel partenariat entre Déby et Macron ?
Mahamat Idriss Deby Itno et Emmanuel Macron

Mahamat Idriss Déby Itno est attendu à l’Élysée ce mardi 13 octobre, à l’invitation d’Emmanuel Macron, pour une visite de travail placée sous le signe de la relance du partenariat franco-tchadien. Après la rupture de l’accord de défense et le retrait des troupes françaises, les deux pays tentent de reconstruire une relation fondée sur leurs intérêts économiques et diplomatiques.

Le déplacement du président tchadien intervient dans un contexte de recomposition des relations entre Paris et N’Djamena. Le 28 novembre 2024, les autorités tchadiennes avaient annoncé leur décision de mettre fin à l’accord de coopération militaire avec la France. Cette rupture a entraîné le départ des quelque 1 000 militaires français présents dans le pays et la restitution des dernières emprises françaises, achevée le 31 janvier 2025.

Cette décision avait mis fin à plusieurs décennies de présence militaire française au Tchad, l’un des principaux points d’appui de Paris au Sahel. Elle s’inscrivait aussi dans une volonté de N’Djamena de redéfinir ses partenariats extérieurs et de réaffirmer sa souveraineté. Le départ des soldats français avait fortement dégradé les relations entre les deux capitales, même si les liens diplomatiques et économiques n’avaient pas été rompus.

Un premier rapprochement politique a eu lieu le 29 janvier 2026, lorsque Mahamat Idriss Déby a été reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée. Les deux chefs d’État avaient alors affiché leur volonté de bâtir « un partenariat renouvelé, fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés ». Ils avaient également échangé sur la situation régionale, notamment la guerre au Soudan.

La rencontre du 13 octobre s’inscrit dans le prolongement de cette reprise du dialogue. Il reste toutefois à déterminer jusqu’où les deux pays souhaitent aller dans cette nouvelle phase, notamment sur les questions de défense et de sécurité.

L’économie, premier terrain du rapprochement

À ce stade, la coopération économique apparaît comme l’un des domaines où la relance franco-tchadienne est la plus visible. Le 25 septembre dernier, un forum d’affaires France-Tchad a réuni à Paris des entreprises et des représentants des deux pays autour des possibilités d’investissement. Plusieurs accords et protocoles ont été annoncés dans des secteurs tels que la santé, l’élevage, la formation, la recherche et la logistique.

Parmi les projets évoqués figurent le développement de centres de santé, des initiatives en matière de santé animale et un partenariat autour du projet de port sec de Toukra. Ces engagements sont présentés comme des pistes de coopération destinées à accompagner le développement économique du Tchad.

Ils s’inscrivent dans le cadre du plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », lancé en novembre 2025. Ce programme prévoit 268 projets et un volume d’investissements annoncé d’environ 30 milliards de dollars. Pour N’Djamena, les partenariats internationaux peuvent contribuer à mobiliser les financements, les compétences et les entreprises nécessaires à sa mise en œuvre.

Mais la signature de protocoles ne garantit pas, à elle seule, la réalisation des projets. Le rendez-vous de l’Élysée pourrait donc permettre d’évaluer les conditions de leur concrétisation : financements disponibles, calendrier d’exécution, participation des entreprises tchadiennes et retombées attendues sur l’emploi et les infrastructures.

Selon les données publiées par le ministère français des Affaires étrangères, les exportations françaises vers le Tchad ont atteint 117 millions d’euros en 2023, tandis que les importations françaises en provenance du pays se sont élevées à 414 millions d’euros, principalement en raison des hydrocarbures. Le développement de partenariats productifs et la création de valeur au Tchad constituent donc des enjeux importants pour donner un contenu durable à cette coopération.

La question sécuritaire reste en arrière-plan

La rupture militaire de 2024 n’a pas effacé tous les intérêts sécuritaires communs. Le Tchad demeure confronté à un environnement régional instable, entre les menaces armées dans la région sahélienne et les conséquences de la guerre au Soudan voisin. L’afflux de réfugiés et les risques de débordement du conflit soudanais pèsent sur les capacités d’accueil et la sécurité du pays.

Dans ce contexte, une reprise de certains échanges militaires entre Paris et N’Djamena a été évoquée dans la presse. Des discussions ont porté sur la formation, le renseignement et la coopération aérienne. Le principe d’un éventuel retour à une coopération sécuritaire ne signifie cependant pas le rétablissement de l’ancien dispositif. En effet, la présence permanente de troupes françaises et les bases militaires qui l’accompagnaient ont précisément été rejetées par les autorités tchadiennes.

L’enjeu pourrait donc être de trouver une formule compatible avec les exigences de souveraineté de N’Djamena pour répondre à ses besoins opérationnels. À la veille de la rencontre, aucun élément officiel ne permet toutefois d’affirmer qu’un nouvel accord militaire sera annoncé le 13 octobre.

Les deux dirigeants auront également à examiner des dossiers régionaux et internationaux. Le Soudan, déjà au cœur de leurs échanges de janvier, reste un sujet important compte tenu de ses conséquences humanitaires et sécuritaires pour le Tchad. « Le renforcement du partenariat bilatéral, notamment la coopération économique, ainsi que les échanges sur des sujets régionaux et internationaux d’intérêt commun, figurent au centre de la rencontre bilatérale prévue ce 13 octobre au Palais de l’Élysée », informe le communiqué publié par la présidence tchadienne ce lundi 12 octobre 2026.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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