
Face à l’escalade de violences au Darfour, la Cour pénale internationale alerte sur des atrocités d’une ampleur inédite à El-Facher, où les Forces de soutien rapide sont accusées de mener une campagne systématique de massacres contre les populations non arabes.
La situation au Darfour atteint un nouveau seuil de barbarie. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour pénale internationale (CPI) a dressé lundi un réquisitoire accablant sur les atrocités commises dans cette région occidentale du Soudan. Nazhat Shameem Khan, procureure adjointe de la CPI, a décrit un tableau « effroyable », marqué par une campagne organisée de violations extrêmes visant principalement les populations non arabes.
Une campagne de terreur filmée par ses auteurs
Selon les enquêtes de la CPI, la chute d’El-Facher aux mains des Forces de soutien rapide (FSR) en octobre 2025 a déclenché une vague de violences systématiques. Le bureau du procureur fait état d’exécutions sommaires, de viols de masse, de détentions arbitraires et de tortures collectives. Plus troublant encore, la procureure adjointe souligne que bon nombre de ces crimes ont été filmés et célébrés sur les réseaux sociaux par les paramilitaires eux-mêmes, témoignant d’une absence totale de crainte des conséquences judiciaires.
Le rapport évoque l’existence de fosses communes, interprétées comme une tentative délibérée de dissimuler l’ampleur des massacres. Cette stratégie macabre rappelle les événements d’Al-Geneina, où près de 15 000 civils, majoritairement de l’ethnie Masalit, auraient été tués. Pour la CPI, il ne s’agit pas d’incidents isolés mais d’une « campagne calculée » contre les communautés Four, Masalit, Berti et Zaghawa.
Le soutien étranger pointé du doigt par Khartoum
En réponse à ces accusations, la Mission permanente du Soudan auprès de l’ONU a fermement condamné les agissements des milices paramilitaires. Ammar Mohammed Mahmoud a souligné que ces atrocités ne pourraient avoir lieu sans le parrainage financier, militaire et logistique d’un État tiers, dont il a tu le nom tout en suggérant qu’il est « bien connu » de la communauté internationale. Khartoum appelle désormais la CPI à étendre ses investigations à tous les complices extérieurs qui facilitent l’action des FSR.
Cette guerre, qui oppose depuis avril 2023 l’armée régulière aux paramilitaires, a déjà provoqué le déplacement de plus de 11 millions de personnes, créant ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ». Dans ce chaos, le sentiment d’impunité reste le principal moteur de la violence, chaque ville du Darfour tombant l’une après l’autre dans un cycle de sang et de profanation des corps.
L’urgence de l’arrestation des fugitifs historiques
Pour briser ce cycle, la CPI exhorte les autorités soudanaises à une coopération réelle. La priorité absolue reste l’arrestation d’Ahmed Haroun, recherché depuis 2007 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ancien collaborateur d’Omar el-Bachir, il est accusé d’avoir orchestré le recrutement des milices Janjawid, ancêtres des actuelles FSR. Évadé de prison en 2023, il est toujours en fuite.
La Cour réitère également ses demandes concernant l’ancien président Omar Al-Bachir et son ex-ministre de la Défense, Abdelrahim Mohamed Hussein. Selon Nazhat Shameem Khan, tant que ces figures historiques et les responsables actuels ne seront pas traduits en justice, le sentiment que le crime paie continuera de dévaster le Darfour. La lutte contre l’impunité apparaît aujourd’hui comme le seul rempart possible contre la disparition totale des structures civiles dans l’ouest du Soudan.




