Darfour : la semaine où le décompte macabre s’est emballé


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Eléments armés au Darfour
Des éléments armés au Darfour (Soudan)

Le Soudan s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’abîme. Ce dimanche 4 janvier, de nouveaux bilans médicaux viennent confirmer l’horreur qui se joue à huis clos dans le Darfour-Nord. En l’espace d’une seule semaine, au moins 114 civils ont perdu la vie, victimes collatérales ou cibles directes d’un conflit qui oppose l’armée régulière soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Ces chiffres illustrent une escalade de la violence qui semble désormais hors de tout contrôle international.

Les drones de l’armée frappent un fief symbolique

La ville d’El-Zurq a été le théâtre d’un déluge de feu aérien. Selon des sources médicales hospitalières, des frappes de drones menées par l’armée soudanaise ont causé la mort de 51 civils dans cette localité. El-Zurq n’est pas une cible anodine : elle abrite la résidence familiale du général Mohammed Hamdan Daglo, plus connu sous le nom de « Hemetti », le chef des puissants paramilitaires. En frappant ce bastion symbolique, l’armée régulière durcit sa stratégie, quitte à infliger des pertes civiles dévastatrices dans les zones résidentielles.

Terreur paramilitaire aux confins de la frontière tchadienne

Plus à l’ouest, près de la frontière avec le Tchad, la ville de Kernoi subit elle aussi un calvaire sans nom. Dans cette zone, ce sont les combattants des FSR qui sont pointés du doigt. En une semaine, les attaques attribuées aux paramilitaires ont fait 63 morts parmi la population civile. À ce bilan sanglant s’ajoutent 57 blessés graves et 17 personnes portées disparues, dont on craint qu’elles n’aient été enlevées ou exécutées. La proximité de la frontière tchadienne accentue la pression sur les flux de réfugiés qui tentent désespérément de s’extraire de cette nasse.

El-Fasher transformée en ville fantôme sous black-out

Depuis la chute d’El-Fasher fin octobre, dernier verrou sécuritaire de l’armée au Darfour, la région s’est transformée en un trou noir informationnel. Les FSR, après s’être emparées de la cité lors d’une offensive marquée par des pillages et des violences sexuelles, maintiennent un black-out quasi total. Seules quelques vidéos d’exactions, souvent filmées et diffusées par les assaillants eux-mêmes, parviennent à franchir les frontières de la ville, ce qui suscite l’indignation des chancelleries mondiales. On estime que plus de 107 000 personnes ont fui cette seule ville pour échapper au chaos.

L’urgence absolue face à la pire crise humanitaire du globe

Le Soudan détient aujourd’hui le triste record de la « pire crise humanitaire au monde » selon les Nations Unies. Avec des dizaines de milliers de morts et plus de 11 millions de déplacés, le pays est en train de s’effondrer sous le poids d’une guerre d’usure. Au Darfour, les infrastructures de base n’existent plus et l’aide humanitaire peine à atteindre les survivants. Alors que les combats se multiplient, la communauté internationale semble impuissante à imposer un cessez-le-feu à des belligérants qui semblent déterminés à se livrer une guerre totale jusqu’à l’anéantissement de l’autre.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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