Mondial 2030 : l’Espagne instrumentalise la CAN pour écarter le Maroc de la finale


Lecture 4 min.
Projet du futur grand stade Hassan II de Casablanca
Projet du futur grand stade Hassan II de Casablanca

Le duel diplomatique entre Madrid et Rabat autour de la finale du Mondial 2030 s’intensifie. En pointant du doigt les incidents de la CAN 2025, l’Espagne cherche à convaincre la FIFA d’écarter le Maroc de l’organisation de la finale de la Coupe du monde.

Une rivalité désormais politique

La bataille pour accueillir la finale du Mondial 2030 prend une tournure géopolitique. Rafael Louzán, président de la Fédération espagnole de football, a affirmé que « le Maroc n’a pas démontré la capacité d’organiser un tel événement », évoquant les incidents survenus lors de la finale de la CAN 2025. Il a notamment cité les désordres en tribune et « le comportement des ramasseurs de balle ». Il faisait en cela notamment référence à leurs agissements répréhensibles avec le scandale de la serviette d’Étienne Mendy.

Pourtajt, le dirigeant espagnol reconnaissait lui-même, quelques semaines plus tôt, que « le Maroc a connu une transformation admirable, avec des stades magnifiques ». L’enjeu dépasse donc les infrastructures pour s’ancrer dans une bataille d’influence auprès de la FIFA.

Une CAN utilisée comme prétexte

La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, disputée à Casablanca, a été marquée par des incidents. Des gestes d’énervement et un bref départ des joueurs sénégalais ont alimenté les polémiques. Des images reprises partout dans le monde ont aussi montré le comportement inadmissible du staff et des ramasseurs de balles marocains cherchant à s’emparer de la serviette avec laquelle le gardien sénégalais Étienne Mendy esquivait ses gants.

Cependant, la compétition s’est, dans l’ensemble, déroulée dans des conditions exemplaires, saluée par la presse internationale.

Ramener l’organisation marocaine à ces incidents de la finale relève donc d’une lecture partiale, que certains médias espagnols amplifient pour fragiliser la candidature marocaine à la finale du Mondial.

Le bras de fer du stade Hassan II

Le cœur du conflit se situe ailleurs : le gigantesque stade Hassan II de Benslimane. Ce projet de 115 000 places, en construction près de Casablanca, deviendra le plus grand d’Afrique et le deuxième plus grand au monde. Un atout majeur pour le Maroc, qui espère asseoir son rôle central dans le dispositif du Mondial 2030.

Rafael Louzán fait valoir que « l’Espagne représente 55% du projet en termes de stades » et que la finale devrait lui revenir « logiquement ». Un argument purement comptable qui ignore la symbolique historique d’une première finale mondiale sur le continent africain.

Une alliance sur la corde raide

Ce désaccord marque la première véritable tension entre les co-organisateurs du Mondial 2030. Si le tournoi se déroulera entre le Maroc, le Portugal et l’Espagne, une seule nation accueillera la finale. Le gouvernement espagnol a déjà pris position : pour le président du Conseil supérieur des sports, la finale se tiendra « bien sûr » en Espagne.

Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football, a répliqué fermement : « Le Grand Stade Hassan II sera exceptionnel à tous égards et constituera le plus grand et le meilleur monument footballistique du monde. » La décision reviendra à la FIFA et aux trois comités nationaux.

Entre le prestige du Bernabéu rénové et l’ambition du futur stade marocain, la FIFA devra arbitrer un choix hautement symbolique. Mais attention, Lisbonne pourrait tout aussi bien profiter de la situation et revendiquer aussi l’organisation de cette finale. Une solution qui renverrait dos à dos l’Espagne et le Maroc.

Criss Bailly
LIRE LA BIO
Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News