
Alors que Paris s’apprête à célébrer la Journée internationale des droits des femmes, le cinéma Chaplin Denfert se transforme en une fenêtre ouverte sur la Méditerranée. À travers le regard de réalisatrices engagées, le festival « Femmes Cinéastes du Maghreb » propose une immersion rare dans les réalités, les combats et les espoirs des femmes d’Afrique du Nord.
Dans le cadre symbolique du 8 mars, la capitale française met à l’honneur la création au féminin venue d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Du 4 au 9 mars, le cinéma Chaplin Denfert, niché au cœur du 14ème arrondissement, est le théâtre d’une programmation unique dédiée aux cinéastes maghrébines. Porté avec passion par l’association Le Maghreb des films, cet événement invite à une rencontre profonde avec des voix qui, entre fictions et documentaires, redéfinissent la place de la femme dans les sociétés contemporaines.
À travers des récits intimes, politiques ou historiques, les cinéastes invitées explorent les thèmes de l’émancipation, de la mémoire, de la justice et des luttes sociales. Ainsi, les organisateurs offre un espace d’expression à des créatrices encore trop peu visibles dans les circuits traditionnels de diffusion, tout en valorisant la richesse et la diversité du cinéma maghrébin contemporain.
Une programmation engagée pour donner la parole aux femmes du Maghreb

La sélection réunit deux longs-métrages, trois documentaires et un court-métrage, illustrant différentes générations de réalisatrices. En ouverture, le documentaire « La Mère de tous les mensonges » d’Asmae El Moudir propose une plongée intime dans la mémoire familiale et nationale marocaine. À travers une enquête personnelle, la cinéaste interroge les silences transmis de génération en génération et établit un parallèle entre l’histoire collective et les trajectoires féminines.
Autre temps fort : la projection de deux films de Kaouther Ben Hania, figure majeure du cinéma tunisien. « Peau de colle » aborde la rébellion d’une jeune fille face aux normes sociales, tandis que « La Belle et la Meute » traite avec intensité des violences sexuelles et du combat pour la dignité. Des œuvres saluées pour leur maîtrise esthétique et leur portée universelle.
Héritage historique : des pionnières aux nouvelles générations
Le festival rappelle également le long chemin parcouru par les femmes cinéastes au Maghreb. Après les indépendances, l’accès à la réalisation est resté limité pour les femmes dans un univers dominé par des structures masculines héritées de la période coloniale. En Tunisie, par exemple, Salma Baccar a marqué un tournant avec « Fatma 75 », œuvre pionnière questionnant l’histoire et la condition féminine.
Aujourd’hui, une nouvelle génération s’inscrit dans cette continuité tout en renouvelant les formes narratives. Les documentaires « Aucune rue ne portera ton nom » de Nadia Salem et « 10949 femmes » de Nassima Guessoum revisitent la guerre d’indépendance algérienne à travers le prisme féminin. Ces films redonnent une visibilité à des parcours longtemps restés dans l’ombre de l’histoire.
Des récits puissants entre mémoire, justice et résilience
En clôture, « Le Sac de farine » de Kadija Leclere propose une synthèse thématique autour de l’exil, de l’identité et des blessures familiales. À travers ces histoires singulières, le festival compose un panorama sensible des réalités vécues au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Les récits abordent la violence, la transmission et la révolte, mais aussi l’espoir et la solidarité.
Des échanges avec le public sont prévus afin d’encourager le dialogue interculturel. À Paris, où les diasporas maghrébines sont nombreuses, cet événement participe à une meilleure compréhension des enjeux sociaux et politiques qui traversent ces sociétés. Le festival « Femmes Cinéastes du Maghreb » s’impose comme un rendez-vous incontournable du calendrier culturel parisien et un vibrant hommage à la créativité féminine.





