Soudan : pourquoi le Darfour du Nord est devenu l’épicentre mondial de la faim ?


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Réfugiés au Soudan, image UNHCR
Réfugiés au Soudan, image UNHCR

Au Soudan, le Darfour du Nord concentre aujourd’hui les indicateurs de faim les plus alarmants au monde. Selon des données publiées le 29 décembre 2025, plus de la moitié des enfants d’Um Baru souffrent de malnutrition aiguë, un seuil jamais documenté jusqu’ici. Cette situation extrême résulte à la fois de l’intensification du conflit, de déplacements massifs de populations et de l’effondrement des services de santé. Privée d’un accès humanitaire sécurisé, la région s’enfonce dans une crise où chaque jour accroît le risque de famine de masse.

Le Soudan s’enfonce dans les ténèbres d’une crise humanitaire dont l’ampleur défie désormais l’entendement. Alors que le conflit entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) entre dans son 990e jour, de nouvelles données publiées ce lundi 29 décembre 2025 révèlent un désastre sanitaire sans précédent au Darfour du Nord. Dans la localité d’Um Baru, les niveaux de malnutrition infantile ont atteint des seuils jamais documentés auparavant, plaçant des milliers de jeunes vies sur le fil du rasoir.

Un seuil d’urgence pulvérisé par la faim

Les résultats de l’enquête SMART menée par l’UNICEF sont sans appel. Sur un échantillon représentatif de 500 enfants examinés entre le 19 et le 23 décembre, plus de la moitié souffrent de malnutrition aiguë globale. Le taux exact, arrêté à 53 %, est trois fois supérieur au seuil d’alerte maximale de 15 % établi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus alarmant encore, un enfant sur six est frappé de malnutrition aiguë sévère, une condition critique où le risque de décès devient imminent en l’absence de soins thérapeutiques immédiats.

Cette situation est d’autant plus tragique que la population d’Um Baru a gonflé de manière disproportionnée ces dernières semaines. La localité sert de refuge à des milliers de familles ayant fui l’escalade des combats à Al Fasher à la fin du mois d’octobre. Cet afflux massif de personnes déplacées, vivant dans des conditions de précarité absolue, a totalement saturé les maigres ressources locales, transformant ce sanctuaire en un piège de famine.

Le temps, l’ennemi invisible des soignants

Pour Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF, le facteur temps est devenu le paramètre le plus cruel de cette crise. Chaque jour qui passe sans une intervention massive réduit les chances de survie de ces enfants dont l’organisme est déjà épuisé par la faim et les maladies. L’enquête révèle d’ailleurs qu’un enfant sur trois était déjà malade au moment des relevés. Ils souffrent principalement de fièvres, de toux ou de diarrhées, des pathologies qui, combinées à la dénutrition, forment un cocktail létal.

Le système de santé, déjà exsangue, ne parvient plus à assurer les services de base. La couverture vaccinale contre la rougeole stagne à 24 %, laissant la porte ouverte à des épidémies dévastatrices au sein de camps de déplacés surpeuplés. Malgré le prépositionnement de stocks d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi par les agences onusiennes, la distribution reste une mission périlleuse, voire impossible, dans certaines zones de conflit.

L’aide humanitaire prise en otage par les combats

Le principal obstacle à la survie des enfants du Darfour reste l’insécurité chronique. Les belligérants continuent d’ignorer les appels répétés de la communauté internationale en faveur d’un accès humanitaire sûr et sans entrave. Les affrontements incessants ralentissent le déploiement des secours et mettent en péril la vie des travailleurs humanitaires. L’enquête nutritionnelle elle-même a dû être écourtée d’une journée en raison des risques sécuritaires accrus sur le terrain.

L’ONU et l’UNICEF exhortent aujourd’hui toutes les parties au conflit à respecter une trêve humanitaire immédiate. Sans une pression diplomatique internationale accrue sur les acteurs du conflit, les centres nutritionnels, comme celui de Tawila, resteront impuissants face à la marée de détresse qui déferle sur le Darfour du Nord. Pour ces enfants, l’année 2026 ne commence pas sous le signe de l’espoir, mais sous celui d’une lutte acharnée pour le simple droit de survivre un jour de plus.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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