
Samedi 31 octobre, deux mandats onusiens se sont achevés en Afrique. En Somalie, la mission politique de l’ONU a achevé son mandat selon le calendrier convenu avec les autorités somaliennes. Au Sahara occidental, la MINURSO, déployée depuis 1991, a cessé ses opérations faute d’accord au Conseil de sécurité, après un veto russe. Sa liquidation a commencé dimanche.
Mogadiscio : un départ prévu depuis deux ans
Lundi 26 octobre, une cérémonie a marqué à Mogadiscio la fin de la Mission d’assistance transitoire des Nations unies en Somalie (MATNUSOM). Son chef par intérim, Raisedon Zenenga, a assuré que cette fermeture ne marquait pas la fin du soutien de l’ONU et qu’elle ouvrait « un nouveau chapitre » du partenariat avec le pays. Le même jour, António Guterres a salué les progrès de la reconstruction de l’État somalien et demandé à la communauté internationale de maintenir son appui.
Le calendrier remonte à mai 2024. Le gouvernement fédéral avait alors demandé par lettre la fin de la mission créée en 2013 (MANUSOM), avant de proposer une transition de deux ans. La résolution 2753 a fait de la MATNUSOM le successeur de la MANUSOM, puis la résolution 2809, adoptée à l’unanimité, a fixé au 31 octobre 2026 la fin de ses opérations.
Des élections et un appui logistique en suspens
La mission s’en va alors que le calendrier politique reste disputé. Le mandat du président Hassan Cheikh Mohamoud est arrivé à terme le 15 mai 2026 sans accord avec l’opposition. Le gouvernement a déclaré être en « période de transition » et le chef de l’État se prévaut d’un mandat de cinq ans, tandis que ses adversaires, dont l’ancien président Cheikh Charif Cheikh Ahmed, estiment son mandat constitutionnel expiré. Le 15 octobre, la commission électorale a annoncé des législatives le 15 avril et une présidentielle le 15 mai 2027, selon Reuters.
L’autre défi concerne le soutien logistique aux forces africaines. Le Bureau d’appui des Nations unies en Somalie (UNSOS) fournit carburant, vivres, soins médicaux et transport à la Mission d’appui et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM), dont la résolution 2809 plafonne les effectifs à 11 826 personnels en uniforme, dont 680 policiers. Le 1er juillet, Washington a annoncé qu’il mettrait fin à son soutien financier et logistique à l’UNSOS au 31 décembre. En septembre, les États-Unis ont accepté un retrait étalé sur douze mois à partir de janvier 2027, suivi de la fermeture du bureau. Le centre de recherche ACLED estime que les shebab pourraient profiter de ce retrait pour lancer une offensive.
Deux projets rivaux rejetés au Conseil de sécurité
À plusieurs milliers de kilomètres de Mogadiscio, le départ de l’ONU répond à une logique bien différente. Alors que la Somalie avait négocié la fin progressive de sa mission, le Sahara occidental a vu la sienne disparaître à la suite d’un affrontement diplomatique entre grandes puissances.Les deux mandats arrivaient à échéance le même jour, et la Somalie, qui siège au Conseil de sécurité jusqu’à la fin de l’année, a pris part au vote sur le second.
Le vendredi 30 octobre, le Conseil examinait deux textes sur la MINURSO. Le projet américain, selon l’analyse publiée le 30 octobre par Security Council Report, renouvelait la mission jusqu’au 31 octobre 2027 tout en la rebaptisant MINUSO à compter du 1er novembre, par suppression du « R » de référendum. Il demandait au secrétaire général de proposer avant le 30 janvier 2027 une nouvelle structure, de nouveaux effectifs et de nouveaux moyens, en vue d’une possible transformation de la mission, et prévoyait l’enregistrement des réfugiés de la région de Tindouf par le HCR dans un délai de six mois.
Il faisait du plan d’autonomie marocain la seule base de discussion, alors que la résolution 2797 d’octobre 2025 avait pris ce plan comme base de négociation et jugé qu’une autonomie véritable pourrait constituer une solution des plus réalisables, tout en renvoyant à une solution prévoyant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, sans trancher la question de la souveraineté.
La liquidation de la MINURSO commence
Onze membres, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont soutenu le texte américain. La Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus, et la Russie a opposé son veto. Le projet russe, qui reconduisait simplement la mission pour un an, a été soumis au vote dans la foulée. Il a recueilli trois voix, celles de la Russie, de la Chine et de la Somalie, contre une, celle des États-Unis, et onze abstentions, sans atteindre les neuf voix requises. La Somalie, qui avait voté la résolution 2797 un an plus tôt, a ainsi modifié sa position.
Le jour même du vote, le Cabinet royal marocain a vu dans la non-reconduction « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies » et jugé que la présence de la mission dans les provinces du Sud devait cesser dans les jours suivants. Dimanche, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, a affirmé que « juridiquement, politiquement, il n’y a plus de MINURSO ».
Le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination reste entier
Cette lecture reste celle de Rabat. António Guterres, dans une déclaration diffusée dimanche par son porte-parole Stéphane Dujarric, a annoncé l’ouverture de la période de liquidation au 1er novembre et affirmé que le départ de la mission « ne remet nullement en cause » le droit inaliénable du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination, comme nous l’avons relevé. La disparition de la MINURSO ne modifie pas le statut du territoire, que l’ONU range parmi les territoires non autonomes, et l’échec du vote ne vaut pas reconnaissance de la souveraineté marocaine par le Conseil. Une équipe réduite organisera le retrait du personnel et le rapatriement du matériel, et les modalités du départ doivent être discutées avec le secrétariat de l’ONU à partir du lundi 2 novembre.
Le représentant du Front Polisario à l’ONU, Sidi Omar, a remercié Moscou d’avoir bloqué un texte qui, selon lui, aurait sapé le processus de paix. Oxfam a averti que la perte des fonctions de surveillance et de désescalade de la mission risquait de peser sur la sécurité, sur les civils et sur les perspectives d’un règlement pacifique, alors que des hostilités de faible intensité persistent depuis novembre 2020.
Le veto russe laisse ainsi une situation paradoxale. En refusant que la mission perde sa référence au référendum, Moscou dit défendre le droit des Sahraouis à l’autodétermination. L’absence de compromis a pourtant entraîné la disparition de la mission elle-même, et avec elle d’une présence internationale qui, malgré ses limites, contribuait à surveiller les tensions militaires. Un drapeau russe a été levé dans les camps de réfugiés sahraouis en signe de remerciement.
Après le 31 octobre
Mike Waltz a assuré que les États-Unis continueraient de travailler avec l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, et avec les deux parties. Le texte américain saluait trois cycles de discussions tenus à Washington et à Madrid entre le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, avait de son côté rencontré Staffan de Mistura en septembre, puis Sergueï Lavrov à Moscou trois jours avant le vote, rappelle Le360.
Dans les deux cas, l’ONU se retire sans que l’essentiel soit réglé. En Somalie, le Conseil de sécurité doit réexaminer le dossier en décembre, avec un calendrier électoral contesté et le soutien logistique à l’AUSSOM en suspens. Au Sahara occidental, le territoire reste sans statut définitif et sans dispositif de surveillance équivalent annoncé.







