
À un peu plus d’un mois de l’échéance du 31 octobre, le dossier du Sahara occidental connaît une nouvelle accélération diplomatique à New York. Le Conseil de sécurité ne se contentera pas de reconduire le mandat de la MINURSO car la résolution 2797, adoptée en octobre 2025, lui a aussi confié un examen stratégique sur l’avenir de la mission. C’est ce qui donne ce relief particulier au rendez-vous d’octobre. Les parties prenantes multiplient les consultations auprès de l’ONU et le Front Polisario, de son côté, met en avant un point sur lequel les Nations unies ne se sont jamais prononcées : le statut définitif du territoire reste à régler.
Le calendrier place cette année le Sahara occidental sous les projecteurs. La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) voit son mandat expirer le 31 octobre 2026, après plus de trente ans d’impasse et malgré la reprise des hostilités depuis novembre 2020. Sur le terrain, elle continue de surveiller la situation militaire et de contenir les tensions mais sa mission inclut aussi, en théorie, la relance du processus politique.
L’autodétermination par les Sahraouis
Cette permanence de la MINURSO rappelle que le règlement définitif du conflit n’a pas été acté par les Nations unies, et que la mission créée en 1991 était initialement liée à un processus permettant aux Sahraouis de déterminer leur avenir.
| Repères chronologiques
1975 – Le retrait de l’Espagne, puissance coloniale, ouvre le conflit entre le Maroc et le Front Polisario. 1976 – Proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) par le Front Polisario. 1991 – Cessez-le-feu et création de la MINURSO, chargée d’organiser un référendum d’autodétermination qui n’aura jamais lieu. 2007 – Le Maroc présente son plan d’autonomie comme alternative au référendum. Novembre 2020 – Fin du cessez-le-feu et reprise des hostilités entre le Maroc et le Polisario. 31 octobre 2025 – Le Conseil de sécurité adopte la résolution 2797 : le plan marocain devient la base des négociations, et l’ONU est chargée d’un examen stratégique sur l’avenir de la MINURSO. 31 octobre 2026 – Échéance du mandat actuel de la MINURSO et rendu attendu de l’examen stratégique. |
Alger intensifie ses consultations à New York
Depuis plusieurs jours, la diplomatie algérienne concentre une partie de son activité autour de ce dossier. En marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est entretenu le 25 septembre avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, et ce seulement uelques jours après le dernier round de discussions, le 16 septembre, à Alger.
Ahmed Attaf a réaffirmé le soutien de l’Algérie à un règlement « juste, durable et définitif » garantissant au peuple sahraoui l’exercice de son droit à l’autodétermination. Alger a également poursuivi ses consultations avec plusieurs partenaires africains. Ahmed Attaf a notamment rencontré à New York ses homologues sud-africain, namibien, nigérien et érythréen.
Ces rencontres bilatérales ne doivent rien au hasard. L’Afrique du Sud et la Namibie forment, avec l’Algérie, le noyau dur du soutien au Polisario au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). C’est un ancrage qui s’appuie sur le statut de la RASD, membre à part entière de l’Union africaine depuis 1982. Le Maroc y mène depuis l’adoption de la résolution 2797 une campagne de lobbying assumée, dans la perspective du sommet de l’Union africaine de février 2026, où il espère faire progresser l’exclusion de la RASD de l’organisation continentale. La position du Nigeria, elle, reste plus ambiguë mélant une reconnaissance ancienne de la RASD mais une neutralité affichée lors de plusieurs votes onusiens.
Cette séquence s’inscrit dans une course de vitesse diplomatique avant le rendez-vous d’octobre au Conseil de sécurité. Le Maroc multiplie lui aussi les démarches diplomatiques avant cette échéance.
Le Polisario rappelle que le dossier reste celui d’une décolonisation
Le Front Polisario s’appuie de son côté sur un argument de fond qui reste toujours valable ; le Sahara occidental demeure inscrit par l’ONU parmi les territoires non autonomes.
Dans une lettre adressée au secrétaire général des Nations unies et diffusée comme document du Conseil de sécurité à la demande de l’Afrique du Sud, Brahim Ghali a demandé à l’ONU de prendre des mesures permettant aux Sahraouis d’exercer leur droit à l’autodétermination. Il présente toujours le dossier comme un processus de décolonisation inachevé.
Le Polisario a par ailleurs réaffirmé début septembre sa disposition à participer au processus politique sous l’égide des Nations unies. Il exclut en revanche toute solution qui prédéterminerait à l’avance le statut du territoire.
Cette position trouve un écho dans les documents des Nations unies eux-mêmes. Un rapport de 2026 consacré au Sahara occidental rappelle que Staffan de Mistura avait demandé aux différents protagonistes de développer leurs propositions sans poser de conditions préalables. Le Polisario, pour sa part, continue de défendre le principe selon lequel la population du territoire doit pouvoir décider elle-même de son avenir.
Le 31 octobre, un vote qui reste ouvert
Le Maroc aborde pourtant le rendez-vous avec plusieurs soutiens internationaux en faveur de son projet d’autonomie et des responsables marocains plaident aussi pour une évolution du rôle de la MINURSO.
Ce soutien politique de plusieurs États au plan marocain ne doit toutefois pas être confondu avec le statut du territoire au regard du droit des Nations unies, qui n’a pas changé. À ce jour, l’ONU n’a pas entériné la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et la MINURSO reste officiellement la « Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental ».
C’est sur ce terrain juridique, plus que sur la bataille des soutiens diplomatiques État par État, qu’Alger et le Polisario concentrent aujourd’hui leurs efforts.
Le vote du 31 octobre portera sur deux plans distincts. D’une part la reconduction du mandat de la MINURSO, et d’autre part l’examen stratégique sur l’avenir de la mission que la résolution 2797 a confié au secrétaire général de l’ONU. C’est sur ce second point que se jouera l’essentiel comme nous le confirme un diplomate onusien qui suit le dossier de près : « Tant que le statut définitif du Sahara occidental n’est pas réglé et que l’ONU continue de traiter le territoire comme une question de décolonisation non achevée, Alger et le Front Polisario disposent encore d’un levier essentiel à travers le droit à l’autodétermination. L’enjeu, pour eux, est donc moins de gagner la bataille des reconnaissances bilatérales que d’empêcher que ce principe disparaisse du cadre de négociation« .
Points clés :
- Le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre 2026.
- La résolution 2797 (adoptée le 31 octobre 2025) a aussi chargé le secrétaire général de l’ONU d’un examen stratégique sur l’avenir de la MINURSO.
- Ahmed Attaf (Algérie) a rencontré Staffan de Mistura à New York le 25 septembre 2026, après un entretien à Alger le 16 septembre.
- Brahim Ghali (Polisario) a adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU réclamant l’autodétermination du peuple sahraoui.
- L’ONU n’a pas reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ; la MINURSO garde son nom officiel lié à un référendum.






