
Avant le vote du Conseil de sécurité attendu vendredi 30 octobre, Washington propose de faire de l’autonomie marocaine l’unique horizon et de retirer les observateurs du mur des sables. Ni l’Assemblée générale ni le Secrétaire général n’ont validé ce virage. Comme en 2025, le mouvement de balancier devrait normalement mamener la résolution vers une position équilibrée d’ici la fin de semaine.
Le projet de résolution dit draft zéro, daté du 20 octobre et distribué deux jours plus tard aux quinze membres du Conseil, n’a pas été rendu public mais ses grandes lignes sont connues. La MINURSO perdrait le « R » de référendum pour devenir la MINUSO. Ses effectifs en uniforme seraient réduits d’au moins moitié d’ici fin janvier 2027. Son mandat de maintien de la paix s’arrêterait le 30 avril 2027, remplacé par une mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027.
Sur le fond, le texte présenterait l’autonomie sous souveraineté marocaine comme la seule solution viable. Les États membres avaient jusqu’au 26 octobre pour transmettre leurs commentaires et le texte va encore évoluer.
Ce que l’ONU a déjà écrit
Il y a un an, la résolution 2797 avait déjà fait du plan marocain la base des négociations. Elle avait été adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix et 3 abstentions, sans la participation de l’Algérie. Selon ses critiques, le nouveau projet ne conserve cette notion que dans son préambule.
L’Assemblée générale ne prend pas ce chemin. Le 15 octobre, sa Quatrième Commission a adopté son texte annuel sur le Sahara par 152 voix contre 2, celles des États-Unis et d’Israël, et 7 abstentions, dont la France et le Royaume-Uni. Le Maroc comme l’Algérie l’ont soutenu. Ce texte cite la résolution 2797 mais maintient l’autodétermination.
Quant à António Guterres, son rapport du 1er octobre recommande de prolonger la MINURSO d’un an, jusqu’au 31 octobre 2027. Le projet américain prenait la direction inverse.
Des observateurs retirés au pire moment
Le retrait des casques bleus interviendrait, en effet, alors que la situation se dégrade sur le terrain. Le rapport du Secrétaire général fait état de tirs persistants le long du berm et de frappes de drones attribuées aux Forces armées royales à l’est du mur. La MINURSO a enquêté sur plusieurs d’entre elles. Pour l’une, près de Mijek, trois combattants du Polisario auraient été tués. Le 5 mai, des tirs revendiqués par le Polisario sur Smara ont blessé une civile. Il faut rappeler que la mission est déjà affaiblie avec seulement 153 observateurs militaires pour 218 autorisés. En outre, 80,3 millions de dollars de contributions restent impayées.
Depuis novembre 2020, le Polisario interdit aux hélicoptères de la MINURSO de survoler la zone située à l’est du mur. Le général qui commande la force onusienne n’a plus de contact direct avec les chefs militaires du Polisario et ne communique avec eux que par courrier.
Réduire encore ses effectifs de moitié reviendrait à laisser sans témoin international un conflit qui a repris depuis la rupture du cessez-le-feu, fin 2020. Des responsables européens, cités par l’International Crisis Group, confirment que cette présence militaire aide à contenir l’escalade.
Les arguments de Washington et de Rabat
Les promoteurs du texte ont leurs raisons. Pour Rabat, un référendum promis en 1991 et jamais organisé n’est plus praticable. Le plan d’autonomie élargi, présenté lors des trois cycles de pourparlers tenus début 2026 à Washington et Madrid, constituerait selon lui une offre concrète. L’ambassadeur américain Mike Waltz met en avant le coût de la mission et le sort des réfugiés de Tindouf, qui méritent selon lui « de vraies options, pas une nouvelle décennie d’attente ».
Mais une solution peut-elle être durable si le peuple directement concerné n’a pas réellement la possibilité de la refuser ?
Dans une lettre adressée le 22 octobre à la présidence grecque du Conseil de sécurité, le représentant du Front Polisario à l’ONU, Sidi Mohamed Omar, a dénoncé une rupture avec les fondements du processus de paix et menacé de quitter le processus si le texte n’est pas profondément corrigé. Une position modifiée depuis en raison de garanties d’évolution de la position finale.
L’Algérie, qui accueille depuis plus de cinquante ans les réfugiés sahraouis et contribue à leur prise en charge humanitaire, poursuit pour sa part son engagement diplomatique en faveur d’un règlement négocié respectant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Un compromis à portée de main
Entre le statu quo et le passage en force, une voie existe. Le Conseil pourrait garder l’autonomie comme base de discussion tout en réinscrivant l’autodétermination dans le dispositif de la résolution, et prévoir que tout accord soit soumis à une consultation des Sahraouis. Il pourrait aussi maintenir une composante militaire tant que des frappes sont signalées, et confier au HCR un recensement des réfugiés sans en faire un préalable politique.
L’ancien envoyé personnel de l’ONU Christopher Ross le résume simplement en expliquant que toute solution imposée unilatéralement aux Sahraouis serait « vouée à l’échec ». Une paix durable suppose que ceux qu’elle concerne puissent l’accepter. L’ONU a déjà écrit cette règle. Vendredi, il appartiendra au Conseil de sécurité de ne pas la démentir.





