
Le draft zéro, daté du 20 octobre et transmis jeudi 22 octobre par les États-Unis aux membres du Conseil de sécurité rebaptiserait la Minurso en Minuso, supprimant ainsi la référence au référendum. Le texte, qui reste un document informel, ferait du plan d’autonomie marocain « la seule solution réalisable ». Le Front Polisario a aussitôt écrit à la présidence du Conseil pour menacer de se retirer du processus. Une autre mesure a moins retenu l’attention, alors qu’elle pourrait avoir des effets directs sur le terrain. Le contingent de la mission serait réduit d’au moins la moitié avant le 31 janvier 2027.
Les observateurs militaires de la Minurso sont déployés depuis le cessez-le-feu de 1991 le long du mur des sables, une ligne de défense d’environ 2 700 kilomètres construite par le Maroc dans les années 1980. Leur rôle consiste à suivre les mouvements des forces armées des deux camps et à signaler les violations. Ils sont restés sur place après la fin du cessez-le-feu annoncée par le Polisario en novembre 2020. Le projet américain organise leur retrait progressif.
Un retrait en deux étapes
La première étape porte sur la réduction de moitié des effectifs d’ici à fin janvier. La seconde interviendra le 30 avril 2027, date à laquelle la mission deviendrait « strictement politique » jusqu’au 31 octobre suivant. Aucune précision sur ce qu’il adviendrait alors de la composante militaire. Antonio Guterres est attendu pour remettre, le 15 décembre, des propositions détaillées sur la structure et les ressources de la future mission. L’ONU elle-même invitait pourtant à la prudence. En avril, le responsable chargé de la revue stratégique de la mission avait estimé, faute de résultat dans les négociations, qu’il fallait “se garder de modifier prématurément la structure ou le mandat de la Mission”.
Les moyens de la mission diminuent déjà. En mars, Antonio Guterres a proposé à l’Assemblée générale un budget de 62,7 millions de dollars pour l’exercice 2026-2027, en baisse de 11,3 % sur un an. Les observateurs restent pourtant actifs. Selon le dernier rapport du secrétaire général, publié le 1er octobre, ils ont parcouru près de 300 000 kilomètres en patrouilles terrestres et effectué 152 vols de reconnaissance à l’ouest du mur entre octobre 2025 et la mi-août 2026. Les Forces armées royales y ont signalé 129 incidents de tirs sur la même période. À l’est, leur marge de manœuvre est bien plus étroite. Le Polisario limite leurs patrouilles à un rayon de 20 kilomètres autour de chaque base et interdit les survols en hélicoptère depuis novembre 2020
La surveillance confiée au Maroc
Si les Casques bleus devaient quitter la zone, la surveillance du mur et de ses abords reviendrait aux Forces armées royales marocaines. Celles-ci devraient étendre leurs dispositifs techniques, notamment les drones et les radars, sur des centaines de kilomètres de désert. Le Maroc en a la capacité, mais les informations recueillies émaneraient alors d’une partie au conflit. En cas d’incident armé, le Conseil de sécurité ne disposerait plus d’un rapport indépendant pour établir les faits, comme aujourd’hui.
L’attaque du 5 mai 2026 contre Smara, revendiquée par le Polisario et condamnée dans l’avant-projet américain, illustre ce risque. Après les tirs, les enquêteurs de la Minurso se sont rendus sur place. Ils ont relevé deux cratères d’impact et des débris, dont certains près d’un centre de détention, et constaté qu’un civil avait été blessé. Ils ont aussi documenté à l’est du mur plusieurs frappes de drones attribuées aux FAR, notamment dans la région de Mijek. Le 7 juin, ils n’ont en revanche pas pu enquêter sur une frappe qui aurait tué trois officiers du Polisario, faute d’autorisations de sécurité.
Il demande au secrétaire général de prévoir, pour la future mission, des dispositions en matière de rapports et de déminage, sans préciser qui constaterait les violations sur le terrain une fois les observateurs militaires partis. Le texte demande aussi au HCR d’achever en six mois l’enregistrement des réfugiés des camps de Tindouf, une demande ancienne de Rabat.
Washington revoit le maintien de la paix
Ce choix rejoint la ligne budgétaire de Washington. Depuis 2025, les États-Unis réduisent leur financement des opérations de maintien de la paix et visent en priorité les missions anciennes dont le processus politique est bloqué. La Minurso, présente depuis trente-cinq ans, correspond à ce profil. Une adoption de la résolution sous sa forme actuelle pourrait servir de modèle pour d’autres missions, avec une diminution des effectifs suivie d’une transformation en structure politique au service d’un règlement déjà défini.
À Alger, l’ancien ambassadeur Amar Belani voit dans cette refonte une volonté de “priver la mission onusienne de ses prérogatives politiques et civiles”. Il juge possible une opposition de la Russie et de la Chine, qui s’étaient abstenues l’an dernier. L’Algérie, qui n’avait pas pris part au vote en 2025, ne siège plus au Conseil.
Le vote du Conseil de sécurité doit avoir lieu avant le 31 octobre, date d’expiration du mandat en cours. Ce “zero draft” représente le point de départ le plus favorable possible pour Rabat. Les négociations entre les quinze ne peuvent guère le faire évoluer que dans l’autre sens, comme ce fut le cas en 2025. Le projet initial ne prolongeait alors la mission que de trois mois, contre un an dans la version adoptée, et la qualification du plan marocain comme alternative “la plus sérieuse, crédible et réaliste” avait disparu du texte final.
Le texte actuel bute d’ailleurs sur sa propre contradiction : il se réclame de l’autodétermination dans son préambule tout en désignant l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seule issue. Le Sahara occidental figure toujours sur la liste onusienne des territoires non autonomes, et c’est sur ce terrain juridique que la Russie et la Chine pourraient exiger des amendements. La question de la surveillance du cessez-le-feu pourrait elle aussi revenir dans les discussions.






