
Le Front Polisario a annoncé dimanche 8 juin la mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz, membre du secrétariat national et commandant militaire, fils de Mohamed Abdelaziz qui dirigea le mouvement sahraoui pendant près de quatre décennies. Tué avec deux autres combattants lors d’une frappe de drone présumément marocaine à l’est du mur de défense, ce décès prive le mouvement indépendantiste sahraoui d’un cadre de la nouvelle génération du mouvement, à un moment charnière pour l’avenir du dossier onusien.
Le fils du dirigeant historique tué au combat
Le Front Polisario a annoncé ce 8 juin, dans un communiqué officiel, la mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz, membre du secrétariat national et responsable militaire du mouvement. Il était le fils de Mohamed Abdelaziz, figure tutélaire de la cause sahraouie, décédé en 2016 après avoir dirigé le Front Polisario pendant près de quatre décennies. Le mouvement a précisé que Lahbib Mohamed avait trouvé la mort aux côtés de deux autres combattants sahraouis lors d’une opération militaire, décrétant trois jours de deuil national à compter de l’annonce.
Né en 1989 dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, territoire sur lequel la République arabe sahraouie démocratique (RASD) bénéficie du soutien d’Alger, Lahbib Mohamed Abdelaziz avait rejoint l’Armée populaire de libération sahraouie (APLS) en 2011. Diplômé en relations internationales, il avait gravi les échelons à la fois sur le plan militaire et administratif, avant d’être nommé en 2024 commandant de la première région militaire. Il siégeait au secrétariat national du Front Polisario depuis le 16e congrès du mouvement.
Une frappe de drone à l’est du mur
Selon plusieurs médias régionaux et des sources proches du Front Polisario, les trois hommes auraient été tués lors d’une frappe de drone menée à proximité du mur de défense marocain. Une zone à l’est de cet ouvrage militaire qui traverse le Sahara occidental sur plusieurs milliers de kilomètres. La frappe aurait visé des responsables militaires du Polisario opérant dans cette zone contestée, en dehors de toute souveraineté marocaine internationalement reconnue.
Les Forces armées royales marocaines n’avait pas publié de communiqué au moment de la rédaction de cet article. Le Maroc n’a ni confirmé ni démenti l’opération, une pratique habituelle dans le contexte des affrontements de basse intensité qui se déroulent depuis la rupture du cessez-le-feu de 1991.
La reprise des hostilités depuis Guerguerat
Ce décès intervient dans un contexte de confrontation armée continue entre le Maroc et le Front Polisario, depuis que ce dernier a officiellement mis fin au cessez-le-feu en novembre 2020, en réponse à l’intervention des forces marocaines à Guerguerat, dans le sud du territoire. Depuis lors, les deux parties s’accusent mutuellement d’attaques ciblées.
La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz coïncide par ailleurs avec la présence dans la région de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, en mission de bons offices. Le calendrier donne donc à cette mort une résonance politique particulière, au moment même où l’ONU tente de maintenir un canal de discussion.
Une perte symbolique et stratégique pour le Polisario
Au-delà de sa dimension militaire, ce décès pèse lourd symboliquement. Lahbib Mohamed Abdelaziz était un acteur potentiellement décisif dans les futures évolutions de la direction du Front Polisario. Portant le nom de son père fondateur, il incarnait à la fois la continuité historique du mouvement et son renouveau.
En perdant Lahbib Mohamed Abdelaziz, le Front Polisario voit disparaître un responsable de la nouvelle génération, porteur d’un nom central dans l’histoire du mouvement sahraoui. Son profil, à la fois militaire, politique et diplomatique, en faisait l’un des cadres susceptibles de compter dans les évolutions futures de l’appareil indépendantiste.
Sa mort intervient au moment où le dossier du Sahara occidental reste bloqué malgré le processus diplomatique américain le Polisario maintient la pression armée depuis la rupture du cessez-le-feu de 2020, tandis que le Maroc consolide sa position diplomatique autour de son plan d’autonomie. Dans ce contexte, la disparition de Lahbib Mohamed Abdelaziz ajoute une charge symbolique forte à une guerre redevenue discrète, mais jamais éteinte.




