
Adoptée le 4 septembre par l’Assemblée générale des Nations unies, la résolution « Correct the Map » promeut des cartes du monde fidèles aux superficies. Sur celles qui suivent les conventions onusiennes, le Sahara occidental apparaît séparé du Maroc. Cette image circule de nouveau largement alors que le Conseil de sécurité prépare le renouvellement du mandat de la Minurso, qui expire le 31 octobre.
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale a adopté la résolution A/80/L.104 par 164 voix pour et une contre, celle des États-Unis, qui y voient un « projet idéologique radical ». L’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine se sont abstenues. Le Togo avait présenté le texte au nom du Groupe africain, avec le soutien de l’Union africaine. Quelques heures avant le scrutin, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait annoncé que Paris comptait abandonner Mercator pour ses propres cartes du monde.
Dépourvue de valeur contraignante, la résolution laisse à la projection de Mercator son usage maritime. Elle recommande aux gouvernements, aux écoles, aux organisations internationales et aux entreprises technologiques de recourir à des projections équivalentes, dont Equal Earth, chaque fois qu’il s’agit de comparer des superficies. Mise au point en 2018 par Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny, Equal Earth respecte les surfaces relatives. Le Groenland, que Mercator dessine presque aussi grand que l’Afrique, y retrouve sa proportion réelle, c’est-à-dire environ quatorze fois moins étendu que le continent.
Un territoire à part sur les cartes onusiennes
Les cartes établies selon les conventions des Nations unies séparent le Sahara occidental du Maroc par une ligne en pointillés et lui donnent son propre nom. Le territoire s’étend sur environ 266 000 km² entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et l’Atlantique, soit plus de la moitié de la superficie que l’ONU attribue au royaume. Dès lors que l’Afrique du Nord-Ouest retrouve sa taille réelle face à l’Europe, cette étendue se remarque encore davantage.
Ce découpage correspond au statut juridique que l’organisation conserve au territoire. Inscrit en 1963 sur la liste des territoires non autonomes, le Sahara occidental compte toujours parmi les 17 territoires dont les Nations unies jugent la décolonisation inachevée. En 1975, la Cour internationale de justice avait estimé que les liens historiques invoqués par Rabat n’établissaient pas de souveraineté territoriale marocaine.
Le 15 octobre, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale a réaffirmé ce statut. Sa résolution annuelle, qui maintient le Sahara occidental dans le processus de décolonisation, a été adoptée par 152 voix pour, dont celle du Maroc, deux contre et sept abstentions. Habituellement adopté sans vote, le texte a cette fois été mis aux voix à la demande des États-Unis, qui ont exigé un scrutin sur l’ensemble des 23 projets examinés par la Commission. Rabat met en avant la référence à la résolution 2797 que le texte contient désormais pour expliquer son surprenant soutien à une résolution qu’elle a toujours contestée.
Échéance le 31 octobre au Conseil de sécurité
Le calendrier donne à ce débat cartographique un relief particulier. Créée en 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) n’a jamais pu tenir le scrutin prévu. Son mandat expire le 31 octobre. Il avait été prorogé d’un an par la résolution 2797, rédigée par Washington et adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix, avec les abstentions de la Chine, de la Russie et du Pakistan. L’Algérie n’avait pas pris part au vote. Son mandat de membre non permanent ayant pris fin en décembre 2025, elle ne siégera pas lors du scrutin de cette année.
La même résolution demandait au secrétaire général des recommandations sur la transformation de la mission, en fonction de l’issue des pourparlers. Le vote d’octobre engage donc l’avenir de la Minurso au-delà d’une simple reconduction. Alors qu’Alger et le Front Polisario ont relancé leur action à New York, Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, a rencontré l’envoyé personnel Staffan de Mistura à Alger le 16 septembre puis à New York le 25, et Brahim Ghali a adressé au secrétaire général une lettre réclamant l’autodétermination des Sahraouis.
Toute solution sera soumise aux Sahraouis
Washington, porte-plume du dossier, a réaffirmé le 15 septembre par la voix de Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, son attachement au cadre de la résolution 2797, sans reprendre cette fois l’expression de « souveraineté marocaine », ce qui est un changement sensible en attendant que le Conseil de sécurité décide du mandat et des moyens de la Minurso.
Dans son rapport annuel daté du 1er octobre, António Guterres recommande de proroger la mission d’un an, jusqu’au 31 octobre 2027. Il rappelle que toute proposition issue des négociations devra être soumise aux Sahraouis, libres de l’accepter ou de la rejeter. Les consultations à huis clos du Conseil, début octobre, ont ravivé les tensions. Le Polisario reproche à Staffan de Mistura d’avoir présenté l’autonomie sous souveraineté marocaine comme base des discussions et a menacé, le 13 octobre, de reconsidérer son engagement auprès de l’envoyé personnel. Les quatre délégations ne se sont plus réunies depuis le 24 février. Deux options principales se dessinent pour le 31 octobre :avecune prorogation d’un an sans changement ou une extension plus courte, de six mois.




