Sahara occidental : pourquoi Washington ne peut plus contourner Alger


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Abdelmadjid Tebboune et Massad Boulos : rencontre officielle à Alger.
Le Président Abdelmadjid Tebboune a reçu Massad Boulos à Alger le 13 septembre 2026, à quelques semaines du renouvellement du mandat de la MINURSO.

Dimanche 13 septembre, Massad Boulos a atterri à Alger pour la troisième fois en quatorze mois. Officiellement, le conseiller de Donald Trump venait parler énergie avec Sonatrach. Le Sahara occidental, lui, ne figurait dans aucune de ses déclarations publiques. Cependant, le ministère algérien des Affaires étrangères a confirmé que le dossier avait bien été abordé. À six semaines du renouvellement du mandat de la MINURSO, ce silence calculé des américains en dit plus long qu’un communiqué.

Un déplacement, deux agendas

À son arrivée, Massad Boulos a été reçu par Abdelmadjid Tebboune au siège de la présidence, et il a vu le Premier ministre Sifi Ghrieb et le chef de la diplomatie Ahmed Attaf. Dans sa communication publique, l’émissaire américain a évoqué que la coopération énergétique avec le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, et, sur X, un échange avec l’Algérie sur la sécurité régionale. Il a qualifié les discussions de « très productives » et présenté l’Algérie comme un « partenaire important » des États-Unis.

Le ministère algérien des Affaires étrangères a de son côté indiqué que les entretiens avaient porté sur trois dossiers régionaux : la Libye, le Sahel et le Sahara occidental. Deux versions d’une même rencontre, qui se complètent car Washington affiche l’énergie, Alger confirme le reste, mais tout a bien été abordé.

Une fréquence en lien aussi avec la MINURSO

Ce déplacement est le troisième de Massad Boulos en Algérie en un peu plus d’un an, après ceux du 27 juillet 2025 et du 27 janvier 2026. Deux jours plus tôt, il s’était entretenu à New York avec Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe de l’ONU chargée des affaires politiques, sur le Sahara occidental, la Libye et le Soudan. Il avait alors appelé à faire progresser une solution « durable et mutuellement acceptable » conforme à la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Consultation onusienne suivie d’un vol vers Alger. A quarante-huit jours de l’échéance du 31 octobre, date à laquelle le Conseil de sécurité doit se prononcer sur le renouvellement du mandat de la MINURSO, il y a une urgence coté américain.

Le vrai levier d’Alger : peser sans voter

Ne pas avoir voté la résolution 2797 du Conseil de sécurité n’a pas mis l’Algérie hors jeu. C’est même l’inverse et Washington multiplie les visites à Alger précisément parce que la question ne peut se régler sans elle. Son influence sur le Front Polisario, l’accueil des réfugiés sahraouis sur son sol, son poids dans la sécurité régionale au Sahel et en Libye et l’importance pour les États-Unis de maintenir leurs investissements directs dans la région constituent autant de leviers qui n’apparaissent dans aucun vote au Conseil de sécurité.

Cette influence s’inscrit dans un calcul plus large face à la progression de l’influence russe et chinoise en Afrique du Nord. L’administration Trump cherche, en effet, à arrimer les puissances du Maghreb à son axe. Tebboune devient ainsi un partenaire que Washington ne peut se permettre de heurter frontalement, surtout qu’Alger est exportateur d’énergie avec un lien direct vers l’Europe, autonome économiquement et pas du tout endetté. L’Algérie a su rester indépandante, tout le contraire du Maroc qui s’est lié avec les États-Unis et qui n’a donc pas de moyen de pression.

Le discours algérien, lui, reste ferme en apportant des nuances par petites touches, signe de bonne volonté car l’objectif est de faire aboutir le dossier pour que la population Sahraoui retrouve sa liberté. Le 2 mai 2026, à la télévision publique, Abdelmadjid Tebboune a estimé que la résolution 2797 « est en train de faire son chemin ».

Le compte à rebours du 31 octobre

Selon AfricaIntelligence, l’administration Trump examinerait actuellement plusieurs scénarios pour l’avenir de la MINURSO, tandis que Massad Boulos et l’envoyé personnel de l’ONU Staffan de Mistura tentent d’obtenir des avancées avant le vote. L’ONU ayant encore rappellé il y a quelques mois qu’il fallait progresser sur « la question essentielle de l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ».

Si aucune de ces démarches n’a pour l’instant produit d’annonce publique, la répétition des passages à Alger et la confirmation que le dossier du Sahara occidental reste sur la table dessinent une diplomatie qui se joue autant dans les silences que dans les déclarations.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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