Soudan : le rapport d’Anthropic conforte Tebboune sur les ingérences émiraties


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Soudan : les accusations de Tebboune contre les Émirats confortées par le rapport Anthropic
Un rapport d’Anthropic attribue avec un haut degré de confiance à des responsables émiratis une opération d’influence portant notamment sur la guerre au Soudan et visant des experts des Nations unies

Le 10 septembre, l’Algérie rompait ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Le même jour, Anthropic publiait un rapport décrivant une vaste opération d’influence liée, selon l’entreprise américaine, « avec un degré de certitude élevé » à des responsables du gouvernement émirati, avec pour objectifs de peser sur le récit de la guerre au Soudan et de neutraliser des voix critiques au sein des Nations unies. Le document valide une accusation portées depuis plusieurs années par Abdelmadjid Tebboune contre Abou Dhabi.

Deux événements le même jeudi

Le 10 septembre 2026, Alger annonce la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, après avoir, selon le ministère algérien des Affaires étrangères, épuisé les voies permettant de préserver la relation bilatérale. Abou Dhabi est accusé d’avoir poursuivi des comportements qualifiés par Alger de « provocateurs » et « hostiles ». L’ambassadeur émirati reçoit 48 heures pour quitter le pays, et l’espace aérien algérien est fermé aux aéronefs civils et militaires immatriculés aux Émirats à compter du lendemain. Il s’agit d’une décision qui prolonge celle prise dès le 7 février d’engager la dénonciation de l’accord bilatéral sur les services aériens signé en 2013.

Le contentieux est ancien et Abdelmadjid Tebboune avait durci son discours durant l’été. Le 28 juillet, le président algérien évoquait un « État minuscule » dont l’impact régional serait « très négatif », affirmant disposer de « preuves » et associant depuis 2024 ce même État aux crises du Mali, de la Libye et du Soudan. Jusqu’ici, Abou Dhabi rejetait ce réquisitoire. Le rapport publié le 10 septembre par Anthropic change la nature du débat sur au moins l’un de ces trois terrains : le Soudan.

Anthropic décrit une opération liée au gouvernement émirati

Dans son rapport consacré aux usages malveillants de Claude entre décembre 2025 et août 2026, Anthropic consacre un chapitre à ce qu’elle nomme une opération d’influence dirigée par les Émirats, visant les Frères musulmans, le conflit soudanais et les mécanismes internationaux chargés d’établir les responsabilités.

L’entreprise décrit un dispositif élaboré avec un l’opérateur qui utilisait Claude pour administrer environ 300 faux comptes d’influenceurs. Cet opérateur avait aussi créé une ONG de façade reprenant l’identité d’une organisation réelle, préparé des rapports présentés comme indépendants et constitué des dossiers sur des parlementaires européens et des journalistes. Plus sensible encore, des témoignages avaient été rédigés pour être prononcés par deux personnes devant la 62e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, avec pour consigne que le rôle des Émirats n’y apparaisse jamais. L’opération avait aussi constitué des « contre-dossiers » visant des rapporteurs spéciaux ayant critiqué le comportement d’Abou Dhabi au Soudan.

Anthropic relie l’opération, avec un degré de certitude élevé, à des responsables du gouvernement émirati. Plusieurs hauts responsables d’Abou Dhabi sont désignés comme destinataires des documents produits. Il ne s’agit donc plus d’une campagne menée par des internautes favorables aux Émirats, mais d’un dispositif organisé et financé, destiné à servir des intérêts étatiques.

Tebboune accusait Abou Dhabi de déstabiliser le Soudan

C’est précisément ici que le rapport rejoint les accusations algériennes. Depuis plusieurs années, Abdelmadjid Tebboune soutient que l’implication émiratie dans certains conflits africains ne relève pas d’une diplomatie classique et contribue à leur prolongation. Le Soudan figure systématiquement parmi les exemples qu’il cite.

Anthropic ne traite pas de l’ingérence éventuelle émiratie  au Mali ni en Libye, et ne documente pas de livraisons d’armes aux Forces de soutien rapide. Mais sur le Soudan, il établit que des acteurs reliés à de hauts responsables émiratis ont cherché à influencer clandestinement le débat international sur la guerre, à donner une apparence indépendante à des contenus servant leurs intérêts et à affaiblir des mécanismes de contrôle de l’ONU. C’est déjà un schéma qui correspond assez précisément au type d’ingérence que dénonce Alger.

Le rapport Anthropic ne tombe pas dans le vide

En mai 2025, Amnesty International avait identifié au Soudan des bombes guidées et des obusiers chinois utilisés par les Forces de soutien rapide, concluant que ces matériels avaient « presque certainement » été réexportés par les Émirats arabes unis en violation de l’embargo sur les armes que l’organisation a documentée à plusieurs reprises depuis. Abou Dhabi conteste catégoriquement ces accusations et assure ne fournir ni armes ni assistance militaire à aucune des parties.

En mai 2026, l’institut allemand Stiftung Wissenschaft und Politik décrivait de son côté Abou Dhabi comme l’un des acteurs extérieurs les plus déstabilisateurs dans plusieurs conflits africains, de la Libye à la Somalie en passant par le Soudan et l’Éthiopie.

Le président algérien répétait depuis plusieurs années que l’action émiratie dans certains conflits africains allait au-delà de la diplomatie. Le rapport Anthropic établit aujourd’hui la responsabilité des responsables du gouvernement émirati dans une opération d’influence sophistiquée, destinée à peser sur les mécanismes de responsabilité de l’ONU au Soudan. Un fait qui donne davantage de poids aux avertissements lancés par Abdelmadjid Tebboune.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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