Soudan, Libye, Sahel : les Émirats arabes unis accusés d’alimenter les conflits africains


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L'Algérie rempart contre l'influence néfaste des Emirats arabes unis
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Des victimes soudanaises demandent à l’Union européenne de sanctionner des responsables et entreprises des Émirats arabes unis, accusés de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR) dans la guerre au Soudan. Une démarche qui relance les critiques sur le rôle d’Abou Dhabi dans plusieurs conflits africains, de la Libye au Sahel.

Au Soudan du Sud, en Libye ou encore au Sahel, le rôle des Émirats arabes unis dans les conflits africains est de plus en plus pointé du doigt. La guerre au Soudan en offre aujourd’hui une illustration.

Un cabinet d’avocat français pour représenter les victimes du Soudan

Des victimes soudanaises, représentées par un cabinet d’avocats français, ont saisi l’Union européenne pour demander des sanctions visant des responsables et des entreprises émiratis. Elles les accusent d’avoir soutenu les Forces de soutien rapide du général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, acteur central de la guerre au Soudan.

Cette initiative vise directement les soutiens extérieurs du conflit, alors que celui-ci a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de treize millions de personnes depuis avril 2023. En effet, sur le terrain, la situation reste dramatique. Khartoum a été ravagée par les combats, tandis que le Darfour replonge dans des violences de masse. Fin octobre 2025, la prise d’Al-Facher par les FSR a été suivie de tueries documentées par l’ONU et plusieurs ONG.

Malgré cela, les sanctions européennes restent limitées. L’Union européenne a ciblé une dizaine de personnalités et plusieurs entités soudanaises, dont la holding du clan Daglo. Mais pour les plaignants, ces mesures ignorent encore le rôle des acteurs étrangers.

Abou Dhabi rejette toute implication militaire ou financière et met en avant son aide humanitaire. Pourtant, les accusations se multiplient : rapports d’Amnesty International, enquêtes du Sentry, déclarations des autorités soudanaises, ou encore révélations sur des livraisons d’armes via le Tchad. En 2024, Amnesty a notamment indiqué que des blindés Nimr produits par le groupe émirati EDGE étaient utilisés par les FSR.

L’Union européenne face à ses contradictions

La demande des victimes place désormais Bruxelles dans une position délicate. L’Union européenne dispose bien d’un régime de sanctions lié à la guerre au Soudan, mais viser les Émirats arabes unis représenterait un tournant diplomatique majeur car les relations entre l’UE et Abou Dhabi restent étroites. C’est le cas notamment dans les secteurs de l’énergie, de la défense et des investissements. Une réalité économique qui explique la prudence européenne.

Fin novembre 2025, après un lobbying actif de la ministre d’État émiratie Lana Nusseibeh, l’Union européenne a ainsi retiré de sa déclaration sur Al-Facher toute mention du rôle des Émirats. Une seule personnalité a été sanctionnée : Abdelrahim Hamdan Dagalo, frère d’Hemedti.

Pour les avocats des victimes, cette retenue illustre les limites de l’action européenne face à une guerre qui dépasse largement les frontières soudanaises, impliquant des flux d’armes, d’or et de financements à l’échelle régionale.

De la Libye au Sahel, une influence contestée

Les accusations visant les Émirats arabes unis ne se limitent pas au Soudan. Depuis plusieurs années, leur rôle est régulièrement évoqué dans d’autres crises africaines.

En Libye, le soutien apporté au camp du maréchal Khalifa Haftar a été largement documenté. Au Sahel, plusieurs responsables pointent des effets indirects sur les équilibres sécuritaires et les dynamiques de groupes armés.

L’Algérie, notamment, alerte depuis longtemps sur ce qu’elle considère comme une ingérence de puissances du Golfe dans les crises régionales. Pour Alger, ces conflits ne peuvent être compris sans prendre en compte les soutiens extérieurs qui alimentent milices, trafics et réseaux. Du Darfour au sud libyen, en passant par le Tchad et le Sud-Soudan, se dessine un espace interconnecté où circulent armes, combattants et flux financiers.

En portant leur dossier devant l’Union européenne, les victimes soudanaises cherchent à faire reconnaître cette dimension internationale du conflit. Reste à savoir si Bruxelles acceptera de franchir ce cap en sanctionnant non plus seulement des acteurs locaux, mais aussi leurs soutiens extérieurs.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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