
En accueillant la 10ᵉ édition du Mois de l’amnistie en Afrique, Alger s’est placée au centre des efforts continentaux contre la circulation des armes légères et les mines. Derrière les déclarations diplomatiques, la rencontre a surtout permis à l’Algérie de faire valoir une expérience acquise dans le déminage, la lutte antiterroriste et la sortie de la décennie noire. Un savoir-faire réel, qui peut inspirer les pays du Sahel.
Les 14 et 15 septembre, l’Algérie a accueilli la 10ᵉ édition du « Mois de l’amnistie en Afrique », une initiative portée par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Organisée pour la première fois en Afrique du Nord, la rencontre avait pour thème : « Promouvoir l’initiative « Faire taire les armes » et renforcer la paix durable grâce au partage d’expériences en matière de contrôle des armes légères et de petit calibre et d’actions de déminage ».
Malgré son intitulé, cette initiative ne porte pas principalement sur l’amnistie de combattants engagés dans des insurrections. Institué par une décision de l’Union africaine adoptée en 2017, le dispositif vise surtout à encourager, chaque mois de septembre, la restitution volontaire des armes, munitions et matériels connexes détenus illégalement. Il prévoit aussi des campagnes de sensibilisation, le marquage et la traçabilité des armes, une meilleure gestion des stocks et la destruction des matériels collectés. L’objectif s’inscrit dans le programme continental visant à « faire taire les armes » à l’horizon 2030.
À Alger, des échanges plus concrets que le communiqué initial
Les travaux ont été ouverts à l’hôtel El Aurassi par Sofiane Chaib, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la Communauté nationale à l’étranger. Ahmed Attaf a, de son côté, reçu une délégation du Conseil de paix et de sécurité conduite par Hervé Djokpe, ambassadeur du Bénin en Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine. Le Bénin assure en septembre la présidence tournante du Conseil.
Le chef de la diplomatie algérienne a défendu des « solutions africaines aux problèmes africains » et mis en garde contre les interventions extérieures susceptibles d’aggraver les crises et de contribuer à l’armement des parties en conflit. La délégation africaine a, elle, insisté sur la restitution des armes détenues illégalement, le dialogue et la réconciliation.
Ilyes Teroudi, représentant du ministère algérien de la Défense, a présenté l’expérience nationale du déminage. Selon les chiffres avancés par Alger, environ onze millions de mines auraient été laissées sur le territoire par la France coloniale, notamment le long des lignes Morice et Challe. Les opérations de neutralisation ont commencé dès 1963, malgré l’absence de cartes précises et le déplacement progressif de certains engins sous l’effet des conditions naturelles.
Nazim Khaldi, directeur des Affaires politiques internationales au ministère des Affaires étrangères, a pour sa part détaillé le dispositif algérien contre le trafic d’armes : renforcement du cadre juridique, surveillance des circuits de financement, démantèlement des réseaux criminels et coopération régionale. Les échanges ont souligné le lien entre circulation des armes légères, terrorisme et criminalité transfrontalière organisée.
La réconciliation nationale en arrière-plan
La diplomatie algérienne a invoqué l’« expérience pionnière » du pays en matière de paix et de sécurité avec la sortie progressive de la décennie de violence ouverte par l’interruption du processus électoral en 1992.
En 1999, la loi sur la concorde civile a proposé une réduction ou une extinction des poursuites à des membres de groupes armés acceptant de se rendre, sous certaines conditions. Elle s’inscrivait dans une décrue de la violence déjà engagée, notamment après la trêve de l’Armée islamique du salut. Six ans plus tard, le 29 septembre 2005, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale était approuvée par plus de 97 % des suffrages exprimés.
Ses mesures d’application ont accordé des exemptions de poursuites ou des remises de peine à des membres de groupes armés, à l’exception des personnes impliquées dans certains massacres collectifs, viols ou attentats à l’explosif. Elles ont également organisé l’indemnisation de victimes et de familles de disparus.
L’ordonnance de février 2006 a, parallèlement, accordé une protection judiciaire aux membres des forces de sécurité pour les actes commis durant le conflit. Cette politique a contribué à réduire durablement la violence et à réintégrer plusieurs milliers d’anciens combattants.
Une expérience utile au Sahel, mais pas une recette
L’Algérie dispose donc d’une expérience incontestable dans trois domaines différents : le déminage, la lutte contre les trafics transfrontaliers et la sortie politique d’une longue période de violence intérieure. C’est cette combinaison, qui explique la portée du rendez-vous d’Alger.
Le parallèle avec le Sahel doit néanmoins être manié avec prudence. L’Algérie des années 1990 conservait un État centralisé, une administration présente sur l’ensemble du territoire et des forces de sécurité capables de maintenir une forte pression sur les groupes armés. Au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, les insurrections actuelles sont davantage transnationales, les frontières plus difficiles à contrôler et les structures combattantes imbriquées dans des trafics régionaux.
Alger ne peut donc pas exporter une formule prête à l’emploi. Elle peut en revanche transmettre une méthode : combiner pression sécuritaire, contrôle des armes, coopération régionale, possibilités de reddition et réintégration. Sous cet angle, le Mois de l’amnistie permet à l’Algérie de transformer une histoire nationale douloureuse en ressource diplomatique continentale





