Sévie Moya : « En Afrique, les formes rondes sont adulées »

Alors que les femmes rondes sont souvent désirées en Afrique, la plupart d’entre elles vivent un véritable calvaire en France et en Europe. Moqueries, discrimination, insultes. Rencontre avec Sévie Moya qui nous parle du combat de Be Curvy. Interview.

Afrik.com : Si vous deviez décrire votre association en quelques lignes, que diriez-vous ?

Sévie Moya : Be Curvy est une jeune association qui a pour but d’aider les femmes rondes dans la vie de tous les jours, de les accompagner dans une société encore bien trop dure avec elles, de lutter de toutes les manières possibles contre la discrimination. Concrètement, tout ceci passe par un suivi, des séances photos, des défilés, ou encore des soirées par exemple. L’évènement phare de notre association est l’élection de la Miss Curvy, qui est pour la plupart de nos candidates un moyen palpable d’aller au bout de leur démarche.

Afrik.com : Quelles sont les principales difficultés pour les femmes rondes en France ?

Sévie Moya : Le regard des autres, le regard de la société. Les femmes rondes ne sont pas les bienvenues, il faut le reconnaître. La société s’évertue à leur vendre des régimes miracles, des tenues amincissantes, le culte de la minceur est bien trop présent pour que les femmes rondes trouvent leur place. Leur quotidien est un véritable parcours du combattant : dans les transports et lieux publics inadaptés, aux entretiens d’embauche, dans les magasins de vêtements. Et tellement d’autres exemples…

Afrik.com : Comment expliquer ce rejet des individus en surpoids ?

Sévie Moya : Ils ne rentrent pas dans le « moule », ils ne reflètent pas l’image du jeune et joli mannequin qui fait un 36-38 sur les photos des magazines. Ces femmes qui ne représentent même pas 10% de la population féminine mais qui sont partout. Les personnes rondes sont jugées moins « esthétiques » que les plus minces, parce que la société en a décidé ainsi et que personne ne semble les voir comme des personnes avant d’être des « gros ». Comme les homosexuels à une époque, ce sont désormais les gros qui ne sont pas les bienvenus dans notre société.

Afrik.com : Selon vous, pour quelles raisons les partis politiques ne s’engagent-ils pas en faveur de votre combat ?

Sévie Moya : Aujourd’hui, une grande majorité des positions engagées par les politiciens sont poussées par des lobbies plus ou moins puissants, plus ou moins influents. En France, il n’existe pas d’association, de regroupement assez puissant représentant les personnes rondes pour murmurer aux oreilles des députés, comme le font certaines minorités. Il n’y a pas réellement de solidarité entre les personnes qui souffrent moralement de surpoids, qui se murent souvent dans le silence. De plus, le combat contre la recrudescence de l’obésité en France est devenu un des combats prioritaires de la santé publique. Mais nous ne prônons pas l’obésité, nous prônons le bien-être.

Afrik.com : Avez-vous conscience de la mise en valeur des formes en Afrique ?

Sévie Moya : Il est de notoriété publique que le modèle esthétique africain diverge de notre vision bien occidentale du corps idéal. L’idéal africain, s’il en est, prête à la femme un bon fessier et une poitrine proéminente. Bien malin qui pourrait expliquer cette divergence. Auparavant, les corps étaient célébrés en rondeurs et en volupté en France. De Manet à Courbet, les femmes disposaient de poitrines opulentes et de bourrelets apparents, sans complexes et sans honte, bien au contraire. Le concept de la « femme mince » comme modèle est une mode assez récente.
Peu importe l’explication, il est tellement plus aisé de vivre en Afrique avec des rondeurs que de subir un calvaire quotidien en France.

Afrik.com : De quel milieu viennent généralement vos membres ? Y a-t-il des Africaines ?

Sévie Moya : Nous avons des membres de tous horizons, aussi bien socialement qu’ethniquement. Des Européennes, des Africaines, des Asiatiques, la discrimination dépasse les frontières. Elles sont toutes différentes, avec des vécus et des attentes qui leurs sont propres. Leur point commun est ce parcours dans l’acceptation de soi, qu’elles réalisent ensemble. Nous avons bien sûr des Africaines parmi nos membres. En France, elles subissent également la discrimination de la société, alors qu’en Afrique les formes rondes sont adulées.

Afrik.com: Augustin Kassi est un peintre ivoirien, qui met en scène les femmes bien en chair sur ses toiles. Que souhaiteriez-vous lui dire ?

Sévie Moya : Que c’est grâce à des artistes comme lui que notre message prend tout son sens, qu’un jour nous parlerons de « femmes », tout court, et plus de « femmes rondes » ou de « femmes minces ». Il met en valeur les formes généreuses que nous défendons quotidiennement. Qu’elles soient appréciées ou qu’elles puissent choquer certaines personnes, ses toiles font réfléchir et c’est bien là le principal.

Afrik.com : Quels sont les projets de votre association pour les prochains mois ?

Sévie Moya : Nous continuons nos élections régionales, avec des finalistes en lice pour le titre de Miss Curvy 2013 en janvier à Paris. En parallèle, nous organisons des évènements régionaux pour faire connaître notre action : journées relooking, conseils en image, séances photos, défilés de mode, soirées Be Curvy, etc.

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