Aastou fait l’éloge des femmes rondes

Assétou Samaké organise, ce dimanche, à Paris, le défilé pour femmes rondes Aastou. Via son agence Dahoula Events, elle espère ainsi déstigmatiser celles à qui leurs formes valent moqueries, complexes et autres humiliations. Ce spectacle devrait être la première d’une série d’actions destinées à les valoriser.

Après le défilé Carrie, le 1er juin 2006, Assétou Samaké remet ça ce dimanche, à Paris, avec Aastou. Aastou, qui signifie Attirante, Attachante, Sensuelle Tout en étant Opulente et Unique. L’objectif de Carrie et Aastou est le même : déstigmatiser les femmes rondes. Cependant, cette année, le show se veut beaucoup plus abouti. Il est organisé par l’agence de communication Dahoula Events (« dahoula » signifie « grandeur » en bambara), qui sera officiellement lancée pendant le spectacle et s’attachera à redorer l’image des rondes. Précisions d’ Assétou Samaké, une jeune femme d’origine malienne qui porte sans complexe ses 89 kilos.

Afrik.com : Quelle est la différence entre Carrie et Aastou ?

Assétou Samaké :
Contrairement à l’an dernier, ce spectacle sera un vrai show et pas un spectacle à l’américaine. 11 filles souriantes et pleines de vie défileront. Elles font de la taille 42 à 58 et sont de toutes origines, c’est un vrai melting pot : il y aura aussi bien des Antillaises, que des filles d’Afrique de l’Ouest et Centrale ou d’Auvergne ! L’idée est de montrer que les rondeurs, ça ne concerne pas seulement la communauté black. Cette année, nous avons quatre thèmes qui n’ont rien à voir l’an dernier.

Afrik.com : Quels seront les thèmes ?

Assétou Samaké :
Dans le premier thème, Bollywood, les filles porteront des vêtements indiens faits sur mesure et défileront sur une chorégraphie indienne. Dans le deuxième, De l’ombre à la lumière, les « Dark » porteront des vêtements un peu inspirés du dernier show de Madonna, où elle est habillée en cavalière, et les « Light » seront habillées dans le style années 50 et Marilyn Monroe. Dans le troisième, c’est mon coup de cœur, les filles marcheront tout simplement dans des vêtements que Xuly Bët a eu la gentillesse de nous prêter pour prouver que, même si on est grosse et forte, on peut porter sa marque. Dans le dernier thème, les filles se présenteront comme elles veulent : il y aura du sabaar (danse sensuelle, ndlr), du strip-tease, un one woman show et la lecture d’un poème écrit par une fille qui y raconte toutes ses années d’humiliation et qui aujourd’hui se trouve jolie et souhaite montrer aux autres filles que c’est possible.

Afrik.com : Quel est votre message ?

Assétou Samaké :
A peu près le même que l’an passé : que des femmes rondes ont souffert, mais qu’il y a aujourd’hui un marché car de nouveaux créateurs lancent des vêtements pour elles. On en a marre d’être les grandes oubliées de la mode et d’être obligées de porter des vêtements avec des fleurs, genre gardienne d’immeuble. On veut dire que ce n’est pas parce qu’on est gros que l’on mange trop. On peut avoir une maladie, une prédisposition génétique… Il faut s’accepter comme on est et accepter les autres tels qu’ils sont.

Afrik.com : Vous pointez notamment du doigt les medias concernant le traitement des personnes rondes. Pourquoi ?

Assétou Samaké :
Il y a eu un effet pervers de la campagne « bouger, manger » en France, où 12% de la population est obèse. Dixit Allegro Fortissimo (association de femmes fortes, ndlr), lorsque des personnes rondes mangent dans la rue, certains bien pensants se permettent de dire : « T’avais qu’à faire du sport, manger des légumes et des fruits ». Les gens se permettent d’être familiers. Quand ils voient une personne forte manger, ils disent : « Ça va, tu t’éclates ? Tu manges bien ? ». Des choses qu’on ne dirait jamais à des personnes minces et qui poussent celles qui sont rondes à se couper de la foule, du monde du travail et parfois au suicide.

Afrik.com : Tout n’est pas négatif. La marque de cosmétiques Dove met en avant des femmes rondes…

Assétou Samaké :
Honnêtement, pour moi, c’est un coup de pub. C’est très bien et il faut les féliciter, car il y a un marché à prendre. Mais je considère que ces femmes ne sont pas de vraies rondes, elles ont un peu de formes, mais c’est tout. Quand ils montreront des femmes qui font entre la taille 48 et 60, je me dirai : « Enfin des rondes à la télé ! » Mais la société et les médias ont peur de choquer. Il n’y a que Gainsbourg qui avait pris [dans son film Charlotte for ever, en 1986,] Anne Zamberlan, qui est malheureusement décédée. Je me souviens d’elle, quand j’étais plus jeune, sur de grandes affiches où elle était habillée en grecque ou romaine.

Afrik.com : Depuis un an, avez-vous des soutiens dans votre combat ?

Assétou Samaké :
La styliste Topaz, déjà présente pour Carrie, et le Cartel de la mode nous a rejoint. Le cartel propose de très belles robes près du corps. On a eu la chance de passer dans le clip de Mokobé avec Patson. Nous avons six filles dedans qui bougent bien leur botcho (postérieur, ndlr) et portent de jolis vêtements. Mokobé est quelqu’un de vrai, il était là lors du défilé Carrie et nous a confié que les plus belles femmes qu’il a rencontrées sont rondes. Il a accepté spontanément que les filles figurent dans le clip et a même fait de la publicité pour nous sur [la radio] ADO FM.

Afrik.com : Quelles autres actions compte mener Dahoula Events pour déstigmatiser les femmes rondes ?

Assétou Samaké :
Le 28 juin, nous allons danser avec Patson et la Jet 7 ivoirienne. Nous prévoyons de faire un calendrier, où les filles seront habillées en romaine ou en grecque, ainsi que des salons et des show rooms. En novembre, nous voulons refaire un deuxième défilé, en espérant qu’ils soient de plus en plus réguliers. On nous a aussi proposé de participer à plusieurs clips.

 Le défilé Aastou :

Dimanche 17 juin

Espace Saint-Martin

199 bis, rue Saint-Martin

75010 Paris

Métro : Réaumur Sébastopol

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