Génocide des Tutsis au Rwanda : le procès en appel de Claude Muhayimana s’ouvre à Paris


Lecture 3 min.
Claude Muhayimana
Claude Muhayimana

Génocide des Tutsis au Rwanda : le procès en appel de Claude Muhayimana s’ouvre à Paris. Condamné en première instance à quatorze ans de prison, le Franco-Rwandais Claude Muhayimana comparaît de nouveau devant la justice française. Son procès en appel pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité s’est ouvert mardi à Paris.

Les faits reprochés remontent au génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda. L’audience doit se poursuivre jusqu’au 27 février.

Un retour devant la cour d’assises

Le procès en appel de Claude Muhayimana s’est ouvert mardi 3 février devant la cour d’assises de Paris. En décembre 2021, cet ancien chauffeur de maison d’hôte avait été reconnu coupable de complicité de génocide et de crimes contre l’humanité, puis condamné à quatorze ans de réclusion criminelle. Il avait immédiatement fait appel de cette décision.
À l’époque des faits, en 1994, Claude Muhayimana travaillait dans l’ouest du Rwanda, notamment dans la région de Kibuye. Le dossier porte sur sa participation présumée à l’acheminement de gendarmes et de miliciens vers des sites de massacres.

Des accusations liées au transport de miliciens

Selon l’accusation, Claude Muhayimana aurait volontairement transporté des membres des Interahamwe vers plusieurs lieux de tueries, notamment à Karongi, Gitwa et Bisesero. Ces zones figurent parmi les sites les plus meurtris du génocide, où des dizaines de milliers de Tutsis ont été massacrés. Lors du premier procès, des témoins avaient affirmé l’avoir vu conduire des miliciens armés, se rendant sur les lieux des exactions. La cour avait alors estimé qu’il avait agi en connaissance de cause et qu’il constituait un rouage essentiel de l’appareil génocidaire, malgré l’absence de fonction politique, militaire ou religieuse.

Une défense fondée sur la contestation des faits

Claude Muhayimana conteste les accusations portées contre lui. Il affirme ne pas se trouver à Kibuye au moment de certains massacres et dénonce l’absence de preuves matérielles. Sa défense remet également en cause la crédibilité de plusieurs témoignages entendus en première instance. Ses avocats plaident par ailleurs la contrainte. Selon eux, l’accusé aurait agi sous la menace, sa femme de l’époque étant Tutsi, et aurait tenté de la protéger en obéissant à certaines injonctions. Cet argument n’avait pas été retenu par la cour lors du premier procès.

Un dossier emblématique de la justice universelle

Le cas Muhayimana a marqué la justice française, car il s’agissait du premier procès en France visant un « homme ordinaire » pour sa participation présumée au génocide des Tutsis. En appel, l’accusé encourt une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Au-delà de son sort personnel, ce procès illustre la volonté des juridictions françaises de poursuivre les auteurs présumés de crimes imprescriptibles commis lors du génocide de 1994. Pour les parties civiles, l’enjeu reste d’établir les responsabilités individuelles dans l’une des tragédies les plus meurtrières de la fin du XXᵉ siècle.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News