
Une nouvelle séquence judiciaire fait ressortir les tensions entre liberté d’expression et responsabilité pénale au Sénégal. Les poursuites engagées contre l’ancien député Doudou Wade et le journaliste Pape Ngagne Ndiaye ravivent un débat sensible sur le traitement de la parole politique et médiatique. En réagissant publiquement, d’anciens présidents de Groupes parlementaires appellent à une lecture apaisée de la situation. Ils estiment que la gestion des désaccords doit préserver à la fois l’autorité de la Justice et le pluralisme démocratique.
A Dakar,
Au Sénégal, les poursuites judiciaires visant l’ancien député Doudou Wade et le journaliste Pape Ngagne Ndiaye continuent d’alimenter un débat intense sur la liberté d’expression et les limites de la critique publique. Le 1er février 2026, un collectif d’anciens présidents de Groupes parlementaires a décidé de sortir de sa réserve pour exprimer publiquement ses préoccupations. Cette prise de position inhabituelle remet au centre des discussions la place du débat contradictoire dans une démocratie.
Opinions exprimées dans l’espace public traitées comme des infractions pénales
Dans leur déclaration, ces figures expérimentées de la vie politique sénégalaise affirment observer avec inquiétude une tendance croissante à la judiciarisation de la parole politique et médiatique. Sans remettre en cause l’indépendance de la Justice, ils estiment que l’État de droit est mis à l’épreuve lorsque des opinions exprimées dans l’espace public sont traitées comme des infractions pénales. Pour eux, la démocratie repose sur la capacité des citoyens, des responsables politiques et des journalistes à analyser et critiquer l’action publique sans craindre des poursuites systématiques.
Les anciens parlementaires rappellent que la Constitution sénégalaise garantit la liberté d’expression et d’opinion, un principe également consacré par plusieurs engagements internationaux du pays, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ils soulignent que la vitalité du débat public dépend directement de cette liberté et que toute restriction excessive risque d’installer un climat d’autocensure, incompatible avec un pluralisme politique réel.
Équilibre délicat entre le respect de la loi et la tolérance de la critique
Au-delà du cas spécifique de Doudou Wade, le collectif dit vouloir attirer l’attention sur une question institutionnelle plus large. Selon lui, la stabilité politique du Sénégal repose sur un équilibre délicat entre le respect de la loi et la tolérance de la critique. Les signataires appellent ainsi les autorités à privilégier l’apaisement et le dialogue. Ils estiment que la confrontation judiciaire n’est pas toujours la réponse la plus adaptée aux désaccords politiques.
Cette affaire dépasse largement les cercles institutionnels et divise profondément l’opinion publique. À Dakar, Mamadou S., commerçant à Colobane, adopte une position mesurée. Il estime qu’il est normal que la Justice fasse son travail, tout en rappelant que la démocratie suppose la liberté de parole. Pour lui, le véritable enjeu est de trouver un équilibre entre responsabilité et liberté.
Liberté d’expression ou absence de responsabilité
D’autres citoyens affichent un soutien plus marqué à l’ancien député, Aïssatou N., enseignante, considère que Doudou Wade paie aujourd’hui son franc-parler. Selon elle, même si ses positions peuvent déranger, les poursuites judiciaires contre des acteurs politiques pour leurs prises de position constituent un précédent dangereux. Elle craint qu’à terme, ce type de procédures n’affaiblisse le débat démocratique.
À l’opposé, certains Sénégalais jugent que la liberté d’expression ne doit pas être confondue avec l’absence de responsabilité. Ibrahima D., chauffeur de taxi, estime qu’un ancien député se doit de mesurer l’impact de ses propos. Pour lui, si certaines déclarations dépassent les limites prévues par la loi, leurs auteurs doivent en répondre comme n’importe quel citoyen.
Gestion mesurée des désaccords politiques
Pour plusieurs observateurs, cette séquence révèle un débat plus profond sur la régulation de la parole publique au Sénégal. Ces dernières années, des organisations de défense des droits humains ont régulièrement alerté sur l’usage du droit pénal dans des affaires liées à l’expression politique ou médiatique. Elles appellent notamment à des réformes visant à dépénaliser certains délits de presse afin de renforcer la protection des libertés fondamentales.
Malgré ces tensions, le Sénégal conserve une image relativement positive en matière de libertés publiques sur le plan régional, même si des signaux d’alerte sont régulièrement soulevés par la société civile. Les anciens présidents de Groupes parlementaires estiment que cette réputation doit être préservée par une gestion mesurée des désaccords politiques.




