Affaire Apollonia : Prison ferme pour les époux Badache et saisies au Maroc, l’épilogue d’un scandale à 1,2 milliard d’Euros


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Illustration affaire Apollonia France Maroc
Illustration affaire Apollonia France Maroc

Dix-huit ans d’attente pour un jugement retentissant. Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné, ce 15 janvier 2026, Jean et Viviane Badache à sept ans de prison ferme. Reconnus coupables d’avoir orchestré la plus grande escroquerie immobilière de l’histoire de France – 1,2 milliard d’euros de préjudice –, les cerveaux de l’affaire Apollonia avaient dissimulé une partie de leur fortune au Maroc.

Des condamnations exemplaires et une exécution immédiate, c’est ce que la jutice a décidé le tribunal correctionnel de Marseille le 15 janvier. Le verdict est tombé après sept mois de délibéré, mettant un point final pénal à une procédure tentaculaire. Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane, ont été condamnés à sept ans de prison ferme assortis de mandats de dépôt différés à exécution provisoire. Concrètement, le couple ira en détention malgré leur appel immédiat.

La justice a frappé fort au portefeuille : outre une amende de 2,5 millions d’euros chacun, le tribunal a ordonné la confiscation de tous les biens saisis, estimés à 20 millions d’euros. Leurs complices n’ont pas été épargnés : leur fils Benjamin (4 ans de prison dont un ferme), des commerciaux et trois notaires ont également été sanctionnés. René Spadola, avocat fiscaliste et « homme clé » du système, écope de cinq ans de prison et d’une interdiction définitive d’exercer.

La mécanique « Apollonia » : ruiner les riches pour s’enrichir

L’escroquerie, née à Aix-en-Provence en 1997, reposait sur une mécanique implacable ciblant les professions libérales (médecins, chirurgiens, chercheurs). La promesse ? Se constituer un patrimoine via le statut de Loueur en Meublé Professionnel (LMP), théoriquement autofinancé. En réalité, la société falsifiait les dossiers bancaires, surestimait les biens et endettait ses clients bien au-delà du raisonnable. « Un même client pouvait se retrouver endetté auprès de cinq banques pour 4 millions d’euros sans le savoir », a rappelé l’accusation.

Le résultat fut catastrophique pour les 762 parties civiles : surendettement, divorces et même trois suicides. Une détresse face à laquelle Jean Badache s’est montré impassible, qualifiant ses victimes de « pigeons » lors du procès.

La piste marocaine : blanchiment et villas de luxe

L’enquête a mis en lumière l’internationalisation de la fraude. Une partie significative des fonds détournés a été blanchie via la Suisse et le Maroc. Grâce à la coopération judiciaire franco-marocaine, les enquêteurs ont pu tracer les flux financiers ayant servi à acquérir un patrimoine somptueux, dont un palais à Marrakech.Ce volet marocain a été facilité par l’avocat René Spadola, reconnu coupable d’avoir organisé l’opacité des montages pour soustraire le butin à la justice française.

Cette affaire a d’ailleurs accéléré les réflexions au Maroc sur la nécessité d’un registre des bénéficiaires effectifs pour lutter contre le blanchiment dans l’immobilier de luxe.

Une bataille civile qui perdure

Si ce verdict du 15 janvier 2026 marque une victoire morale pour l’association de victimes Asdevilm, qui regroupe les personnes s’étant faites escroquées,, le combat pour l’indemnisation continue. Les regards se tournent désormais vers les assureurs des notaires et vers les banques. Bien que mises hors de cause pénalement en 2019, les 26 établissements bancaires impliqués restent visés par des procédures civiles pour leur responsabilité dans l’octroi de ces prêts toxiques.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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