Sahara occidental : à Zurich, Greta Thunberg plaide la cause sahraouie


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Greta Thunberg
Greta Thunberg

Trois cents places réservées, une quarantaine de spectateurs. Le débat sur le Sahara occidental auquel participait Greta Thunberg, le 30 septembre au Festival du film de Zurich, s’est tenu devant des rangs clairsemés alors que toutes les places étaient réservées. La militante suédoise accuse le Maroc d’avoir saboté la rencontre. L’épisode intervient à quelques semaines du vote du Conseil de sécurité sur le renouvellement de la MINURSO.

Au Kino Corso, mercredi 30 septembre, la séance affichait complet depuis plusieurs jours. Devant l’afflux de demandes, le Zurich Film Festival (ZFF) avait même limité les réservations, gratuites, à quatre billets par personne. Le soir venu, environ 40 personnes ont pris place dans une salle de 300 fauteuils. Sur scène, Greta Thunberg, la militante sahraouie Najla Mohamed Lamin et le réalisateur autrichien Patrick Wally ont débattu devant des rangées désertes. La modératrice a évoqué une action orchestrée à grande échelle, Greta Thunberg a désigné le Maroc.

Le festival a confirmé, auprès de l’agence Keystone-ATS, le nombre inhabituel de réservations inutilisées, tout en précisant ne pas être en mesure de dire s’il s’agissait d’une opération « coordonnée et délibérée » alors que les réservation avaient dû être limité en raison de l’afflux de demandes. Sollicitée par le quotidien 20 Minuten, l’ambassade du Maroc n’a pas répondu.

Les rangs vides ont en tout cas offert au débat un écho bien au-delà de Zurich, du Tages-Anzeiger à la Berliner Zeitung. La veille, lors de la première mondiale du film, Greta Thunberg avait fixé le cadre. « Le film est très émouvant. Il raconte une trahison, celle de l’occupation et celle d’un monde qui ignore ce conflit », a-t-elle déclaré, selon Keystone-ATS, avant d’ajouter : « Nous devons en parler et faire passer le message. Sinon, nous sommes des hypocrites. »

Najla Mohamed Lamin, dix ans devant la caméra

My Home of Wind and Sand, dont le distributeur Lightdox a acquis les droits juste avant la première, repose sur un long compagnonnage. Patrick Wally a filmé Najla Mohamed Lamin pendant une décennie, de son engagement militant à sa maternité, sur fond de regain de tensions dans la région. Née en 1989 dans le camp de Smara, près de Tindouf, elle a quitté l’école à 14 ans avant de reprendre des études aux États-Unis, au Whatcom Community College, dans l’État de Washington, dont elle sort diplômée en 2018. De retour dans les camps, elle fonde le centre Almasar, une bibliothèque devenue lieu d’éducation environnementale pour les femmes et les enfants. La BBC l’a inscrite en 2023 dans sa liste des « 100 Women ».

Son parcours résume la condition d’une génération née en exil, dans des camps installés en territoire algérien depuis le départ de l’Espagne et l’entrée du Maroc dans le territoire, en 1975-1976. Le film s’attache à ce que les négociations laissent hors champ, une vie construite dans l’attente d’un statut qui ne se règle pas.

De Tindouf à Zurich, un engagement qui s’élargit

Le lien entre Greta Thunberg et la cause sahraouie date de janvier 2025. La militante s’était rendue dans les camps de Tindouf pour le Sahrawi Solidarity Summit, organisé par le collectif Solidarity Rising avec le Centre d’études musulmanes comparées de l’université Simon Fraser, au Canada. Elle y avait posé aux côtés de Brahim Ghali, chef du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique, et confié à l’agence algérienne APS son « profond regret » face au silence de nombreux pays sur la question sahraouie comme sur la question palestinienne.

Elle n’a pas lâché le dossier depuis et le 28 juillet 2026, elle animait pour Nonviolence International un webinaire consacré à la résistance culturelle et au journalisme citoyen sahraouis, auquel participait déjà Najla Mohamed Lamin. L’organisation l’annonce parmi les intervenants de la prochaine édition du sommet de solidarité, prévue dans les camps en janvier 2027.

À Zurich, interrogée par Keystone-ATS sur les critiques que lui vaut l’élargissement de son militantisme au-delà du climat, Greta Thunberg a revendiqué une cohérence d’ensemble : « Les mêmes systèmes et les mêmes structures qui détruisent le climat oppriment aussi des peuples, par exemple au Sahara occidental ou en Palestine. » Elle dit se fier à sa « boussole morale » plutôt qu’à la popularité. Depuis 2025, ses participations aux flottilles pour Gaza l’ont exposée à des attaques soutenues sur les réseaux sociaux. « Je sais que nous vivons dans un monde où l’on ne peut pas prendre la parole sans devenir une cible », a-t-elle déclaré.

L’énergie verte au cœur de l’argument

Ce qui distingue son plaidoyer de celui des soutiens traditionnels du Polisario tient à son angle d’attaque lié à la transition énergétique. Après sa visite de 2025, elle avait accusé le Maroc, sur Instagram, de recourir au « greenwashing » pour légitimer sa présence au Sahara occidental et détourner l’attention des atteintes aux droits humains. La critique vise des projets bien réels. Rabat a retenu en mars 2025 cinq consortiums pour son programme d’hydrogène vert, parmi lesquels le saoudien ACWA Power et Nareva, holding liée à la famille royale. Chaque projet peut disposer de jusqu’à 30 000 hectares. Selon l’ONG Western Sahara Resource Watch, une part importante des terres identifiées se situe au Sahara occidental, notamment autour de Dakhla et de Laâyoune, et les investissements annoncés avoisinent 35 milliards de dollars. Plusieurs parcs éoliens fonctionnent déjà sur le territoire.

Pour le Maroc, ces investissements relèvent du développement de ses « provinces du Sud », qu’il considère comme partie intégrante de son territoire. Pour leurs détracteurs et pour l’ONU, ils engagent les ressources d’un territoire non autonome sans l’accord de sa population.

Le mur du droit reste solide

Cette notion de consentement a reçu une consécration judiciaire. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a confirmé l’annulation des décisions du Conseil approuvant les accords de pêche et agricole UE-Maroc de 2019, faute de consentement du peuple du Sahara occidental, distinct selon elle de la population du Maroc. Le même jour, elle a jugé que les melons et tomates récoltés sur le territoire devaient être étiquetés comme originaires du Sahara occidental, et non du Maroc.

Bruxelles et Rabat ont répondu en octobre 2025 par un amendement étendant les préférences tarifaires aux produits du territoire, assorti d’un mécanisme d’évaluation des retombées locales. Plusieurs juristes estiment que ce texte contourne les exigences de la Cour. Ces décisions portent sur les accords commerciaux de l’UE et ne tranchent pas directement le sort des projets énergétiques, mais elles fournissent l’argument juridique sur lequel s’appuie la critique de Greta Thunberg.

Proposition d’un conseil transitoire

Le dernier rapport d’António Guterres évoque l’examen d’un « conseil transitoire », sans accord sur le fond. Le Polisario continue d’exiger une consultation sur l’indépendance qui est au cœur des revendications d’autodétermination.

Le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre 2026, et le Conseil de sécurité doit se prononcer dans les prochaines semaines. C’est dans ce calendrier que s’inscrit la séquence zurichoise. Les Sahraouis disposent, avec Greta Thunberg, d’une voix capable d’atteindre un public jeune et européen peu familier du dossier, au moment où la négociation se resserre autour de l’autonomie. Au Maroc, la presse hésite à critiquer son alignement sur les thèses du Polisario et d’Alger car il s’agit d’une célébrité appréciée par la jeunesse.

Greta Thunberg est annoncée au prochain sommet de solidarité, dans les camps de Tindouf, en janvier 2027.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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