Rwanda : Robert Kabera, l’opposant décapité en Ouganda qui avait alerté sur les menaces contre sa vie


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Robert Kabera
Robert Kabera

Ancien militaire et musicien rwandais devenu youtubeur d’opposition, Robert Kabera a été retrouvé décapité près de Kampala. Réfugié en Ouganda depuis 2020, il avait signalé plusieurs agressions et menaces de mort, documentées en 2023 par Human Rights Watch.

Le corps de Robert Kabera, 50 ans, a été découvert samedi 17 octobre dans une plantation d’eucalyptus du village de Luwala, dans le district de Mpigi, à environ 45 kilomètres de Kampala. Sa tête avait été emportée. Lundi 19 octobre, la police ne l’avait toujours pas retrouvée.

Son porte-parole, Kituuma Rusoke, a confirmé l’ouverture d’une enquête pour meurtre. Le crime aurait été commis dans la nuit du 16 au 17 octobre. Aucun suspect n’a été identifié. Sa veuve, Jeanne d’Arc Rwigema Uwizeye, a confié à la BBC craindre pour sa sécurité et celle de ses enfants.

Du jazz militaire à l’opposition à Paul Kagame

Sergent-major dans les Forces de défense rwandaises, Robert Kabera s’était fait connaître comme chanteur de l’Army Jazz Band, l’orchestre de l’armée, sous le nom de scène de « Sergeant Robert ».

Le 19 novembre 2020, il franchissait la frontière ougandaise en se disant persécuté. Quelques jours plus tard, la justice militaire rwandaise annonçait une enquête le visant pour une infraction sexuelle sur mineur, qui aurait été commise le 21 novembre. Human Rights Watch a relevé que cette date était postérieure à son départ. Kabera a toujours nié et parlait de manœuvre politique.

Depuis l’Ouganda, il était devenu un critique virulent de Paul Kagame, notamment sur sa chaîne YouTube, Major Robert TV, suivie par plus de 140 000 abonnés. Il avait aussi consacré une chanson à l’opposante Victoire Ingabire.

Des agressions documentées dès 2022

En octobre 2023, Human Rights Watch consacrait une section entière à son cas dans « Rejoins-nous ou tu mourras », un rapport sur la répression des opposants rwandais à l’étranger.

L’ONG y rapportait son arrestation à Kampala, le 16 mai 2022, par des policiers et militaires ougandais, pour détention illégale présumée d’une arme à feu. Kabera affirmait avoir été frappé au point de se fracturer la cheville, une blessure confirmée par un témoin. Il avait été libéré sous caution quelques jours plus tard.

Fin juillet, plusieurs hommes l’avaient agressé et lui avaient volé son téléphone en lui lançant, en kinyarwanda, qu’ils savaient où il se trouvait et le ramèneraient au Rwanda. Il avait porté plainte le 1er août.

Dans une lettre à Human Rights Watch, l’Inspecteur général de la police ougandaise confirmait qu’il avait obtenu l’asile pour persécution politique et bénéficiait de mesures de protection supplémentaires.

Une longue histoire de violences contre les opposants en exil

En 2011, le journaliste rwandais Charles Ingabire fut abattu à Kampala. En janvier 2014, Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements extérieurs passé à l’opposition, est retrouvé étranglé dans un hôtel de Johannesburg.

Dans son rapport, Human Rights Watch recensait plus d’une douzaine de cas de violences visant des Rwandais à l’étranger, dont cinq assassinats, et accusait Kigali de chercher à faire taire ses opposants hors de ses frontières. Les autorités rwandaises ont régulièrement rejeté ces accusations et n’avaient pas réagi, lundi, à la mort de Robert Kabera.

Les enquêteurs ougandais n’ont pour l’instant ni désigné les auteurs de l’assassinat ni établi de lien avec ses activités politiques. Ils devront aussi dire si les alertes lancées par Robert Kabera avaient débouché sur une protection effective, et si celle-ci était toujours en place au moment de sa mort.

Afrik
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