RDC : Laurent Nkunda est-il toujours le chef du CNDP ?

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Laurent Nkunda est confronté à une guerre de chefs au sein du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Le mouvement rebelle semble s’orienter vers une scission alors même qu’il tente de trouver un accord avec le gouvernement congolais sur le conflit qui les oppose dans le Nord Kivu. Le général Bosco Ntaganda, principal commandant militaire du CNDP conteste désormais son autorité sous prétexte que le chef rebelle empêche la paix en République démocratique du Congo. Surnommé « Terminator », il a, une nouvelle fois, affirmé ce jeudi qu’il avait déposé Laurent Nkunda.

Scott.jpg Stewart Andrew Scott est l’auteur d’une biographie du chef rebelle, Laurent Nkunda et la rébellion du Kivu : au coeur de la guerre congolaise parue en décembre aux éditions Karthala. Chercheur en science politique, M. Scott a rencontré à plusieurs reprise le chef rebelle. Il a eu la possibilité de passer plusieurs mois sur les lignes de front du Nord-Kivu. Il travaille depuis une dizaine d’années le Congo depuis des années et son activité lui a permis d’enquêter dans les territoires des différents belligérants et d’être en contact étroit avec les populations. Il raconte sa rencontre avec Laurent Nkunda et revient sur la crise interne du CNPD.

Afrik.com : Laurent Nkunda vous a reçu récemment dans son fief de Jomba. Avez-vous perçu, lors de cette rencontre, des signes d’une tension au sein du groupe ?

Stewart Andrew Scott :
J’ai rencontré Laurent Nkunda samedi dernier, dans son fief et à ce moment il n’y avait apparemment aucune tension. L’atmosphère était plutôt détendue. Je pense que les déclarations du général Bosco Ntaganda ont été une surprise pour tous.

Afrik.com : On semble aller vers une scission au sein du groupe, comment expliquez-vous cela ?

Stewart Andrew Scott :
Je crois qu’il y a une volonté du général Bosco Ntaganda de s’émanciper. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. L’année dernière, il y a déjà eu deux rumeurs faisant état d’une scission au sein du CNDP. La première, début 2008, annonçait la formation de deux nouveaux mouvements rebelles dissidents du CNDP dont l’un serait dirigé par Ntaganda et l’autre par Makenga. La deuxième date de fin septembre début octobre, et faisait état de la mort de Nkunda remplacé par Ntaganda à la tête du CNDP. Mais là, ce n’est plus une rumeur, c’est la première crise majeure que connait le mouvement. Ntaganda affiche clairement ses intentions. On s’oriente clairement vers une crise interne mais la situation est encore confuse pour le moment. On ne sait pas qui est avec qui. Il est tout à fait évident que les autres belligérants du conflit dans le Nord Kivu pourraient profiter de ce clash au sein du CNDP.

Afrik.com : Avez-vous le sentiment que Laurent Nkunda tient toujours les commandes sur CNDP ?

Stewart Andrew Scott :
Personne n’a la situation en main. La situation est encore confuse. Laurent Nkunda a tenté de jouer la carte d’apaisement mais cela n’a pas marché. Comme je le disais tantôt, on ne sait pas, pour l’heure, qui est avec qui. C’est sûr qu’il va se passer des choses dans les jours à venir, il y a réellement un problème. Mais je crois que le mouvement politique est encore en grande majorité acquis à Laurent Nkunda.

Afrik.com : Est-ce que Laurent Nkunda a la capacité de faire arrêter le général Bosco Ntaganda ?

Stewart Andrew Scott :
On verra. Tout déprendra de l’évolution de la situation. La question inverse peut bien être aussi posée : est ce que Ntaganda peut arrêter Nkunda ? C’est peu probable, mais on verra.

Afrik.com : Le général Ntaganda affirme que Nkunda empêche la paix en RDC. Partagez-vous ce point de vue ?

Stewart Andrew Scott :
A partir du moment où il mène un conflit armé, Laurent Nkunda empêche la paix. Mais la remarque vaut aussi pour Kabila qui a laissé une situation conflictuelle se développer car il n’a pas considéré les problèmes régionaux qu’il aurait pourtant fallu régler. Le général Bosco Ntaganda invoque aussi d’autres raisons parmi lesquelles des présumés détournements de fonds de Laurent Nkunda. Il sait que c’est un sujet sensible au sein du groupe. Son discours est une stratégie de communication qui a pour objectif de décrédibiliser Laurent Nkunda et de rallier le plus grand nombre possible de gens à sa cause.

Afrik.com : Pensez-vous qu’il y a une volonté de Laurent Nkunda d’aller vers une paix durable ?

Stewart Andrew Scott :
Je pense que dans les deux camps il y une rupture de confiance. La convention qui a été conclue et qui prévoit la chasse aux FDLR ne sera certainement pas respectée. Cela était déjà contenu dans le programme amani, mais personne ne l’a jamais respecté. Parce que le gouvernement s’appuie sur le FDLR qui est une armée bien organisée pour combattre le CNDP. Et de l’autre côté, les revendications du CNDP ne pourront pas être satisfaites.

Afrik.com : Les médiateurs du conflit reprochent justement au CNDP sa position ambigüe dans les négociations. Ses revendications qui portaient sur le conflit dans le Nord Kivu, ont été portées au plan national. On a finalement l’impression que le CNDP ne veut pas aboutir à un accord de paix…

Stewart Andrew Scott :
Sans porter un jugement de valeur, cela ne me surprend pas que le CNDP porte les négociations à un niveau national. Sur le terrain, cela est évident depuis un an bientôt que le discours de la rébellion a changé. Depuis début 2008, le mouvement se veut national. Sur le site internet du CNDP, les revendications portaient déjà sur la gestion du pays et pas seulement sur les problèmes dans le Nord Kivu. C’est à tort que les médias parlent encore de mouvement tutsi.

Afrik.com : Dans le livre que vous venez de publier, vous décrivez Laurent Nkunda comme un chef de guerre atypique. Pourquoi ?

Stewart Andrew Scott :
Déjà au contact, c’est quelqu’un d’atypique. C’est un chef de guerre cultivé qui n’est pas, contrairement à ce qu’on peut imaginer, dans la démarche de prédation. Il a une palette impressionnante de connaissances, il parle plusieurs langues (Kinyarwanda, le swahili, le français, l’anglais….). C’est quelqu’un qui est à l’écoute, mais qui n’est pas influençable. Il cherche à détecter des gens qui peuvent lui apporter quelque chose. Il s’est ainsi entouré d’ingénieurs, de médecins, de psychologues… qui ne sont pas forcément de son ethnie. J’ai connu des chefs de guerre au Liberia, Laurent Nkunda tranche avec eux.

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a poussé à l’écriture de ce livre ?

Stewart Andrew Scott :
Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui en RDC, on se dit que c’est un énorme gâchis vu toutes les ressources dont dispose ce pays. On a envie de comprendre les raisons du conflit qui dure de plusieurs années et qui a fait des millions de morts. A un moment donné, mes lectures sur le sujet ne suffisaient plus. J’ai commencé à les critiquer. Je suis allé sur le terrain, j’ai rencontré des gens, j’ai fait mes propres enquêtes. Cela a débouché sur un livre. Et j’ai décidé de mettre un personnage au centre de l’histoire, et de raconter l’histoire de ce pays et du conflit à travers lui. Laurent Nkunda m’a paru le plus intéressant.

Afrik.com : comment avez-vous rencontré Laurent Nkunda ?

Stewart Andrew Scott :
J’ai rencontré les gens de son mouvement, je leur ai parlé de mon projet, ils l’ont rapporté. Il m’a reçu un jour dans son maquis, je lui ai expliqué ce que je voulais faire et l’indépendance que je voulais garder. Il m’a juste demandé de respecter l’anonymat de ceux qui le souhaiteraient. Pour le reste, il m’a donné carte blanche.

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