
En RDC, l’opposition et le pouvoir peinent à parler le même langage au sujet du dialogue national pourtant souhaité par tout le monde. À quelques jours de la date du 15 septembre où l’opposition a prévu d’organiser une manifestation, Afrik.com a recueilli l’avis de l’avocat et acteur de la société civile congolaise, Martin Milolo, sur la question. Entretien.
Afrik.com : Le 27 août, le Président Félix Tshisekedi a fixé les contours du dialogue national souhaité par toute la classe politique congolaise. Mais l’opposition a rejeté d’emblée l’architecture présentée par le chef de l’État. Comment appréciez-vous personnellement le dialogue tel que le perçoit Félix Tshisekedi ?
Martin Milolo : Le Président souffle le chaud et le froid en même temps. Il est vrai que son annonce du dialogue est un pas dans le bon sens, car il y a quelque temps, il affirmait ne pas voir l’opportunité d’un dialogue. Mais dans le format qu’il a annoncé, il s’agit en réalité d’un dialogue sous son contrôle comme l’a fait Mobutu dans les années 1990 avant le début de la conférence nationale souveraine. C’est une voie sans issue claire. Il faut un vrai dialogue et un non-monologue élargi.
Afrik.com : La C64 rejette par exemple les consultations préalables annoncées par le Président Tshisekedi. Partagez-vous les craintes de l’opposition ?
Martin Milolo : Non, les consultations de la population en soi ne sont pas mauvaises. Le peuple peut être consulté sur les points essentiels qui doivent faire l’objet du dialogue afin de placer certaines lignes rouges aux participants à ces assises. Mais ce qui est mal, c’est de transformer ces consultations en mécanisme de contournement de l’inclusivité du dialogue et de contrôle de ce forum par le pouvoir en place. Le Mouvement populaire de la révolution (MPR) de Mobutu l’avait fait et en a payé le prix.
Afrik.com : L’AFC/M23 et l’ancien Président, Joseph Kabila, sont d’office exclus du dialogue. Avec qui veut-on dialoguer finalement ? Peut-on parler de dialogue quand les principaux protagonistes de la crise ne sont pas invités à la table des discussions ?
Martin Milolo : Tout le monde doit venir à la table de discussion, c’est ça l’inclusivité du dialogue. On ne peut pas vouloir le dialogue et exclure ceux qui pensent autrement que soi-même. L’ancien Président Kabila doit venir au dialogue avec ses préoccupations de même que les autres acteurs de la vie nationale, afin de trouver des solutions ensemble. Quant à l’AFC/M23, elle doit d’abord cesser d’être manipulée par le Rwanda qui agresse notre pays tel que documenté par les Nations unies ; ensuite lister clairement ses problèmes qui doivent être mis sur la table de discussion. Il faut souligner que les crimes commis par les uns et les autres doivent être pris en charge par la justice et le dialogue ne doit se concentrer que sur les problèmes politiques.
Afrik.com : Pensez-vous qu’en l’état actuel des choses, il est possible pour le pouvoir et l’opposition de trouver quand même un terrain d’entente, surtout que la date du 15 septembre est déjà là ?
Martin Milolo : Je ne pense pas qu’il y aura entente entre le pouvoir et l’opposition sur l’échéance du 15 septembre. L’opposition (C64) va manifester le 15 septembre qui marque la rentrée parlementaire, et le pouvoir aussi se prépare pour une mobilisation à la même date. Il y a un risque réel d’affrontement susceptible de conduire à des incidents. Nous invitons les uns et les autres au respect des droits fondamentaux de manifester pacifiquement et de la liberté d’expression.
Afrik.com : Si vous deviez faire une proposition de sortie de crise, que diriez-vous ?
Martin Milolo : Trois mots : réconciliation, justice et respect de la Constitution. Les frustrations que connaissent les uns et les autres, les conflits communautaires et le non-respect des principes démocratiques ont déchiré la cohésion nationale. Il faut une réconciliation. La justice doit prendre en charge les crimes pour prévenir leur répétition. Le respect de la Constitution doit être la boussole pour tous. C’est là la voie de sortie du labyrinthe.





