RDC : N’Damvu, Tuzolana et Moke, trois visages de la peinture congolaise du XXe siècle


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N'damvu Tsiku-Pezo
N'damvu Tsiku-Pezo

Bien avant que Chéri Samba, Bodys Isek Kingelez ou Aimé Mpane ne donnent à l’art contemporain congolais une visibilité internationale, plusieurs générations de peintres avaient déjà profondément renouvelé la création en République démocratique du Congo. N’Damvu Tsiku-Pezo, Albert Tuzolana et Moke en racontent, chacun à sa manière, un chapitre.

La peinture congolaise du XXe siècle s’est développée au croisement des enseignements académiques hérités de la période coloniale, des traditions africaines mais aussi des bouleversements de l’indépendance et enfin de l’explosion urbaine de Kinshasa, sans jamais se figer en une école unique. N’Damvu, Tuzolana et Moke incarnent particulièrement bien cette diversité et tous trois figuraient alors dans l’exposition « Afrika Sana, la peinture congolaise d’hier et d’aujourd’hui », présentée du 22 décembre 2000 au 11 février 2001 à Monaco.

N’Damvu, de l’Académie aux grandes fresques

Né le 10 février 1939 à Boma, dans l’actuel Kongo-Central, N’Damvu Tsiku-Pezo appartient à la génération qui accompagne les premières années de l’indépendance congolaise. Entré dès 1953 à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, il y suit sept années de formation avant d’y devenir lui-même enseignant en 1960, pour combler le vide laissé par le départ des enseignants expatriés au moment de l’indépendance. Une bourse lui permet ensuite, en 1962, de poursuivre sa formation à Bruxelles, notamment dans le domaine de la fresque monumentale.

Il participe en 1966 au premier Festival mondial des arts nègres de Dakar, puis en 1967 à l’Exposition universelle de Montréal. Liège (1973), Lausanne (1974), Paris (1975) ou Los Angeles (1977) accueilleront ensuite son travail.

N’Damvu laisse aussi son empreinte dans l’espace public congolais car ses fresques et céramiques murales ornent notamment la Banque du Zaïre, la Cour suprême de justice ou la cité du Parti à N’Sele. La femme occupe par ailleurs une place centrale dans son œuvre. Epouse, mère, figure érotique ou destin, elle est un moyen pour lui d’explorer la société et l’identité africaines.

Albert Tuzolana, quand le sable devient peinture

Albert Tuzolana @Galerie Saint-Jacques
Albert Tuzolana @Galerie Saint-Jacques

Né à Kolo, dans le Bas-Congo (l’actuel Kongo-Central), en 1955, Albert Tuzolana appartient à la génération suivante. Il étudie à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa de 1973 à 1980, avant de poursuivre son apprentissage dans l’atelier de N’Damvu. Une filiation qui illustre la transmission alors à l’œuvre entre artistes congolais formés après l’indépendance.

Tuzolana se distingue surtout par son utilisation du sabléisme. Une pénurie de matériel à l’Académie, en 1974, pousse certains artistes à expérimenter d’autres matières et c’est ainsi que le sable, mélangé à des pigments puis fixé sur le support, devient un matériau pictural à part entière. Chez Tuzolana, il apporte relief, lumière et texture.

Marchés, scènes de rue et figures féminines s’y mêlent dans une veine à la fois figurative et cubiste. Installé en Belgique vers 1992, il contribue à faire connaître cette peinture congolaise hors du continent.

Moke, le « peintre reporter » de Kinshasa

Avec Moke, né Monsengwo Kejwamfi en 1950 à Ibe, dans le Bandundu, changement complet de décor. Arrivé enfant à Kinshasa, il connaît d’abord des années de dénuement avant de se mettre à peindre sur des morceaux de carton. En 1965, un tableau représentant Mobutu saluant la foule attire l’attention du chef de l’État, qui lui offre une bourse pour continuer à peindre.

Moke transforme ensuite Kinshasa en immense atelier. Bars, autobus bondés, vendeuses, sapeurs, couples, danseurs, disputes et fêtes remplissent ses tableaux. Lui-même se décrivait comme un « peintre reporter » et sa peinture observe la ville avec humour, sans chercher à l’idéaliser. Ses couleurs vives et ses scènes grouillantes de personnages en ont fait de véritables chroniques de la société zaïroise, puis congolaise.

Moke pigozzi-collection
Moke pigozzi-collection

Mort le 26 septembre 2001 à Kinshasa, Moke est aujourd’hui considéré comme l’un des pères de la peinture populaire congolaise. Son fils Moke fils, a pris la relève avec talent.

N’Damvu est resté attaché aux institutions et à la recherche d’une esthétique nationale, Tuzolana a fait du sable un langage plastique à part entière, et Moke a consigné le quotidien de Kinshasa sur des morceaux de carton avant de devenir l’un des piliers de l’école populaire congolaise. Leurs œuvre continuent aujourd’hui d’alimenter les collections consacrées à l’art congolais du XXe siècle.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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