Madosh Tambwe : « Il faut croire que les possibilités existent »


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Madosh Tambwe match @iconsport
Madosh Tambwe match @iconsport

Né à Kinshasa, formé à Johannesburg et révélé en Super Rugby avant de s’imposer dans le Top 14, Madosh Tambwe vient d’entamer une nouvelle étape de sa carrière à l’Aviron Bayonnais. L’ailier congolais revient pour Afrik sur les trois écoles de rugby qui l’ont façonné, sur l’héritage transmis par son père, sur ses ambitions internationales encore en suspens, et sur le message qu’il veut porter à la jeunesse congolaise et à sa diaspora.

De Johannesburg au Top 14, une identité restée congolaise

Né à Kinshasa, formé à Johannesburg, révélé en Super Rugby puis installé dans le Top 14 : votre parcours traverse trois mondes du rugby. Qu’est-ce que chacun vous a transmis, et que gardez-vous du Congo dans votre façon d’aborder ce sport ?

Madosh Tambwe : J’ai grandi à Johannesburg, c’est en Afrique du Sud que j’ai découvert le haut niveau. Très tôt, j’ai affronté des clubs issus de grandes nations du rugby comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon ou l’Argentine. Ça m’a permis de découvrir des styles de jeu très différents et donc de comprendre qu’il fallait savoir s’adapter et se préparer différemment en fonction des caractéristiques de l’adversaire.

Le Top 14 m’a ensuite permis de développer d’autres aspects de mon rugby. Le championnat dure près de dix mois, avec une préparation et une gestion de la saison très différentes. Il faut par exemple s’adapter à des conditions de jeu particulières, notamment en hiver où la météo rend les conditions assez difficiles. Je n’avais jamais connu ça, il m’a bien fallu une saison pour vraiment m’y adapter. Le Top 14 est également un championnat particulièrement exigeant. Le niveau est très élevé, on trouve des internationaux dans chaque équipe et chaque match est disputé avec beaucoup d’intensité. Il n’y a pas de match facile, chaque rencontre est jouée comme une finale.

Concernant le Congo, je n’ai pas vraiment de référence rugbystique là-bas. En revanche, j’en ai une véritable culture car mon père est congolais. Il m’a transmis beaucoup de choses du Congo : la cuisine, la musique, la mode, mais surtout une certaine manière de voir les choses. Il m’a appris à rester humble, à ne jamais oublier d’où je viens, à ne jamais rien lâcher. Ça m’a apporté beaucoup de résilience sur le terrain et la force de dépasser les limites. C’est une mentalité que je tiens de son éducation, je lui suis très reconnaissant de ça.

Vous détenez le triplé le plus rapide de l’histoire du Super Rugby, vous avez remporté la Currie Cup avec les Bulls, marqué un doublé dès votre premier match sous le maillot bordelais face à Toulouse. Quel moment reste, pour vous, le meilleur souvenir de votre carrière ?

Madosh Tambwe : Je pense que mon meilleur souvenir, au fond, c’est de me dire que mon nom restera dans le monde du rugby. Tous ces moments ont été marquants pour moi et m’ont beaucoup apporté. Si ma carrière devait s’arrêter demain, je pourrais me dire que j’ai, à mon échelle, marqué l’histoire à travers certains de ces matchs et de ces performances.

Le match contre Toulouse, notamment, a eu une importance particulière. J’étais installé en France depuis peu et c’était mon premier match avec Bordeaux. Marquer deux essais m’a permis de m’imposer directement dans le championnat français. C’était important pour moi de faire mes preuves dès le début, de montrer à mes coéquipiers, mais aussi à l’ensemble du championnat, qu’on pouvait compter sur moi.

Au-delà des statistiques et des records, c’est cette trace laissée dans le rugby qui représente aujourd’hui mon plus beau souvenir.

Sélection nationale en suspens, nouveau défi à Bayonne

Votre situation vis-à-vis des sélections nationales a fait l’objet de déclarations divergentes. Comment vivez-vous cette question aujourd’hui, et l’ambition internationale fait-elle toujours partie de vos projets ?

Madosh Tambwe : Je ne peux pas contrôler la décision du sélectionneur. L’objectif a toujours été de jouer pour l’équipe nationale et cette ambition reste forcément dans un coin de ma tête. Mais ce choix ne m’appartient pas. Tout ce que je peux contrôler, c’est ce que je fais sur le terrain, mes performances et le travail que je fournis au quotidien. Mon rôle est donc de continuer à progresser et donner le meilleur de moi-même.

Vous venez de lancer votre aventure basque par une victoire face à Toulon, avec 80 minutes pleines où l’on vous a vu peser bien au-delà de votre aile. Vous avez dit vous moquer des étiquettes : quel joueur voulez-vous montrer à Bayonne, et qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Madosh Tambwe : Je suis conscient du chemin parcouru et de tous les efforts que j’ai fournis pour être le joueur que je suis aujourd’hui. Ce joueur, je souhaite encore le faire progresser. À Bordeaux, j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer et j’ai eu la chance de faire partie du groupe qui a remporté une deuxième Champions Cup. J’ai partagé énormément de moments avec cette équipe et nous sommes très fiers d’avoir vécu cette aventure ensemble, mais aussi de l’avoir partagée avec le public, nos supporters, qui nous ont accompagnés tout au long de la saison.

Et c’est aussi cette dimension collective et de performance qui m’a séduit à Bayonne. L’ambiance, les supporters et rejoindre un groupe qui a de l’ambition m’ont beaucoup attiré. J’ai envie d’apporter ma contribution à ce projet et, pourquoi pas, de permettre à l’Aviron de décrocher un titre. Ce serait une manière de revivre les mêmes sensations que celles que j’ai connues à Bordeaux.

Faire grandir le rugby africain et inspirer la diaspora

Vous êtes l’un des rares joueurs nés en RDC à évoluer au plus haut niveau européen. Quel regard portez-vous sur le développement du rugby sur le continent au-delà de l’Afrique du Sud, et quel rôle aimeriez-vous y jouer, aujourd’hui ou plus tard ?

Madosh Tambwe : J’aimerais vraiment voir le rugby grandir davantage en Afrique. Ce sport peut apporter énormément, notamment en matière de solidarité, de discipline et de culture. Il y a beaucoup de talents sur le continent, et je pense qu’il faut leur donner les moyens de s’exprimer. Cela passe notamment par le développement des infrastructures et la formation, pour permettre à davantage de jeunes de découvrir le rugby et, pourquoi pas, de susciter de nouvelles vocations. Mon rêve serait de voir émerger d’autres équipes nationales capables de s’installer durablement au plus haut niveau et de devenir aussi dominantes que l’Afrique du Sud l’est aujourd’hui.

Pour un jeune de Kinshasa ou de la diaspora congolaise en France qui vous découvre, qu’aimeriez-vous que votre histoire raconte ?

Madosh Tambwe @anouar_hendrixx
Madosh Tambwe @anouar_hendrixx

Madosh Tambwe: Je dirais avant tout : la résilience. Il y a toujours un moyen d’avancer, même lorsque les choses deviennent difficiles. Il faut garder la motivation, croire en soi et surtout être fier de l’endroit d’où l’on vient. Que l’on soit Camerounais, Marocain, Sud-Africain, Congolais ou que l’on vienne d’ailleurs, il y a toujours des opportunités dans la vie. Il faut savoir les saisir, mais aussi savoir raconter son parcours et transmettre son expérience, parce que cela peut inspirer quelqu’un d’autre. Je sais que mon parcours peut inspirer des jeunes, et j’aimerais qu’ils puissent à leur tour en inspirer d’autres. Mon rêve, c’est qu’un enfant né en Afrique, au Congo ou ailleurs, puisse se dire qu’il peut évoluer n’importe où, qu’il a le droit de rêver grand et qu’il peut s’élever. Peu importe d’où l’on vient, il faut croire que les possibilités existent.

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