RDC : 120 millions de dollars pour les victimes de l’Ouganda, le FRIVAO à l’épreuve de la transparence


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Drapeau de la République Démocratique du Congo
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Après des années d’attente, mais aussi de controverses sur l’utilisation des premières sommes versées par l’Ouganda, les réparations collectives entrent dans une nouvelle phase en RDC. Le ministère de la Justice annonce l’affectation de 120 millions de dollars à quatre provinces, au moment où la gestion passée du FRIVAO reste examinée par la justice.

L’annonce était attendue depuis longtemps par les populations de l’est de la RDC. Le Fonds spécial de répartition de l’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) lance officiellement les réparations collectives dans l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé. Pour cette première étape, chacune des quatre provinces se verra affecter une somme de 30 millions de dollars, soit une enveloppe globale de 120 millions.

Une décision de La Haye enfin traduite sur le terrain

L’argent doit financer des projets répondant aux besoins les plus urgents des communautés : centres de santé, écoles, accès à l’eau potable, activités économiques, mais aussi initiatives liées à la mémoire et à la résilience des populations. Le ministère de la Justice assure que les bénéficiaires participeront au choix et au suivi des projets, avec des mécanismes destinés à garantir la transparence et la traçabilité des dépenses.

Cette opération découle directement de l’arrêt rendu le 9 février 2022 par la Cour internationale de Justice. La juridiction avait condamné l’Ouganda à verser 325 millions de dollars à la RDC pour les dommages causés pendant le conflit de 1998 à 2003. La somme devait être payée en cinq tranches annuelles de 65 millions de dollars. Selon le ministère congolais de la Justice, 260 millions de dollars ont déjà été versés par Kampala. Mais l’utilisation de ces fonds a nourri de nombreuses interrogations. En juin dernier, des responsables du FRIVAO reconnaissaient eux-mêmes les difficultés à retracer précisément une partie importante des sommes reçues. Des enquêtes et procédures judiciaires ont également entouré la gestion du fonds. D’ailleurs, l’une des affaires liées au FRIVAO, impliquant l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, doit encore être tranchée. ».

La transparence, l’autre bataille

C’est précisément sur le terrain de la transparence que le nouveau dispositif devra faire ses preuves. Après les nombreuses affaires tournant autour de ces fonds, les autorités veulent désormais imposer un mécanisme plus contrôlé. Une école reconstruite, un centre de santé fonctionnel ou un accès durable à l’eau potable pourraient donner un contenu concret à une décision judiciaire vieille de quatre ans.

Les réparations individuelles, quant à elles, sont annoncées pour une seconde phase. Elles devront attendre la fin des opérations d’audit, de vérification et de validation des fichiers des victimes. Cette fois, chaque dollar dépensé devra pouvoir être justifié. Car après les années de guerre et les années d’attente, les victimes congolaises veulent enfin en voir les effets des réparations dans leur quotidien.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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