
Accompagné de son conseil, le quatrième vice-président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) doit être entendu sur instruction du procureur de la République ce mercredi 9 septembre à 10h au Service des enquêtes générales de la préfecture de police d’Abidjan. Sa convocation ne mentionne aucun motif, mais elle intervient deux jours après le dépôt d’une plainte du RHDP liée à ses déclarations sur l’orpaillage clandestin, le trafic de drogue et le blanchiment d’argent.
La convocation avait été remise le 7 septembre, jour où le parti au pouvoir a saisi le parquet du tribunal de première instance d’Abidjan contre Justin Koné Katinan et le PPA-CI. Signée par Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP, la plainte vise des faits présumés de diffamation, d’injure et de diffusion de fausses nouvelles. Aucun changement dans le statut judiciaire du responsable de l’opposition n’avait été annoncé au début de son audition.
Au moment de la publication de cet article, l’audition de Justin Koné Katinan était toujours en cours. Ni le parquet ni le PPA-CI n’avaient encore communiqué sur son déroulement ou sur les suites susceptibles d’être données à la plainte. La controverse politique sur l’orpaillage clandestin a néanmoins désormais basculé sur le terrain judiciaire.
Le RHDP passe à la riposte judiciaire
Dans ses propos, l’ancien ministre du Budget sous Laurent Gbagbo n’avait pas seulement dénoncé l’ampleur du phénomène de l’orpaillage clandestin. Il avait directement mis en cause le régime du RHDP qu’il a accusé d’avoir laissé prospérer une véritable économie parallèle autour de l’exploitation illégale de l’or, avec des ramifications, selon lui, dans le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et la corruption.
Ces déclarations n’ont pas tardé à provoquer une réaction du parti au pouvoir. Le RHDP a déposé, lundi 7 septembre, une plainte auprès du parquet du tribunal de première instance d’Abidjan. La plainte, signée par Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du parti et ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, a été enregistrée le 7 septembre au parquet du tribunal de première instance d’Abidjan. Selon les informations rendues publiques, le RHDP reproche à Koné Katinan des faits de diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles. Le PPA-CI est également visé par la procédure.
Justin Koné Katinan avait notamment affirmé que « l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR », l’ancienne formation d’Alassane Ouattara aujourd’hui intégrée au RHDP. Il soutenait ainsi que le parti au pouvoir ne pouvait combattre efficacement un système dont il serait, selon lui, à l’origine.
Le RHDP rejette ces imputations. Dans sa plainte, il les qualifie d’« affirmations gratuites » et estime être présenté « à tort » comme « un creuset de délinquants ». Le parti demande à Justin Koné Katinan et au PPA-CI d’apporter les preuves de leurs accusations.
L’orpaillage, un sujet explosif
L’orpaillage illégal est devenu l’un des sujets les plus sensibles du débat ivoirien ces dernières semaines. Depuis 2021, plus de 8 500 sites clandestins ont été déguerpis et 4 474 personnes ont été déférées devant la justice. Pourtant, le phénomène persiste et fait perdre des milliards de francs CFA par an à l’État ivoirien. Le phénomène alimente par ailleurs de fortes inquiétudes environnementales, notamment en raison de la pollution des cours d’eau et de la dégradation des terres. Le PPA-CI affirme que l’orpaillage illégal touche aujourd’hui 29 des 31 régions du pays, en s’appuyant notamment sur des chiffres attribués aux autorités ivoiriennes.
Au regard du caractère hautement sensible de la question, le RHDP a estimé que les accusations formulées par Justin Koné Katinan franchissent une ligne rouge. La plainte vise précisément les propos qui attribuent au pouvoir une responsabilité directe dans la progression de ces phénomènes. La convocation de ce mercredi constitue donc la première étape connue d’une procédure dont les suites restent incertaines. Koné Katinan devra répondre aux enquêteurs, tandis que le fond des accusations et leur qualification juridique devront désormais être examinés dans le cadre de la procédure.





