RDC : États-Unis, Qatar, UA, Togo, Suisse… qui négocie la paix dans l’Est ?


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RDC : États-Unis, Qatar, UA, Togo, Suisse… qui négocie la paix dans l'Est ?
Conflit en RDC

Après cinq mois sans dialogue direct, Kinshasa et l’AFC/M23 ont repris les discussions en Suisse du 17 au 21 août 2026, sous l’impulsion de plusieurs acteurs internationaux (Qatar, États-Unis, UA, Togo, Suisse). Au terme de cette assise, une nouvelle feuille de route a été adoptée pour remettre sur les rails les négociations de paix.

Qui dispose réellement des leviers pour faire taire les armes dans l’Est de la RDC ? S’il fallait identifier le principal centre de gravité du dialogue actuel, ce serait Doha. Le Qatar est directement engagé dans les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 et accueille depuis plusieurs mois les différentes assises du processus. Les deux parties ont signé, le 15 novembre 2025 à Doha, un accord-cadre destiné à conduire vers un règlement global du conflit dans l’est de la RDC.

Le rôle de Doha est donc celui d’un facilitateur direct du dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23. Les réunions organisées en Suisse ont permis d’évaluer l’application des engagements déjà pris et de définir les prochaines étapes des négociations.

À l’issue de cinq jours de discussions, les deux parties ont adopté une feuille de route qui précise les étapes et le calendrier des négociations. Elles ont également convenu que l’ordre dans lequel les différents protocoles seraient négociés ne déterminerait pas nécessairement l’ordre de leur mise en œuvre.

Washington, le pouvoir sur Kigali

Washington intervient sur un autre volet du règlement de la crise. Les États-Unis sont en effet au cœur du processus de Washington, qui concerne directement la RDC et le Rwanda.

Un accord de paix entre Kinshasa et Kigali a été signé à Washington en juin 2025. Le Qatar, les États-Unis, le Togo et la Commission de l’Union africaine participent à son mécanisme de suivi. En juillet 2026, une nouvelle réunion de ce mécanisme s’est tenue à Genève pour examiner la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et l’application des engagements pris par les deux États.

Alors que Doha travaille directement sur le contentieux entre Kinshasa et l’AFC/M23, Washington s’est positionné sur le volet RDC-Rwanda. Les deux démarches restent toutefois étroitement liées, puisque l’évolution des relations entre Kinshasa et Kigali pèse directement sur la situation militaire dans l’est congolais.

En effet, le conflit de l’Est ne peut être durablement réglé sans traiter simultanément la question des relations entre Kinshasa et Kigali. Le Rwanda est accusé par la RDC et plusieurs acteurs internationaux de soutenir le M23, ce que Kigali dément. Ce pan du conflit explique pourquoi une négociation limitée à Kinshasa et au mouvement rebelle ne suffirait pas.

L’Union africaine présente dans les négociations

L’Union africaine est représentée dans le processus de Doha par sa Commission, tandis que le Togo intervient en qualité de médiateur de l’Union africaine.

Le rôle de Lomé consiste à apporter une dimension africaine aux efforts diplomatiques et à faciliter la recherche d’un compromis entre les parties. Le Togo participe également au mécanisme de suivi de l’accord entre Kinshasa et Kigali.

La Suisse, l’hôte des discussions

La Suisse occupe un rôle moins visible, mais utile. Son rôle est celui d’un facilitateur et pays hôte.

Les représentants de Kinshasa, de l’AFC/M23, du Qatar, des États-Unis, du Togo et de la Commission de l’Union africaine se sont réunis sur le territoire suisse entre le 17 et le 21 août. La Suisse fait donc partie des acteurs qui accompagnent le processus diplomatique en mettant à disposition des protagonistes et médiateurs un cadre neutre pour les discussions.

La Confédération helvétique avait déjà accueilli en avril une précédente assise de négociations à Montreux consacrée à l’accès humanitaire, à la protection judiciaire, au mécanisme de vérification du cessez-le-feu et à la libération de prisonniers.

Et la MONUSCO ?

À côté des médiateurs et facilitateurs, les Nations unies interviennent sur le terrain avec un soutien logistique au mécanisme de vérification du cessez-le-feu.

Dans ce cadre, une mission de reconnaissance a été conduite le 20 août, avant une première mission de vérification du cessez-le-feu prévue le 24 août à Minembwe, dans le Sud-Kivu.

L’AFC/M23 et la RDC ont également convenu d’une méthode standardisée pour signaler les violations présumées du cessez-le-feu et de la création d’un mécanisme chargé d’évaluer les progrès et les difficultés dans l’application de l’accord-cadre de Doha, selon un communiqué conjoint.

Une diplomatie à plusieurs voix

Ces efforts diplomatiques n’ont toutefois pas encore suffi à arrêter les violences. La reprise des discussions en Suisse montre d’ailleurs que le chemin reste long. Les deux parties ont réussi à s’entendre sur une feuille de route, mais les questions les plus sensibles demeurent. Le désaccord autour du processus de vérification pour l’application du cessez-le-feu et l’échange des prisonniers divise les deux parties.

Le bilan du conflit à l’est de la RDC est catastrophique. Outre la violence armée incessante qui aggrave la crise humanitaire, les déplacements massifs de populations augmentent avec une 17e épidémie d’Ebola (souche Bundibugyo) déclarée en mai 2026. L’épidémie se propage à une vitesse rapide avec près de 5 300 cas et plus de 2 500 décès.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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