La RDC reçoit Ervebo face à Bundibugyo : 70 000 doses, mais une efficacité encore à démontrer


Lecture 3 min.
vaccin-ia-c4a569-1@1x

La République démocratique du Congo reçoit un nouveau renfort dans sa lutte contre l’épidémie d’Ebola. Le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, a annoncé vendredi 21 août l’arrivée à Kinshasa de 16 520 doses du vaccin Ervebo, destinées à soutenir les efforts de riposte engagés par les autorités sanitaires.

Un premier contingent de vaccins a été réceptionné vendredi par le ministre congolais de la Santé Roger Kamba. Réceptionné à l’aéroport international de N’Djili, ce premier lot fait partie d’une dotation plus importante. Les 50 120 doses dont l’arrivée est programmée entre le 21 et le 24 août s’inscrivent dans une allocation plus large de 70 000 doses annoncée par l’OMS et Africa CDCe. Le vaccin, fabriqué par MSD en Allemagne, est financé par Gavi, l’Alliance du vaccin. « Cette dotation vient renforcer la riposte du gouvernement contre Ebola et contribuer à la protection de nos populations », a déclaré Roger Kamba.

Une épidémie qui change d’échelle

Ces doses de vaccin arrivent à un moment où la RDC se débat face à une épidémie particulièrement préoccupante causée par le virus Bundibugyo, différent d’Ebola virus (EBOV), contre lequel Ervebo est homologué. Cette particularité est importante : l’Organisation mondiale de la santé souligne qu’il n’existe actuellement aucun vaccin homologué spécifiquement contre le virus Bundibugyo. Des données obtenues en laboratoire et chez l’animal suggèrent toutefois une possible protection croisée, qui reste à démontrer chez l’être humain.

Pour répondre à cette incertitude les partenaires internationaux ont prévu une utilisation encadrée du vaccin. Sur les 70 000 doses attribuées à la RDC, 20 000 doivent notamment servir à un essai clinique de phase 3 destiné à évaluer son efficacité contre le virus Bundibugyo, tandis que 50 000 sont destinées aux personnels de santé et aux travailleurs de première ligne.

Une course contre la propagation

La situation sanitaire reste particulièrement tendue. Ce 21 août, Julien Harneis, coordinateur principal des Nations unies pour Ebola a déclaré que l’épidémie a déjà fait plus de 2 500 morts, précisant que « le bilan des décès s’alourdit évidemment chaque jour », et que la moitié des décès avait été enregistrée durant les 20 derniers jours.  Selon l’ONU, l’épidémie progresse désormais de manière « exponentielle » et touche une zone géographique plus vaste que la France. L’épidémie, partie de l’Ituri, s’est progressivement étendue au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Haut-Uélé, à la Tshopo et au Bas-Uélé.

Face à cette progression, la vaccination ne constitue qu’un volet de la réponse. Surveillance épidémiologique, recherche des contacts, prise en charge des malades, prévention des infections et mobilisation des communautés restent indispensables pour casser les chaînes de transmission. L’OMS insiste notamment sur le rôle des populations locales dans la maîtrise de l’épidémie.

Les autorités congolaises et leurs partenaires ont désormais la responsabilité de transformer cette arrivée de vaccins en protection effective sur le terrain, au plus près des communautés exposées.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée