
La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri, à l’est du pays. Les autorités sanitaires ont confirmé qu’il s’agit de la souche Bundibugyo, déjà identifiée en Ouganda et dans le nord-est congolais en 2012. Cette 17e épidémie ravive les inquiétudes dans une région déjà fragilisée par les violences armées et les déplacements massifs de populations.
Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi, le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, a confirmé que les analyses réalisées par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa ont permis d’identifier avec précision le virus, à partir d’échantillons prélevés en Ituri. Le bilan est de 88 décès sur 336 cas suspects selon le bilan donné samedi.
Une souche rare mais surveillée
« Les échantillons sont arrivés le 13 et ont été examinés. Le 14 au soir, nous avons eu la confirmation qu’il s’agit d’Ebola de souche Bundibugyo », a déclaré le ministre. Il a rappelé que cette variante avait été identifiée par le passé.
Identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, en Ouganda, cette souche reste moins fréquente que la souche Zaïre, mais elle n’en demeure pas moins dangereuse. Elle provoque une fièvre hémorragique sévère, caractérisée par une apparition brutale de symptômes tels qu’une forte fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des vomissements et, dans certains cas, des saignements. Surtout, cette souche n’a pas de vaccin et de traitement homologué.
Le virus entraîne une atteinte des vaisseaux sanguins et perturbe le système de coagulation rappelle l’OMS. Dans les formes graves, plusieurs organes peuvent être touchés, conduisant à une défaillance généralisée de l’organisme. Des équipes ont été déployées dans les trois zones de santé concernées pour identifier les cas contacts, retracer les chaînes de transmission et documenter les décès survenus dans les communautés affectées.
Une épidémie dans un contexte sécuritaire dégradé
Cette nouvelle flambée intervient dans une zone particulièrement instable. Depuis plusieurs années, la province de l’Ituri est le théâtre d’attaques meurtrières menées par les rebelles ADF ainsi que par divers groupes armés locaux, dont la CODECO et le groupe Zaïre.
Cette insécurité complique fortement la riposte sanitaire. Dans certaines zones, les équipes médicales peinent à accéder aux populations, tandis que les déplacements restent risqués. Les mouvements de civils fuyant les violences augmentent par ailleurs le risque de propagation du virus.
Les précédentes épidémies ont déjà montré que l’insécurité constitue un frein majeur à la lutte contre Ebola en RDC. Certains centres de santé sont désertés par crainte des attaques. En outre, des familles hésitent encore à signaler les cas suspects ou les décès.
Cette résurgence survient moins de six mois après la fin officielle de la 16e épidémie d’Ebola, déclarée dans le Kasaï. Le 1er décembre 2025, les autorités avaient annoncé la maîtrise de la situation après 42 jours sans nouveau cas.
Depuis la découverte du virus en 1976 près de la rivière Ebola, la RDC reste l’un des pays les plus touchés au monde par cette maladie. Avec dix-sept épidémies recensées en cinquante ans, la RDC concentre à elle seule la moitié des flambées d’Ebola jamais déclarées dans le monde.




