« La Bataille de Gaulle » s’exporte dans le monde, mais reste presque absente d’Afrique


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La bataille de Gaulle, l'âge de fer
La bataille de Gaulle, l'âge de fer

Vendu dans plus de vingt territoires, le diptyque d’Antonin Baudry consacré à Charles de Gaulle poursuit une importante carrière internationale. Un continent manque largement à l’appel : l’Afrique. Le paradoxe est historique, alors que le Tchad, le Cameroun, le Congo et plus tard Alger ont joué un rôle déterminant dans l’ascension du chef de la France libre. Le Maroc, où une partie du film a été tournée, fait pour l’heure figure d’exception.

Après un démarrage catastrophique suivi d’une remontée que personne n’avait vue venir, La Bataille de Gaulle commence à voyager. Le diptyque, doté d’un budget de 74 à 75 millions d’euros, approche les 4,7 millions d’entrées en France à la mi-août. Pathé a vendu les deux parties dans plus de vingt territoires, commercialisées à l’étranger sous les titres De Gaulle: Résistance et De Gaulle: Liberté.

Le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Scandinavie, le Benelux et une grande partie de l’Europe centrale et orientale ont acquis les droits des deux films. Le package s’étend à l’Amérique latine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie et la Turquie. Les États-Unis demeuraient au début de l’été le principal territoire non vendu.

Le Québec a lancé le premier volet le 14 août via Immina Films, avec le second programmé le 11 septembre. Le Royaume-Uni suit le 28 août, distribué par Entertainment Film Distributors. Une diffusion internationale notable pour une fresque historique de plus de cinq heures au total, tournée essentiellement en français et consacrée à une figure profondément associée à l’histoire politique française.

La carte des ventes révèle toutefois un déséquilibre. L’Afrique, pourtant essentielle dans l’histoire racontée par le film, reste très largement à l’écart de cette expansion.

Le Maroc, principale exception africaine

Le Maroc constitue à ce jour le cas le plus clairement documenté. Les deux volets ont été programmés dans les salles du royaume, notamment à Casablanca, Marrakech, Tanger et Fès.

Youtube video

Le lien avec le Maroc  est important car une partie du tournage y a été réalisée et les deux films ont bénéficié du soutien marocain à la production cinématographique, comme le confirme Pathé. Le Centre cinématographique marocain a mis en avant le projet lors du dernier Festival de Cannes, en l’inscrivant parmi les productions internationales qui témoignent de l’attractivité du pays.

La présence du film dans les salles marocaines apparaît donc comme le prolongement d’une relation nouée dès la fabrication.

Ailleurs sur le continent, les informations disponibles restent beaucoup plus floues. Pathé Touch, filiale africaine du groupe, détient les droits pour la région. Une sortie a bien eu lieu en Côte d’Ivoire début juin, mais elle apparaît comme un point isolé et rien de comparable ne ressort des annonces publiques consultées au Sénégal, au Cameroun, au Congo ou au Tchad.

Le cas de l’Algérie et de la Tunisie mérite une réserve particulière. Des fiches de distribution mentionnent une sortie dans ces deux pays à la même date qu’en France, le 3 juin. Mais nous n’avons trouvé aucune programmation de salles ni aucune couverture de presse locale permettant de confirmer une exploitation effective, et le distributeur n’a rien communiqué sur ces marchés.

Sans l’Afrique, De Gaulle n’aurait pas eu la même histoire

Cette faible visibilité africaine surprend d’autant plus que le continentest central dans l’épopée gaullienne. En 1940, alors que De Gaulle est encore politiquement isolé à Londres, c’est en Afrique qu’il obtient une grande partie de l’assise territoriale qui transforme son appel en véritable pouvoir.

Le 26 août 1940, le Tchad, conduit par le gouverneur Félix Éboué, rallie la France libre. Le Cameroun suit le lendemain, à l’initiative de Leclerc, puis le Moyen-Congo et l’Oubangui-Chari. Le Gabon, lui, reste fidèle à Vichy. Il faudra une campagne militaire, achevée par la prise de Libreville en novembre 1940, pour l’amener dans le camp gaulliste. C’est le seul épisode où Français libres et Français de Vichy se sont affrontés au combat.

Ces ralliements donnent à De Gaulle des territoires à administrer, des ressources et des soldats. Ils renforcent surtout sa crédibilité face aux Britanniques. À Brazzaville, il crée le 27 octobre 1940 le Conseil de défense de l’Empire, premier véritable organe politique de la France libre. La ville congolaise devient alors l’un des centres de gravité du mouvement gaulliste.

L’Afrique revient au cœur de l’histoire trois ans plus tard. À Alger, le 3 juin 1943, De Gaulle et Henri Giraud créent le Comité français de la Libération nationale. De Gaulle écarte progressivement son rival et fait de la capitale algérienne le siège d’un pouvoir français qui prépare déjà l’après-Libération.

Un film sur une histoire africaine encore peu montré aux Africains

Affiche internationale de Gaulle
Affiche internationale de Gaulle

La carrière internationale de La Bataille de Gaulle échappe ainsi en grande partie aux villes qui se trouvent au cœur de l’histoire qu’il raconte, alors que le film a trouvé des distributeurs dans presque toute l’Europe, même en Allemagne.

Les circuits de distribution cinématographique restent beaucoup moins denses dans une partie de l’Afrique francophone qu’en Europe, ce qui explique une bonne part de cet écart. Une sortie tardive ou des projections événementielles restent possibles. Pathé a par ailleurs prévu de commercialiser le diptyque sous forme de mini-série de six épisodes auprès des diffuseurs étrangers, ce qui pourrait ouvrir une seconde voie d’accès sur le continent.

Reste que Brazzaville, Yaoundé et N’Djamena furent, pendant quelques mois décisifs, parmi les principaux centres de la France libre et que des diffusions spécifiques auraient eu du sens, car plus de quatre-vingts ans après, La Bataille de Gaulle pourrait donc avoir sur le continent une autre fonction que celle d’un simple biopic consacré à un héros français. Elle viendrait rappeler que la construction de la France libre fut aussi, profondément, une histoire africaine.

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