
Une nouvelle évasion spectaculaire vient rallonger une liste déjà longue en République démocratique du Congo. Vendredi 17 juillet, environ 70 détenus se sont échappés de la prison centrale de Watsa, dans la province du Haut-Uele. Ceci relance le débat sur la sécurité des établissements pénitentiaires congolais, mais aussi sur leurs conditions de fonctionnement. En fait, derrière cet incident se dessine une réalité plus profonde : celle d’un système carcéral fragilisé depuis des années, où les évasions sont devenues presque récurrentes.
Selon les informations recueillies auprès de la société civile locale, l’évasion s’est produite en fin d’après-midi, au moment où un surveillant s’apprêtait à faire regagner leurs cellules aux prisonniers qui avaient bénéficié des visites de leurs proches ou d’un moment de détente dans la cour. Le scénario s’est déroulé en quelques minutes. Les détenus ont maîtrisé le gardien, se sont emparés de son trousseau de clés avant d’ouvrir successivement les différentes cellules. Au total, 70 prisonniers ont quitté l’établissement, parmi lesquels quinze personnes poursuivies par la justice militaire pour détention illégale d’armes et de munitions de guerre. Les autres répondaient de diverses infractions devant les juridictions civiles.
Une prison pourtant présentée comme un modèle
L’incident surprend d’autant plus que la prison centrale de Watsa venait récemment de bénéficier d’importants travaux de réhabilitation financés par les autorités provinciales. L’établissement était présenté comme le plus sécurisé du Haut-Uele et devait contribuer à renforcer la lutte contre le grand banditisme dans cette région confrontée à une insécurité persistante.
De l’avis de Jean-Pierre Atsidri, coordonnateur territorial de la Société civile du Congo à Watsa, cette fuite collective représente une menace sérieuse pour la population. Les personnes poursuivies pour des infractions liées aux armes retrouvent désormais la liberté dans une province où sévissent déjà plusieurs groupes criminels. La société civile réclame l’ouverture rapide d’une enquête afin d’établir les responsabilités et de retrouver les évadés.
Des évasions devenues presque ordinaires
L’affaire de Watsa n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, les prisons congolaises connaissent des évasions à répétition, parfois impliquant plusieurs centaines de détenus. Le 10 août 2022 par exemple, plus de 800 détenus ont fui de la prison centrale de Kakwangura dans la ville de Butembo, à l’occasion de l’attaque du pénitencier par un groupe de rebelles Maï-Maï. Le 21 novembre 2021, 189 prisonniers se sont volatilisés de la prison de Matadi. Le 20 octobre 2020, l’attaque d’un groupe armé contre la prison de Beni Kangbayi avait provoqué l’évasion de près de 1 000 détenus, dont des rebelles ADF et Maï-Maï.
En juin 2017, une autre évasion avait concerné plus de 900 détenus dans la même prison à la suite d’une attaque de groupes rebelles. Par ailleurs onze personnes, dont huit membres des forces de l’ordre, avaient perdu la vie dans cet assaut meurtrier. De même, une évasion de 301 prisonniers de la prison centrale de Bukavu, en 2014, avait coûté la vie à deux militaires commis à la garde et deux détenus qui tentaient de s’évader.
Au-delà de ces exemples qui ne sont guère exhaustifs, il y a la tentative d’évasion de la prison centrale de Makala en septembre 2024, qui avait fait pas moins de 129 morts : 24 par balles et le reste par étouffement dans les bousculades. À chaque incident, les autorités annoncent des enquêtes et promettent un renforcement de la sécurité. Pourtant, le phénomène continue de se répéter.
Des prisons confrontées à une crise chronique
Ces évasions trouvent aussi leur origine dans les difficultés structurelles du système pénitentiaire congolais. Dans plusieurs établissements, la surpopulation atteint des niveaux alarmants. Des prisons conçues pour accueillir quelques centaines de personnes en hébergent parfois plusieurs milliers.
À cette promiscuité s’ajoutent d’autres éléments rendant les conditions de détention particulièrement précaires : manque de nourriture, soins médicaux insuffisants, bâtiments vétustes, pénurie de personnel pénitentiaire et faibles moyens logistiques. Les organisations nationales et internationales de défense des droits humains dénoncent régulièrement une situation qui favorise les tensions, les mutineries et les tentatives d’évasion. Autre problème récurrent : la lenteur de la justice. Une proportion importante des détenus reste en détention préventive pendant de longs mois, voire plusieurs années, sans jugement définitif, ce qui contribue à engorger davantage les prisons.
En définitive, au-delà de la traque des fugitifs de Watsa, cette nouvelle évasion remet une fois encore en lumière les limites du système pénitentiaire congolais. La modernisation de quelques infrastructures, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à résoudre les faiblesses de ce secteur qui souffre d’un manque chronique de moyens, de personnel qualifié et d’une réforme de fond longtemps repoussée. Sur ce coup, seule une action poignante des autorités congolaises pourrait permettre de redresser la barre et rassurer les populations qui s’interrogent sur la gestion pénitentiaire dans leur pays.





