
Le ministre algérien des Travaux publics a fait le point, jeudi 1er octobre à Alger, sur le lancement des travaux de la ligne ferroviaire vers Tamanrasset. Pensé pour désenclaver le Grand Sud, le projet intéresse aussi les exportateurs tournés vers le Sahel. Son intérêt commercial dépendra de la place faite au fret et de ce qui se passera une fois la frontière atteinte.
Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a réuni jeudi au siège de son département les cadres du ministère, les entreprises de réalisation et les bureaux d’études chargés du suivi. Selon l’APS, la réunion portait sur les moyens mobilisés pour ouvrir les chantiers dans les délais. Trois sections ont été examinées : Laghouat–El Meniaâ via Ghardaïa (495 kilomètres), El Meniaâ jusqu’au point kilométrique 216, et Tamanrasset–Moulay Lahcene (213 kilomètres). Le ministre a demandé d’« accélérer la finalisation des procédures restantes ».
C’était la deuxième réunion de coordination sur ce dossier en dix jours, après celle du 22 septembre. Aucune date de mise en service n’a encore été annoncée pour l’ensemble de la ligne, longue d’environ 2 000 kilomètres.
Le Grand Sud raccordé aux zones industrielles du Nord
Pour un industriel installé dans le Nord, Tamanrasset se trouve aujourd’hui au bout d’un très long trajet en camion. Le train peut changer ce calcul pour les marchandises lourdes expédiées régulièrement, comme les matériaux de construction ou les produits agroalimentaires conditionnés. Il faudra pour cela des tarifs compétitifs face à la route, des fréquences suffisantes et des gares équipées pour le chargement.
Depuis Tamanrasset, la suite du trajet se ferait par la route. La ville est une étape de la route transsaharienne, l’axe Alger–Lagos que la Banque africaine de développement soutient comme outil d’intégration régionale entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Les annonces du 1er octobre ne concernent toutefois que le territoire algérien et aucune continuité ferroviaire vers le Niger n’est encore programmée à ce stade.
Tamanrasset, gare de transit ou plateforme logistique ?
La ville a davantage à gagner si elle accueille des entrepôts, des unités de conditionnement et des ateliers de maintenance pour les transporteurs. Sans ces équipements, les cargaisons ne feraient qu’y changer de mode de transport. Ces investissements n’ont pas encore été décidés et leurs retombées pour l’emploi local dépendront de la formation proposée aux jeunes du Grand Sud et du foncier économique disponible autour de la future gare.
Aux frontières, le principal goulet d’étranglement
Alger multiplie les contacts avec Niamey,encore récemment lors de discussions tenues au Niger sur le gazoduc transsaharien. Le rail relève cependant d’un autre dossier, mais les exportateurs se poseront la même question que les énergéticiens concernant la nécessité que les échanges deviennent réguliers ?
En effet, un camion qui gagne des heures sur le parcours algérien les reperd vite s’il patiente plusieurs jours au poste frontière. Les procédures douanières et les moyens de paiement entre banques algériennes et sahéliennes pèseront autant que la vitesse du train, tout comme la sécurité des itinéraires au Sahel.
La prochaine étape attendue est l’ouverture effective des chantiers sur les tronçons examinés jeudi. La part réservée au fret dans l’exploitation de la ligne montrera ensuite si Alger en fait un véritable outil commercial vers le Sahel.




