
La chanteuse sud-africaine Tyla a supprimé sa date nigériane du calendrier de l’A*POP World Tour, après plusieurs jours d’appels au boycott sur les réseaux sociaux. Le concert du 22 décembre devait être sa première tête d’affiche au Nigeria.
Annoncée le lundi 27 juillet, l’étape lagosienne a disparu du site officiel de la chanteuse quatre jours plus tard. Les concerts du Cap, le 4 janvier, et de Johannesburg, le 9 janvier, restent programmés, comme les dates européennes et nord-américaines, mais exit le Nigeria. Ni Tyla ni son équipe n’ont commenté ce retrait, et aucun promoteur local n’a indiqué si le spectacle était annulé, reporté ou seulement suspendu.
Si aucune déclaration ne rattache explicitement la suppression de la date à la crise entre Abuja et Pretoria lié à la vague de xénophobie qui touche actuellement l’Afrique du Sud. La séquence, en revanche, est établie. La date a été retirée au terme d’une semaine de campagne en ligne au Nigeria.
Une crise migratoire ouverte depuis la fin mai
Depuis la fin du mois de mai, l’Afrique du Sud est traversée par des manifestations visant les étrangers, accusés de peser sur l’emploi et les services publics. Le mouvement March and March, animé par l’ancienne animatrice de radio Jacinta Ngobese-Zuma, avait fixé au 30 juin un ultimatum pour le départ des sans-papiers. Ce jour-là, des milliers de personnes ont défilé à Johannesburg et à Durban, certains cortèges encadrés par des participants munis de bâtons et de boucliers zoulous. La police a signalé quelques arrestations liées à des tentatives de pillage.
Des commerces tenus par des étrangers ont été attaqués dans le Gauteng. Les autorités sud-africaines reconnaissent la mort d’au moins quatre ressortissants étrangers, un bilan que plusieurs capitales africaines jugent sous-évalué. Plus de 160 000 personnes ont quitté le pays depuis fin mai, vers le Malawi, le Zimbabwe, le Mozambique, le Ghana ou le Nigeria.
Abuja a organisé le retour de 1 490 de ses ressortissants par vols spéciaux, une opération achevée à la mi-juillet après de premiers rapatriements début juin. Le 27 juillet, le ministre d’État nigérian aux Affaires étrangères Sola Enikanolaiye a reçu une délégation conduite par Ronald Lamola, chef de la diplomatie sud-africaine dépêché comme émissaire spécial de Cyril Ramaphosa. La rencontre prévue avec Bola Tinubu n’a pas eu lieu, le président nigérian s’étant fait représenter. Pretoria a évoqué le « rétablissement de la bonne volonté mutuelle » tout en défendant sa politique migratoire.
Un appel au boycott parti des réseaux sociaux
L’annonce du concert a immédiatement suscité des réactins virulentes. L’influenceur Martins Otse, connu sous le nom de VeryDarkMan, a affirmé que le spectacle n’aurait pas lieu au Nigeria et menacé de mobiliser ses soutiens pour l’empêcher. L’animateur Do2dtun a demandé aux services d’immigration de refuser les visas à la chanteuse et à son équipe. Une pétition en ligne réclamant son interdiction de séjour a recueilli plusieurs milliers de signatures.
La campagne a pris de l’ampleur après des informations faisant état d’un refus de visas qui aurait été opposé à Ayra Starr et à son équipe par les autorités sud-africaines. Le consul général d’Afrique du Sud au Nigeria, Bobby Moroe, conteste ces affirmations et réclame les noms et les numéros de référence des dossiers concernés, ses services n’ayant trace ni de la demande ni du rejet. Selon les vérifications du quotidien Punch, l’épisode remonterait à février 2024, quand des concerts de la chanteuse à Johannesburg et au Cap avaient été annulés, le promoteur Steyn Entertainment invoquant alors des refus de visas.
La sénatrice de Kogi Natasha Akpoti-Uduaghan a demandé au gouvernement fédéral d’appliquer le principe de réciprocité aux artistes sud-africains, en précisant que sa position ne visait pas Tyla personnellement.
Une décision qui divise au Nigeria
Le boycott est loin de faire l’unanimité. Omoyele Sowore, candidat de l’African Action Congress à la présidentielle de 2027, a estimé qu’aucun musicien ne pouvait être tenu responsable des crimes xénophobes et a plaidé pour que le concert se tienne. Le cabinet juridique DACO LP Africa a défendu la même ligne, en renvoyant la responsabilité aux gouvernements. D’autres voix considèrent le boycott comme une forme de protestation destinée à faire entendre une inquiétude, sans hostilité envers l’artiste.
Le retrait touche une chanteuse dont la trajectoire est étroitement liée à la scène nigériane. Elle a enregistré « Girl Next Door » avec Ayra Starr en 2023, « One Call » avec DJ Spinall et Omah Lay l’année suivante, « No. 1 » avec Tems sur son premier album, puis « Dynamite » avec Wizkid en 2025. Elle s’est également associée à plusieurs artistes nigérians pour contester l’usage du terme « afrobeats » comme étiquette unique des musiques du continent.
L’enjeu commercial n’est pas mince. Le Detty December constitue la période la plus dense du calendrier des concerts à Lagos, avec un public renforcé par les visiteurs de la diaspora et les touristes étrangers. Pour l’heure, aucun représentant de l’artiste n’a indiqué si la date pourrait être reprogrammée.




