
Le Nigeria hausse le ton face aux violences dont sont victimes ses ressortissants en Afrique du Sud. Reçu à Abuja par le ministre d’État nigérian aux Affaires étrangères, l’envoyé spécial du président sud-africain Cyril Ramaphosa, Ronald Lamola, a été appelé à renforcer la protection des étrangers après que les autorités nigérianes ont affirmé qu’au moins 98 de leurs citoyens avaient été tués depuis 2022 dans des attaques à caractère xénophobe, des violences de foule et des exécutions extrajudiciaires.
Le ministre d’État nigérian aux Affaires étrangères, l’ambassadeur Sola Enikanolaiye, a reçu le 27 juillet à Abuja, Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération et envoyé spécial du président Cyril Ramaphosa. Sur instruction du président Bola Ahmed Tinubu, le chef de la diplomatie nigériane a fait part de la « profonde préoccupation » de son gouvernement face à la persistance des attaques contre les Nigérians et d’autres migrants africains vivant en Afrique du Sud.
Selon Abuja, au moins 98 Nigérians ont perdu la vie depuis 2022 dans des attaques de foule, des actes de violence motivés par la haine et des exécutions extrajudiciaires. Le Nigeria a demandé aux autorités sud-africaines de renforcer la protection des ressortissants étrangers, de traduire les auteurs de ces crimes devant la justice et de prendre des mesures pour empêcher de nouvelles violences.
1 490 Nigérians évacués d’Afrique du Sud
Au cours de la rencontre, l’ambassadeur Enikanolaiye a également rappelé le rôle joué par le Nigeria durant la lutte contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Il a insisté sur le fait que toute personne soupçonnée d’avoir commis une infraction devait être poursuivie conformément aux procédures judiciaires, et non être victime de lynchages ou d’actes de justice populaire.
Le ministre est aussi revenu sur les conséquences humanitaires de cette situation, évoquant l’évacuation récente de 1 490 Nigérians d’Afrique du Sud.
Pretoria condamne la xénophobie, mais évoque la criminalité
Face aux préoccupations exprimées par Abuja, Ronald Lamola a réaffirmé l’opposition de son gouvernement à la xénophobie, au racisme et à toutes les formes de violence. Le diplomate sud-africain a toutefois rappelé que son pays demeurait souverain dans l’application de sa politique migratoire et de ses lois sur l’immigration.
Il a également évoqué l’implication présumée de certains ressortissants nigérians dans des activités criminelles, estimant qu’une coopération renforcée entre les deux États était indispensable pour lutter contre les réseaux criminels organisés.
Selon lui, plusieurs personnes impliquées dans les récentes attaques contre des Nigérians ont déjà été arrêtées et des procédures judiciaires sont en cours.
Une volonté commune d’apaiser les tensions
À l’issue des discussions, les deux délégations ont convenu de privilégier le dialogue afin d’éviter une détérioration des relations entre les deux principales puissances économiques du continent.
Le Nigeria et l’Afrique du Sud se sont engagés à réduire les discours susceptibles d’attiser les tensions, à renforcer leur coopération en matière de sécurité et de gestion des migrations, ainsi qu’à accélérer la mise en œuvre du mécanisme bilatéral d’alerte précoce, longtemps resté en suspens.
Les deux pays entendent également préparer la prochaine réunion de leur Commission binationale et préserver leur partenariat stratégique fondé sur les idéaux du panafricanisme.




