Pétrole : l’Algérie maintient sa production tandis que la Libye et le Nigeria reculent


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Pétrole Algérie stable, la Libye et le Nigeria reculent selon l’AIE
Pétrole Algérie stable, la Libye et le Nigeria reculent selon l’AIE

Dans son rapport mensuel publié le 14 octobre 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) fait apparaître des trajectoires divergentes parmi les principaux producteurs africains de pétrole. L’Algérie maintient sa production à 980 000 barils par jour, tandis que la Libye et le Nigeria enregistrent des reculs respectifs de 6,5 % et 5,3 %. Ces évolutions interviennent dans un contexte de flambée des cours mondiaux, qui pourrait néanmoins permettre aux pays exportateurs de préserver leurs recettes.

Alors que la guerre au Moyen-Orient a propulsé les cours internationaux à des niveaux particulièrement élevés, les trois grands producteurs d’Afrique du Nord et de l’Ouest ne connaissent pas la même évolution. Selon le rapport mensuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié le 14 octobre 2026, la production algérienne est restée stable en septembre, tandis que celles du Nigeria et de la Libye ont diminué.

Cette divergence illustre les difficultés rencontrées par certains pays africains pour tirer pleinement parti d’un marché pétrolier mondial pourtant très favorable aux exportateurs.

Algérie : une production stable, toujours sous le million de barils

Avec 980 000 barils de pétrole brut produits quotidiennement en septembre, l’Algérie affiche une stabilité par rapport au mois d’août. Cette performance intervient alors que plusieurs producteurs connaissent d’importantes fluctuations. Le niveau de production algérien reste toutefois inférieur d’environ 30 000 barils par jour au quota implicite calculé par l’AIE pour septembre dans le cadre de l’accord OPEP+, soit 1,01 million de barils quotidiens.

Le 2 août, les sept pays de l’OPEP+ engagés dans des réductions volontaires avaient porté le plafond algérien à 1,007 million de barils par jour à compter de septembre, une hausse présentée dans une partie de la presse algérienne comme le franchissement du cap du million de barils. D’après les estimations de l’AIE, ce cap n’a pas encore été atteint.

L’agence évalue par ailleurs à 1 million de barils par jour la capacité de production que le pays peut soutenir durablement. Au niveau actuel, l’Algérie ne disposerait donc que d’une marge d’environ 20 000 barils quotidiens pour profiter de la flambée des cours et il lui faut mettre en oeuvre les outils lui permettant d’augmebter encore sa production.

Pour Alger, l’enjeu économique dépasse cependant le seul pétrole brut. Le gaz naturel constitue également une composante majeure des exportations énergétiques nationales, notamment vers les marchés européens.

Mais globalement, la hausse des cours pétroliers devrait contribuer à améliorer les recettes d’exportation, même à production constante.

Nigeria : une baisse de 80 000 barils par jour selon l’AIE

Au Nigeria, premier producteur africain de pétrole brut, la production recule. D’après les estimations de l’AIE, sa production est passée de 1,50 million de barils par jour en août à 1,42 million en septembre, soit une diminution de 80 000 barils quotidiens, équivalant à 5,3 %.

Cette baisse représente, sur un mois de trente jours, environ 2,4 millions de barils de production en moins par rapport à un maintien du rythme d’août.

L’OPEP publie toutefois des chiffres différents. Dans son rapport d’octobre, paru le 13 octobre, l’organisation reprend les données communiquées directement par les autorités nigérianes, selon lesquelles la production aurait au contraire légèrement progressé, de 1,50 à 1,53 million de barils par jour en septembre.

Les deux organismes ne s’appuient pas sur les mêmes sources car l’OPEP publie à la fois les données transmises par ses membres et des estimations issues de « sources secondaires », tandis que l’AIE établit ses propres estimations.

Selon l’AIE, le niveau d’août dépassait d’ailleurs la capacité de production que le pays peut soutenir durablement, estimée à 1,45 million de barils par jour. En juillet, la compagnie nationale NNPC expliquait déjà un repli de sa production par des arrêts d’installations et des incidents sur les oléoducs.

Libye : une production toujours vulnérable

En Libye, les données de l’AIE font apparaître une baisse encore plus marquée en proportion. La production serait passée de 1,38 million de barils par jour en août à 1,29 million en septembre, soit un recul de 90 000 barils quotidiens, équivalant à environ 6,5 %. La Libye étant exemptée des quotas de l’OPEP+, ce recul ne résulte pas d’une décision de l’organisation.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la production libyenne a connu de fortes variations, liées notamment aux rivalités entre autorités politiques et au contrôle des infrastructures pétrolières.

Le rapport de l’AIE ne détaille pas les causes du recul de septembre, mais le mois a été marqué par deux blocages d’oléoducs. À la mi-septembre, des membres des Gardes des installations pétrolières ont fermé une vanne sur l’oléoduc reliant Hamada à Zaouïa, provoquant l’arrêt temporaire de trois sites du sud-ouest du pays, dont les champs de Hamada et d’Al-Tahara.

Le 21 septembre, un groupe armé a fermé la vanne n° 7 de l’oléoduc qui achemine vers Zaouïa le brut d’El Sharara, le plus grand champ du pays. La Compagnie nationale du pétrole (NOC) a évalué la perte à environ 130 000 barils par jour et menacé de déclarer la force majeure, avant la réouverture de la vanne le 26 septembre.

Pour la Libye, la question est d’autant plus importante que les hydrocarbures représentent l’essentiel des recettes d’exportation et une part déterminante des ressources publiques.

Un baril de référence à près de 117 dollars

Selon l’AIE, le pétrole brut de référence North Sea Dated a atteint 116,89 dollars le baril en moyenne en septembre, soit une augmentation de 26,17 dollars par rapport au mois précédent, près de 29 % en un mois.

L’agence attribue cette flambée à la reprise des hostilités au Moyen-Orient, aggravée par le bombardement, le 11 septembre, de l’oléoduc saoudien Est-Ouest et par l’envolée des tarifs du fret maritime. À la date de rédaction du rapport, le Dated s’échangeait autour de 134 dollars.

Pour les pays africains exportateurs, des cours aussi élevés peuvent compenser financièrement une diminution des volumes produits. La Libye en donne un aperçu et selon la NOC, les recettes pétrolières versées au compte souverain en septembre ont progressé d’environ 12 %, à 2,86 milliards de dollars, malgré la baisse de la production.

À titre purement indicatif, une production quotidienne de 980 000 barils valorisée à 116,89 dollars représente environ 114,6 millions de dollars par jour. Ce calcul théorique ne correspond pas aux recettes réelles de l’Algérie car il ne tient compte ni des prix effectivement négociés, ni de la part du brut raffinée dans le pays.

Le gazole, revers de la flambée pour les importateurs

La hausse des cours a son revers pour le continent et les pays importateurs de pétrole et de produits raffinés voient leur facture énergétique s’alourdir.

L’AIE alerte notamment sur le gazole. Les prix de gros ont dépassé 200 dollars le baril à Singapour à la mi-septembre et atteint des records d’environ 220 dollars en Europe et aux États-Unis. Ils ont reculé depuis, mais restent près de deux fois supérieurs au prix du brut.

L’agence prévient que le prix du gazole livré pourrait de nouveau augmenter dans les prochaines semaines sur les grands marchés importateurs, parmi lesquels elle cite l’Afrique, aux côtés de l’Europe et de l’Amérique latine.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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