Pétrole : ce que l’accord USA-Iran change pour les économies africaines


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Accord USA Iran et cours du brut pour l'Afrique
Accord USA Iran et cours du brut pour l'Afrique

Le projet d’accord entre Washington et Téhéran annoncé ce lundi 15 juin a fait reculer les cours du brut et apaisé les marchés. Pour les économies africaines, ses conséquences varient fortement selon que les pays achètent ou vendent du pétrole. Les importateurs espèrent un allègement de leur facture énergétiquealors que les exportateurs, eux, voient s’éroder une rente née de la guerre, sans la perdre tout à fait. Mais l’accord de paix ne résoudra pas les problèmes à venir pour l’agriculture ou l’inflation.

L’annonce d’un projet d’accord entre les États-Unis et l’Iran a provoqué une réaction immédiate des marchés pétroliers. Le Brent est retombé autour de 83 dollars le baril, après plusieurs mois de tension liés aux perturbations du détroit d’Ormuz. Pour des économies très exposées aux variations du prix de l’énergie, le mouvement compte. Il ne produit pas pour autant les mêmes effets à Rabat, Dakar ou Nairobi qu’à Abuja, Luanda, Alger ou Tripoli.

Les importateurs allègent leur facture

Pour les pays africains importateurs nets d’énergie, l’effet d’une baisse du brut est relativement direct. Elle réduit la pression sur le prix des carburants et de l’électricité d’origine thermique, et, par ricochet, sur le coût du transport et de l’alimentation. Le détroit d’Ormuz pèse aussi sur le gaz naturel liquéfié et sur les engrais, dont les prix avaient nettement augmenté depuis le début de la crise.

À court terme, cette accalmie peut donc alléger la facture extérieure de plusieurs États et réduire la pression sur leurs monnaies comme sur le coût des subventions aux carburants. L’enjeu est essentiel pour les pays déjà confrontés à une inflation persistante et à des marges budgétaires étroites. Mais la transmission restera toutefois lente. Les prix à la pompe ne suivent jamais mécaniquement le cours du Brent et les stocks, la fiscalité, les contrats d’approvisionnement et les délais logistiques retardent l’ajustement. Pour les consommateurs, le soulagement se fera sentir par paliers.

Les engrais constituent toutefois un angle mort de cette détente. Leur prix dépend largement du gaz naturel, dont une partie transite par Ormuz et entre dans la fabrication des fertilisants azotés. Or le marché des engrais se normalise plus lentement que celui du brut. En effet, les contrats d’approvisionnement et les capacités de production mettent davantage de temps à se réajuster. Pour les agricultures africaines, le danger est d’abord une question de calendrier car le retard pris dans la livraison de l’engrais ne peut être rattraper. En outre, si la baisse n’atteint pas les fertilisants avant les prochaines campagnes de semis, les exploitants devront encore en réduire l’usage avec en persective des rendements plus faibles et une nouvelle poussée des prix alimentaires quelques mois plus tard. Une telle séquence va peser sur la sécurité alimentaire de pays déjà fragilisés par l’inflation.

Pour les producteurs, une rente qui s’érode sans disparaître

La situation diffère pour les pays exportateurs. Le Nigeria, l’Angola, l’Algérie, la Libye, le Congo ou le Gabon ont profité de la flambée des cours provoquée par la guerre. Le projet d’accord réduit cette prime de risque sans l’effacer.

Le baril demeure en effet bien au-dessus des hypothèses retenues dans plusieurs budgets nationaux. Luanda a bâti sa loi de finances 2026 sur une référence proche de 61 dollars ; Abuja a retenu des hypothèses prudentes, de l’ordre de 60 à 65 dollars. À plus de 80 dollars, le Brent continue donc de dégager un surplus par rapport aux prévisions.

Ainsi, les producteurs africains n’enregistrent pas, à ce stade, un manque à gagner au sens strict. Ils voient seulement diminuer une recette exceptionnelle. Et les derniers mois ont permis des gains de trésorerie substantiels.

Une normalisation lente soutient les cours

Ce répit tient aussi au calendrier. La réouverture complète du détroit d’Ormuz et le retour à des flux normaux prendront du temps. Il faut que toute la chaîne logistique se réorganise. Les marchés peuvent retirer une partie de la prime géopolitique mlais ils conserveront vraisemblablement une marge de prudence tant que l’accord ne sera pas pleinement appliqué. Pour l’instant, il porte sur 60 jours.

Les exportateurs disposent donc encore d’une fenêtre favorable. Pour les plus dépendants du pétrole, elle offre une respiration budgétaire qui peut soutenir les dépenses publiques ou consolider les réserves de change.

Une manne à ne pas tenir pour acquise

Pour les exportateurs africains, la vraie question porte sur la durée de l’embellie. Le Fonds monétaire international rappelle régulièrement aux pays producteurs de traiter ces recettes supplémentaires comme temporaires, plutôt que comme une base permanente de dépenses.

Le projet d’accord modifie l’équation sans la bouleverser. Il allège la facture des importateurs et éloigne le risque d’un choc énergétique mondial. Pour les producteurs, il annonce la fin probable de la flambée des prix, pas celle de leurs revenus pétroliers. Tant que le baril se maintient au-dessus des références budgétaires, ce surplus subsiste. Ensuite, sa durée dépendra du rythme d’application de l’accord et du retour effectif des barils iraniens sur le marché.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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